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14 Juillet

Benjamin Dierstein

Couverture

première édition : Flammarion - Janvier 2026

tags : Roman noir Roman historique Polar politique Crime organisé Complot Flic Service secret Original France Années 1980 Plus de 400 pages

Couverture

un avis personnel...

publié le 04 février 2026

RecommandéEn guise de prologue de ce troisième volet de sa seconde trilogie, Benjamin Dierstein nous ramène là où tout a commencé, quelque 1700 pages plus tôt. 1968, l’explosion d’une cave puis la blessure de Gourvennec, alors tout jeune policier ; l’apparition de Geronimo, l’artificier des groupuscules d’extrémistes ; Jacquie Lienard n’a alors que 14 ans mais rêve déjà d’uniforme et d’imiter bientôt son parrain Marcel aux RG.

Juillet 82, les socialistes sont au pouvoir depuis plus d’un an. Le ménage a été fait dans les rangs de la police et le vent de la rigueur commence à souffler tandis que des vagues d’attentats continuent de déferler.
Jacquie Lienard est à l’Élysée, dans les petits papiers de François de Grossouvre, le conseiller très spécial du Président. Au sein des RG, elle en a terminé avec son enquête sur Honneur de la police, la nébuleuse d’extrême droite qui gangrenait ses rangs, mais ses investigations n’ont débouché sur rien de tangible. Depuis, elle traite les affaires de cœur de Mitterrand.
Vauthier est de retour à Paris après le fiasco de son opération libyenne contre Kadhafi. Il a repris les rênes de sa boîte, le Tchibanga, et opère toujours pour la DGSE en sous-main.
Gourvennec a définitivement changé de camp et a fini par remplacer le très discret Geronimo pour la fourniture d’armes et d’explosifs aux groupuscules terroristes. Il est désormais le Pinzutu au côté de Khadidja, ceux que toutes les polices recherchent, et pas seulement.
Quant à Marco Paolini, il se remet doucement de ses échecs, de sa participation à la tuerie d’Auriol et de ses accointances avec le SAC. Il pointe désormais à la DST, en charge du Moyen-Orient.

Une cellule spéciale vient de se créer à l’Élysée pour assurer la sécurité personnelle du Président, avec à sa tête le commandant Prouteau, assisté du capitaine Barril du GIGN, les super gendarmes. Au même moment a lieu l’attentat de la rue des Rosiers à Paris. Jacquie fait des pieds et des mains auprès de Grossouvre pour identifier et arrêter ses auteurs avant tous les autres services de police. Elle va se retrouver bientôt intégrée à la cellule spéciale dont les compétences ont été étendues et couvrent désormais la lutte anti-terroriste.

Benjamin Dierstein prend le temps de nous remettre dans le contexte et dans l’ambiance. En une cinquantaine de pages, il nous offre un condensé des quasi deux mille qui composent les deux premiers volumes de cette trilogie. Ainsi lancé sur de bons rails, on peut se laisser guider pour le grand final.

Mitterrand à l’Élysée, ce sont de « nouvelles » méthodes qui s’affranchissent des procédures. On manipule, comme avec les Irlandais de Vincennes ; on instrumentalise, comme avec la protection rapprochée de Mazarine et Anne Pingeot ; on exécute, comme avec la reprise des opérations homos discrètement diligentées par le PR.

Qui dit 14 juillet dit feu d’artifice, c’est de tradition en France. Ce qui l’est moins, c’est de plonger les illusions de ses personnages au cœur du spectacle. Et les illusions ne résistent guère quand ça pète de partout.

– Le PR est conscient que tous ces gens vont être dégoûtés de la gauche ?
– Ils le sont déjà. Le tournant de la rigueur les a éloignés de la politique du gouvernement. On est amenés à perdre l’électorat de Longwy dans tous les cas, comme tous ceux des milieux ouvriers dont les emplois vont être délocalisés suite aux accords commerciaux en Europe.
– Ils vont voter pour ceux qui les soutiennent. Ils vont voter Front national.
– Tant mieux.
– Tant qu’ils ne votent pas RPR ou UDF, on a des chances de se maintenir.

Beaucoup l’attendait, moi y compris, mais il a bien fallu l’avaler avant d’en faire une chronique. Un peu plus de 800 pages, sans compter les annexes, ça prend du temps, et je ne suis pas réputé pour être un lecteur rapide. En plus, j’avais envie de savourer.
Si 14 Juillet se révèle moins « furieux » que les précédents épisodes, il en a pour autant la même densité et la même force, celle qui consiste à immerger des personnages de fiction dans une réalité historique bien concrète. De ce côté-là, c’est une totale réussite. C’est même impressionnant, pour un auteur né en 1983, d’avoir su restituer dans le détail toute l’atmosphère qui entourait cette période. On ne trouve pas ça dans la documentation, mais Benjamin Dierstein trouve les moyens pour souffler un vent de vérité sur ses descriptions, donnant à son récit des accents tout à fait crédibles.
Avec cette conclusion, l’auteur nous livre une somme conséquente sur l’histoire récente de la France. Une analyse certes romancée — et de quelle manière — mais qui présente, à sa manière, et en l’inscrivant dans un contexte historique de plus long terme, ce qu’a été, ce qu’est devenu, le paysage politique français.
La période dans laquelle s’inscrit le récit sonne le glas des illusions, et les convictions de chacun des personnages seront mises à rude épreuve pour, au final, être entièrement balayées.

– On a été biberonnés à l’internationalisme dans les années soixante, Gourv. On était fascinés par ce que faisaient nos voisins, sûrement parce qu’il ne se passait pas grand-chose ici. On se battait pour le Vietnam. On voulait sauver le monde. On a échoué.
– Quand on regarde ce qu’il reste de notre combat, je comprends ce que ressent Kathy. Pierre Goldman est mort et Serge July dirige un quotidien qui vend de la publicité pour des montres. Les camarades qui n’ont pas choisi la violence sont devenus des bourgeois qui ne luttent plus que pour une chose : leur carrière.
– Les internationalistes de 1968 sont devenus des libéraux qui pensent que la mondialisation va réaliser leur vieux rêve exotique d’aide aux pays sous-développés.
– Ils se prennent pour les gendarmes du monde. Ma main à couper qu’un jour, ils appelleront tous à faire la guerre pour envahir des États souverains.
– C’est quoi, la solution, alors ?

Tout en maîtrise, Benjamin Dierstein prend soin de refermer toutes les portes qu’il a ouvertes, personnages et événements compris. Ainsi on saura tout de ce qui a conduit à l’explosion de cette cave dans le prologue du premier tome, de même que s’expliquera le drame au Congo dans celui du second volume. C’est magistralement exécuté.
On se demande maintenant vers quelles contrées nous emmènera, on espère bientôt tant l’auteur est prolixe, le magnifique et si talentueux Benjamin Dierstein. Mais si j’ai bien lu, je me demande si on ne décèle pas quelques pistes dans l’épilogue du roman. Après une première trilogie autour des années Sarkozy, une seconde à la charnière Giscard/Mitterrand, il reste quelques « trous » à combler.



vous avez aimé...

quelques pistes à explorer, ou pas...

Tout Benjamin Dierstein, sans exception. Et puis sans doute James Ellroy, par ce que tout part de là…

les dix premières lignes...

Dimanche 14 juillet 1968
Les Champs-Élysées étaient inondés de pluie.
Les nuages bas crachaient une bruine grisâtre qui empêchait de voir à plus de cinquante mètres. Des visages euphoriques émergeaient du brouillard et se confondaient dans une masse indistincte de parapluies noirs et de drapeaux tricolores.
Jacquie attendait le début du défilé en tendant ses jambes pour lui faire gagner quelques centimètres sur les spectateurs placés devant elle. Ses orteils la lançaient à force d’être dressés à l’horizontale. Son cœur battait la chamade à force d’impatience contenue. Ses tympans étaient grand ouverts aux cuivres de l’orchestre symphonique de la Garde républicaine, qui résonnaient en elle comme la promesse d’une cérémonie hors normes. Les voix des chœurs de l’ORTF arrivaient par vagues et tourbillonnaient autour de ses oreilles — s’ils tombent, nos jeunes héros, la terre en produit de nouveaux…
Jacquie s’apprêtait à fêter ses quatorze ans. Comme chaque année, le défilé faisait office de cadeau bonus pour être née le jour de la fête nationale. Son parrain Marcel lui répétait systématiquement la même rengaine — t’es la fille de la République, t’as ça dans le sang.

quatrième de couverture...

Juillet 1982. Les attentats à répétition opérés par Carlos et les services syriens sur le sol français poussent François Mitterrand à s’entourer d’une cellule anti-terroriste composée des plus fins limiers du GIGN, de la PJ et des RG.
L’inspectrice Jacquie Lienard va profiter de cette opportunité pour grimper dans la hiérarchie auprès de l’Élysée et s’assurer une place de choix au sein de la lutte contre les groupuscules pro-palestiniens, Action directe et le FLNC. Tout comme Marco Paolini depuis la DST et Robert Vauthier depuis la DGSE, elle traque une ancienne moudjahida du FLN qui répond au nom de Khadidja Ben Bouazza et qui n’est autre que la supérieure directe de l’ex-policier Jean-Louis Gourvennec, devenu convoyeur d’explosifs pour l’extrême gauche révolutionnaire.
Au gré des scandales qui secouent la Mitterrandie, des crises successives au sein de Beauvau et de la montée fulgurante de l’extrême droite, tous se dirigent vers un seul point de mire qui leur permettra enfin de découvrir la vérité sur Geronimo et Khadidja Ben Bouazza : Beyrouth. Ce chemin de croix sera aussi celui de la perte de leurs dernières illusions.
Le troisième tome d’une saga historique entre satire politique, roman noir et tragédie mondaine, dont les personnages secondaires ont pour nom François Mitterrand, Christian Prouteau, Paul Barril, Charles Pasqua, Gaston Defferre, Jean-Marie Le Pen, Alain Orsoni, Carlos et Jacques Vergès.

bio express...

Benjamin Dierstein Benjamin DiersteinNé en 1983 au cœur de la Bretagne, Benjamin Dierstein grandit au sein de cités HLM et découvre, à douze ans, la plume de James Ellroy avec Lune Sanglante. Un déclic.
Ce sera ensuite le cinéma, souvent américain, celui de Sam Peckinpah ou de Mickaël Cimino, qui l’amèneront à obtenir un master de recherche en études cinématographiques.
Pour autant, c’est dans la musique qu’il s’engage, devenant agent d’artistes et dirigeant un label de musique électronique du côté de Rennes.

Benjamin Dierstein gribouille néanmoins sans relâche. Il couche sur le papier des morceaux d’histoires qui puisent leurs inspirations dans ses rencontres, ses « mentors ».
Premier roman publié en 2018, La Sirène qui Fume met en scène un duo de flics passablement obsédés, immédiatement remarqué pour sa maîtrise et sa maturité. Premier volet d’une trilogie prenant pour toile de fond le règne de Nicolas Sarkozy, il sera suivi par La Défaite des Idoles (2020) puis La Cour des Mirages (2022).

édition(s)...

Flammarion - Janvier 2026 Flammarion
Janvier 2026

du même auteur...

bibliographie non exhaustive... seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.

La Sirène qui FumeLa Sirène qui Fume
2018
La Défaite des IdolesLa Défaite des Idoles
2020
Un Dernier Ballon pour la RouteUn Dernier Ballon pour la Route
2021
La Cour des MiragesLa Cour des Mirages
2022
Bleus, Blancs, RougesBleus, Blancs, Rouges
2025
L’Étendard Sanglant est LevéL’Étendard Sanglant est Levé
2025

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