Jean-François Coatmeur
La Voix dans Rama
Première édition : Denoël - 1973
un avis personnel...
Publié le 01 octobre 2006
Un homme s'écroule en pleine rue, terrassé par une crise cardiaque ; en tombant, il laisse échapper un cahier. Un peu plus tard, c'est Yffic, en rentrant du collège, qui récupère et embarque le paquet avant de se faire alpaguer par son père, Baptistin, qui le déleste de sa découverte et entreprend de lire ce qu'elle contient.
Surprise bien embarrassante... "Une vraie dégueulasserie" dont il ne sait comment se dépatouiller : M. Lemorvan, la victime, principal du collège local, adressant sa confession à un ami curé. Mais Baptistin se demande si ça n'est pas plutôt aux flics qu'il devrait remettre le cahier.
D'ailleurs, c'est ce qu'il fait...
Quel étrange titre, La Voix dans Rama, qui vient coiffer ce roman... Et pour tout vous dire, je n'ai toujours pas trouvé d'explication ; mais c'est sans grande importance...
Jean-François Coatmeur nous entraîne à lire la confession d'un des notables de la ville de Douarnenez. Oh, pas une grosse pointure – on est au fin fond de la Bretagne – juste un professeur devenu principal du collège La Providence, un établissement spécialisé.
Lemorvan s'adresse à un ami, peut-être le seul qu'il ait vraiment eu, et raconte sa vie, comment elle s'est construite, comment elle s'est terminée.
D'origine modeste, voilà un homme qui a su gravir les échelons et s'est frotté à la bourgeoisie locale, de vieille souche, devenant même un de ses membres en réussissant un "beau" mariage, sans amour. Dès lors il s'est vu glisser sur des rails tout tracés devant lui, le menant irrésistiblement à la réussite sociale. L'élan l'a emporté, les reflets de cette réussite avec. Moins lâche, sans doute aurait-il eu le courage de choisir vraiment sa voie :
D'un accord tacite, à coup de restrictions et de petites lâchetés, nous nous fabriquions une sécurité d'autruche.
Et puis le grain de sable dans la machine, l'imprévu dans une mécanique bien huilée : Lemorvan tombe amoureux. D'abord piteusement, comme il sait si bien le faire, puis avec fougue, ampleur et démesure, tout ce qu'il s'est toujours refusé et n'a jamais connu. Cependant, on ne se sépare pas comme ça du carcan bourgeois qu'on a passé autour de son cou et parfois, même, c'est celui-ci qui s'accroche...
Polar atypique s'il en est, sans véritable intrigue, La Voix dans Rama dresse le portrait d'une petite bourgeoisie tranquille, aussi morne que bien élevée, aussi lâche que pleine de bonne conscience, mais qui n'en recèle pas moins, derrière sa façade de respectabilité, d'une insidieuse malignité capable des pires atrocités dès lors que l'intrus est dans la place.
Le portrait, tout en rondeur, est cependant féroce et l'analyse finement menée. Rappelons tout de même que le roman a paru pour la première fois en 1973 à une époque où il ne faisait pas bon s'afficher comme bourgeois.
La plume de Jean-François Coatmeur est racée, travaillée à l'ancienne dans un style très littéraire, en phrases ciselées qui savent trouver le ton, les mots, une indéniable justesse, pour décrire sur le fil du rasoir cette horreur ordinaire.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Pas vraiment d'idée à vous proposer tant la forme de ce roman est étonnante et particulière.
Sur le fond, pour la peinture "bourgeoise", mais dans un genre complètement différent, peut-être Fatale, de Jean-Patrick Manchette.
les dix premières lignes...
Samedi, 11 heures.
Dès qu'il eut tourné le dos à la plage des Sables-Blancs, Lemorvan comprit qu'il avait surestimé ses forces. Il s'obstina pourtant, continua à propulser ses jambes, mécaniquement, les yeux fixés sur la chaussée. Il n'avait pas vraiment mal – une grande lassitude, plutôt, qui gagnait rapidement et tendait ses muscles jusqu'à la crampe. Il titubait un peu : le tiraillement du paquet au bout de son bras droit le déséquilibrait. Il calculait : la montée jusqu'au Bon Coin, 400 mètres environ, assez raides, puis il se laisserait glisser vers la poste de Tréboul (...).
quatrième de couverture...
Les voies du Seigneur sont décidément impénétrables...
Quand le cordonnier Baptistin, dit la Providence, entre par hasard en possession du cahier vert, il ne se doute pas qu'il a entre les mains une nouvelle boîte de Pandore. La page de couverture tournée, il mesure l'énormité du scandale qui risque de s'abattre sur Douarnenez. Car, ici comme ailleurs, les façades d'honorabilité bourgeoise peuvent cacher bien des secrets peu reluisants.
Au fil d'un suspense oppressant, l'auteur décrit la genèse d'une machination machiavélique, tout en brossant la peinture sans concession d'une société bien-pensante arc-boutée sur ses valeurs et ses certitudes.
bio express...
Jean-François CoatmeurJean-François Coatmeur naît à Douarnenez en juillet 1925. Il reçoit une éducation religieuse en institution qui le marquera profondément, lui montrant à ses dépens, dans un cadre des plus rigides, l'association du sabre et du goupillon.
Malgré tout tenté par le séminaire à la sortie de la guerre, il renonce et se lance dans de brillantes études de lettres qui l'amèneront tout droit au professorat qu'il exercera jusqu'en 1985 dans différents collèges d'enseignement secondaire, avec un passage marquant par l'Afrique en 1958 et 1963.
Son premier roman policier, Chantage sur une Ombre, sera publié en 1963 aux éditions du Masque. Après une rencontre avec Thomas Narcejac, il passera chez Denoël et c'est là qu'il connaîtra le succès et une forme de reconnaissance avec l'attribution, en 1976, du grand prix de littérature policière pour Les Sirènes de Minuit et en 1981 le prix mystère de la critique pour La Bavure (qui sera adapté pour la télévision).
Très actif dans les milieux littéraires bretons, voire même au niveau politique (notamment pour la ville de Brest), Jean-François Coatmeur est l'auteur de plus d'une vingtaine de romans.
édition(s)...
du même auteur...
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