Marie Vindy
Le Sceau de l'Ombre
Première édition : Krakoen - Mars 2008
un avis personnel...
Publié le 20 avril 2008
Prologue sanglant : un homme assassine. Comme un crime passionnel, mais pas dans le sens où on l’entend communément, non, plutôt à la manière d’un psychopathe, dans un acharnement, un déferlement de folie.
Six mois plus tard, une jeune journaliste veut réaliser un reportage sur ce fait divers qui a occupé un temps la une des media. Elle rencontre celui qui, à l’époque des faits, a mené l’enquête : le commandant Simon Carrière.
Elle, vient pour tout savoir, tout montrer, alors que lui ne voudrait qu’oublier toute cette horreur qui semble tant fasciner le "public" et lui ronge les sangs. Il faut dire que l'affaire a laissé des traces chez Carrière : sa femme Anna l'a quitté et lui a sombré dans la dépression.
Malgré ses réticences, la journaliste obtient du policier qu'il se replonge dans le dossier et dans l'obsession qu'a constituée pour lui l'enquête…
Forte de cette approche particulière — qui met en scène une journaliste extérieure à l'intrigue proprement dite — Marie Vindy va faire entamer à Simon Carrière le récit chronologique de cette longue enquête qui commence par une disparition en forme de fugue adultère.
On accompagne les premiers pas de l'équipe de police, reprenant l'histoire au présent et sous une forme classique. Il s'agit de reconstituer les emplois du temps, les itinéraires de ce couple illégitime qui n'est encore "que" disparu. C'est lorsque les deux corps sont repêchés décapités qu'une véritable traque s'engage enfin. Pourtant, après trois semaines d'enquête, aucune avancée significative n'est réalisée ; on en est encore, faute de piste, à échafauder des scénarios, et de nouveaux crimes sont commis. Ça tourne à l'obsession pour Carrière.
Bientôt, une experte en criminologie, Marie Shan Li — on dirait une profileuse aux États-Unis — vient se greffer à l'équipe.
À travers un style narratif simple et efficace qui égraine les jours d'enquête dans leur continuité longtemps stérile, Marie Vindy, même si les avancées sont minces en matière d'investigation, rend son récit captivant par la proximité qu'elle instaure.
On sent, chez l'auteur comme chez le personnage de Marie Shan Li (n'ont-elles pas d'ailleurs le même prénom ?) une fascination pour les criminels en série mais aussi cette volonté de délaisser les côtés morbides et sensationnels qui leur sont généralement associés. Il y a cette forme d'empathie pour ces meurtriers hors de commun, ces malades générés par on ne sait quoi. La folie de la société ? Celle des hommes ?
Ici, il s'agit de tenter d'expliquer — même si l'intrique qui sert de support est finement menée — de comprendre, de remonter aux sources du mal et d'y trouver le déclencheur qui fait d'un homme, d'une femme, à un moment donné et compte tenu de son histoire personnelle, particulière, bascule de l'autre côté de la frontière, étroite, qui sépare le criminel du commun des mortels.
— Il faut regarder en dessous de la surface des choses. C'est ce que j'essaie de faire. Vous savez, j'ai fait de très longues études. Elles m'ont surtout servi à rassurer mes interlocuteurs, à prouver que mes compétences d'analyste criminel de tombent pas du ciel. Mon métier, je l'ai appris au contact des criminels, en les interrogeant. J'ai rencontré des dizaines d'entres eux en prison, et chaque fois, mon objectif était d'aller au fond des choses, au plus profond des choses. Rechercher l'origine de leur souffrance, ce qui avait fait d'eux ce qu'ils étaient devenus : des êtres humains dénués de tout sens moral.
Ce sinistre fait divers l'avait ébranlé depuis le début. Le face-à-face avec un tueur dont la folie meurtrière, la perversion sordide, renvoyait à un pan de l'âme humaine qu'il n'avait jamais envisagé. La rencontre avec Li lui avait ouvert l'esprit à un domaine où, malgré l'honnêteté de son engagement professionnel, il ne s'était aventuré que timidement : l'étrange bourbier que représentait l'inconscient d'un criminel et, par-delà, celui de tout un chacun.
Un bémol au final : le rôle de cette journaliste, de cet œil neuf au début du roman, qui ne débouche sur rien, n'apparaissant au fond que comme une espèce d'entrée en matière. On aurait aimé son prolongement et les éclairages qu'il aurait pu apporter, après coup, sur le personnage de Carrière et cette redoutable confrontation avec la mort.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Dans son premier roman, Mektoub, on trouvait déjà les mêmes thèmes abordés par Marie Vindy.
Si vous ne l'avez encore lu, pour une approche des plus saisissantes de "l'univers" d'un tueur en série, n'hésitez pas à vous plonger dans Un Tueur sur la Route de James Ellroy.
Sur le thème de l'analyse scientifique des criminels multirécidivistes, Andréa H. Japp a écrit quelques romans, dont ceux, particulièrement, dans lesquels elle met en scène la mathématicienne Gloria Parker-Simmons ; La Parabole du Tueur, notamment.
les dix premières lignes...
Le type l’avait déposé à l’entrée de la ville, n’avait pas voulu reprendre un dernier verre. Dommage et puis tant mieux. Il était vraiment trop bavard.
Au bout de l’avenue, une station-service était encore ouverte. Il marchait à grandes enjambées, scandant le bitume au rythme de ses foulées. Insidieusement, une pointe douloureuse s’était logée derrière son œil, au plus profond de son crâne, petite pique acide, une percussion cinglante.
Le halos des lampadaires teintaient le brouillard revenu comme chaque année, du mois d’octobre jusqu’en avril. La ville était plongée dans un crachin opaque (…)
quatrième de couverture...
Quand une jeune reporter se présente à son domicile, le commandant de police Simon Carrière n’est pas surpris. Femmes violées, corps décapités, le retentissement de cette barbarie dans l’opinion publique avait été énorme. Il aurait été bien étonnant qu’aucun journaliste ne veuille cuisinier le flic de la PJ de Dijon qui avait mis un terme à cette affaire. Éconduira-t-il cette « pisse-copie » ?
Non ! Trop de souvenirs douloureux le rattachent à cette enquête, trop de drames ont fait de lui un homme brisé. Simon Carrière va relater les faits dans les moindres détails, livrer sa vérité.
Cela suffira-t-il à conjurer les tourments de sa mémoire ?
bio express...
Marie Vindy(en forme d'autoportrait)
Je suis née en 1972 à Dijon, j'ai fait mes études aux beaux arts à Besançon, un master à Nantes et je suis "artiste" disons plasticienne pour parler large ! J'ai une actualité artistique limitée et même si j'ai des projets en cours, je passe beaucoup plus de temps, l'essentiel de mon temps "libre" à écrire. Cette activité correspond à ma nature profonde. Je suis discrète et mon compagnon à l'habitude de dire que je vis dans ma tête. Il n'a pas tord...
Je fais parfois des remplacements en tant que prof d'arts plastiques... quand c'est vraiment nécessaire mais je préfère la solitude de mon bureau et mes livres (ceux que je lis autant que ceux que j'écris).
Je vis à Dijon avec mon compagnon qui est lui aussi artiste (bien plus célèbre que moi !) et mes deux enfants de 6 ans et 6 mois (qui me tuent !).
J'ai écrit mon premier roman en 2000, un an après la naissance de mon fils. Ma visibilité d'artiste à peine née s'épuisait déjà, je me sentais seule avec un bébé ! Ce n'étais pas facile, d'autant que mon compagnon, lui, était plutôt "en haut de l'affiche". Écrire a été une révélation ! Je n'ai plus jamais cessé. Un roman par an en moyenne (beaucoup trop sans doute... c'est de la boulimie !)
Le premier roman Chairbottomer n'a pas été édité mais j'ai eu quelques touches assez sérieuses (notamment avec Zulma mais les concessions que l'on m'a demandé pour que le livre soit édité ne m'ont pas satisfaites. Je me suis même mise en colère après une proposition fort malhonnête d'un autre éditeur que je ne citerais pas... pour un texte qu'il m'avait commandé, mais c'est une autre histoire ! Ceci dit, cette petite reconnaissance m'a laissé croire que ce que je proposais n'était pas si nul. J'ai continué d'écrire. Il y a eu Chairbottomer, Le Syndrome de l'Écureuil, Mektoub, Lucien ou la Tête sans Corps, Pourvu que notre Amour soit Fou, Délivrance... Seul Mektoub a été édité.
Je connais Jean-Paul Nozière qui a été un temps un collègue de boulot. Il m'a beaucoup soutenue et encouragé à continuer d'écrire...
Je travaille en ce moment sur un sixième roman et je cherche un second éditeur.
Marie Vindy est décédée prématurément le 31 août 2023, à l'âge de cinquante-et-un ans.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.



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