Jean-Paul Noziere
Trois Petites Mortes
Première édition : Seuil / Points Policier - Mai 2001
un avis personnel...
Publié le 12 novembre 2007
« La pute de l’assassin… on te crèvera ». Le tag peint sur le mur d’une maison de Battroville manque d’envoyer le C25 de Slimane Rahali dans le décor.
En route pour l’ossuaire de Douaumont, Slimane suit les pancartes indiquant les cimetières de la Première Guerre Mondiale, à la recherche de la tombe du grand père Chérif Ben Ahmed, du 3e tirailleurs algériens, mort pour la France, à Verdun, le 15 mai 1916. Il doit prendre une photo de la tombe, c’est ce que Bouba, sa mère, exige.
Et quand Bouba veut quelque chose, Slimane ne peut pas y échapper.
Parce que l’Arabe ne peut s’empêcher de tomber amoureux de toutes les femmes qui croisent sa route, il aime Mara, la veuve du pédophile de Battroville et joue les chevaliers pour faire taire la rumeur qui a grandi à la mort du mari. Qui était-il cet homme qui s’est suicidé ? Prof victime d’une rumeur ? Pédophile et assassin ? Escroc qui abuse des petits vieux ?
Au volant de son camping car, l’Arabe traverse des villages endormis dans le souvenir des massacres de 14-18, Lili Bonniche dans l’autoradio pour pleurer, Bogart-le Chien, oreille compatissante, pour s’épancher, la bouteille de rhum pour faire passer tout ça.
Slimane a du mal à vivre. Il se traîne de parkings en chemins creux, arrête son moteur, regarde des vieux films en VO en vidant sa bouteille et souffle son blues dans son saxo.
Quand le marasme est trop pesant, il embarque Bogart-le Chien dans son sac à dos et parcourt la campagne sur son vélo de course, jusqu’à épuisement.
Ça calme et ça évite de penser à son père, Mouloud, assassiné en 1967 ; à sa carrière de flic, abandonnée après coups et blessures sur un collègue ; à Bouba, mère arabe se plaisant dans la caricature ; à Yasmine, sa trop jolie sœur qui fait naître des pensées inavouables dans son esprit ; à Flo, sa "fiancée", commandant de police à Lyon.
Heureusement qu’il y a le Chien, tellement humain qu’il ne lui manque que la parole. C’est sûr, à force de regarder King Kong en VO, il finira par parler Anglais, le Chien.
L’écriture est simple, sans effet de style, maîtrisée. On suit, la plupart du temps le point de vue de Slimane, emportés au rythme de ses errances et de ses réflexions. Ce n’est pas tant l’intrigue, bien menée, qui nous fait regretter d’arriver à la fin du livre, mais l’humanité du personnage. Jean-Paul Nozière ne se contente pas d’un héros de papier, il lui donne vie par petites touches, en lui attribuant un certain nombre de ses travers.
Slimane aime le vélo. Moi aussi. Le rhum La Mauny. Moi aussi. Le cinéma. Moi aussi. L’Arabe a du mal à ne pas tomber amoureux de toutes les femmes qui l’approchent. Moi aussi. Quand il s’est mis à jouer du saxo, moi qui ne connais pas mes notes, je me suis senti soulagé. Mais, à la fin du roman, j’ai acheté un saxo et pire, j’ai essayé d’en jouer.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Slimane est le héros des romans suivants : Un Regrettable Accident (prix Noir d'Automne du Festival du polar de Saint-Nazaire, 2000), Bogart et Moi, Fatal Tango, Trois Petites Mortes (Prix polar 2001 du salon du polar de Montigny-les-Cormeilles) et enfin L'Axe du Mal.
On le retrouve en arrière plan dans Le Silence des Morts, Grand Prix du roman noir français du festival du film policier de Cognac 2007.
les dix premières lignes...
L’Arabe gara le C25 Citroën près d’une borne kilométrique de la Voie sacrée. Un cube de béton hideux, surmonté d’un casque de soldat, le tout peint en rouge et vert. « Verdun, Voie sacrée ». Bogart voulait pisser. Il le faisait exprès. Depuis 4 heures du matin, le Chien tannait Slimane tous les cinquante kilomètres. Il repérait les endroits où n’existait aucune possibilité de parking. Le choix, sur la Voie sacrée. Les poids lourds frôlaient le camping-car. Vitesse maximale accompagnée d’appels de phares et de mugissements de klaxon (…)
quatrième de couverture...
Pour une fois que Slimane Rahali a de la chance… Il sait où aller. Sa mère lui a confié une mission précise: retrouver la tombe de son arrière-grand-père inconnu, "mort pour la France" pendant la Grande Guerre.
Et Slimane, qui tombe des nues, se retrouve en route vers l'Ossuaire de Douaumont en compagnie de Bogart le chien, quand un mauvais coup de frein envoie son camion percuter un mur couvert de tags injurieux. Il n'en faut pas plus pour éveiller l'instinct fouineur de Slimane.
Qui a tué trois petites tilles de la région ? Les murs et la rumeur désignent le coupable. Trop facile, surtout quand une jolie femme est l'objet de la vindicte populaire.
bio express...
Jean-Paul NoziereJean Paul Nozière est né dans le Jura en 1943, professeur d’histoire géographie puis documentaliste pendant vingt-cinq ans. Sa carrière d’enseignant l’a mené en Algérie, ce qui lui a fourni la matière de deux de ses romans pour adolescents : Un Été Algérien et La Ville de Marseille.
Sa carrière d’écrivain a commencé en 1979, quand il a écrit un premier texte long dans J’Aime Lire, un magazine destinés aux collégiens.
Auteurs de nombreuses nouvelles, d’une quarantaine de romans pour la jeunesse et d’une dizaine de romans policiers pour adultes, Jean-Paul Nozière a reçu de nombreux prix littéraires dont le dernier pour Le Silence des Morts, Grand Prix du roman noir français du festival du film policier de Cognac 2007.
édition(s)...
du même auteur...
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