Auguste Le Breton
Les Pégriots
Première édition : La Manufacture de Livres - Octobre 2010
un avis personnel...
Publié le 06 novembre 2010
Georges est le cadet de la famille Hainneaux ; un père maçon, une mère blanchisseuse à Boulogne, non loin de Paris. Nous sommes en 1907, Georges a douze ans et déjà la rue l'attire. Après avoir connu sa première arrestation — pour une broutille — et subi en retour la violence alcoolisée de son père, il quitte définitivement sa famille pour retrouver son nouveau domaine en compagnie de son pote Henri, fils de la célèbre Goulue.
Georges se fait engager dans une baraque de foire — un spectacle de lutteurs — puis chez des acrobates itinérants. Il quitte Paris pour deux années et après un passage par les mines du Nord — une expérience qui ne s'oublie pas — revient se fixer dans la capitale.
Georges, qu'on appelle Jo, est un solide gaillard, bagarreur, qui se fait vite une petite réputation dans le milieu à Montmartre où certains artistes aiment à le prendre pour modèle. Il vit d'entourloupe mais, sans expérience, se fait bientôt prendre et goûte pour la première fois des barreaux.
Deux mois plus tard, alors qu'il surveille sa première gagneuse, il croise la route du Grand René, avec qui il va bientôt "travailler"…
Ne cherchez pas une intrigue à la lecture des Pègriots, ni un coupable, vous seriez déçus. Il s'agit là plutôt d'une biographie romancée, du simple récit d'une vie, mais quelle vie ! Celle de Georges Hainneaux, truand parisien qui traversa le XXème siècle et dont Auguste le Breton nous rapporte ici les aventures. Car il s'agit bien d'aventures, et d'aventuriers, plus que d'une histoire du Milieu. En effet, Jo, tout comme son mentor le Grand René — René Lambert, qui allait bientôt mettre sur pied l'Équipe de Fer — ne doit son goût de la rue qu'à son refus de la société, de l'ordre établi (dont il se défend une première fois en quittant son père). Ceux-là n'ont qu'un mot à la bouche : liberté, ils n'ont peur de rien ni de personne ; pas étonnant, ils n'ont rien à perdre, et s'ils volent, escroquent, ça n'est pas pour amasser de l'argent mais juste pour pouvoir le dépenser.
Dès lors, dans ces années 1910, ils ne sont pas loin de rejoindre les idéaux de ceux qu'on appelle les anarchistes et vont même jusqu'à les croiser, se laissant bercer par la rhétorique de Jules Bonnot :
Nous devons détruire la capitalisme. Anarchistes et syndicalistes doivent s'unir pour la libération de la classe ouvrière. Nous ne parviendrons à nos buts que par le crime, la violence, la destruction.
L'exaltation des anars, leur intransigeance, marque Jo qui n'a pas encore vingt ans, mais pas au point de se laisser embrigader. Cependant, même s'il en est une des figures, toute sa vie cette trace indélébile le laissera en marge du Milieu traditionnel qu'il n'hésitera pas à bousculer et que jamais il ne respectera en temps que tel. Certains hommes, oui ; le Milieu, non.
Auguste le Breton nous présente Georges Hainneaux — Jo de Boulogne, puis Jo les Cheveux Blancs après une attente prolongée dans le box des accusés, et enfin Jo la Terreur ainsi que le surnomma Simenon, alors journaliste, lors de l'affaire Stavinsky — comme un homme de cœur, pas tout à fait un enfant de chœur mais dans tous les cas un homme d'honneur et un "dur", un aventurier du XXème siècle. Il y a chez lui comme une fascination pour le bandit qui brandit sa liberté comme un étendard, et accorde ses actes à cette revendication, dédaignant l'argent et ne l'utilisant que comme moyen, jamais comme un fin.
Du coup, le récit de la vie de Jo devient une épopée, un parcours exceptionnel, une vie magnifique. Jo connaîtra le faste et la misère, croisera quelques figures célèbres — Bonnot, Stavinsky —, comme ceux de sa génération vivra, à sa manière, deux guerres (une occasion de revenir sur le rôle de certains truands durant la seconde guerre mondiale et leurs relations plus qu'équivoques avec la Gestapo), naviguera entre bordeliers, prostituées, joueurs et tripots, arnaqueurs, voleurs et policiers, menant sa barque où bon lui semble.
Malgré cela, le récit d'Auguste le Breton est d'un réalisme de tous les instants et son admiration à peine voilée se fait contagieuse. Et puis il y a la langue, cet argot des faubourgs parisiens qu'il manie sans réserve.
Peut-être y a-t-il un peu de folklore dans cette biographie, peut-être de genre de truands a-t-il été trop magnifié dans nos inconscients nourris du cinéma des années soixante. Reste un grand plaisir de lecture, et un moment d'Histoire…
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Quelques pistes à explorer, ou pas...
Auguste le Breton, lui-même en marge du monde du polar, est cependant l'auteur de quelques perles du genre. Citons Du Rififi chez les Hommes, ou encore Razzia sur la Chnouf.
Quant à la parenté avec Albert Simonin, elle est évidente…
les dix premières lignes...
Naître est, dans l'ordre, le premier des commencements, et le plus simple.
Georges est né le 27 avril 1895, rue d'Aguesseau, à Boulogne-sur-Seine. Son père, Émile Hainneaux, un colosse, ne sait que boire, fumer, cogner. Surtout sur les siens qu'il terrorise. Sa mère, Julie Billon de son nom de jeune fille, s'échine dans une petite boutique, à repasser le linge des riches Parisiennes. Le couple a trois enfants : Gabriel, l'aîné, qui voit le jour en 1885, Marcelle, en 1890, et enfin Georges, en 1895 (…)
quatrième de couverture...
Auguste le Breton nous fait découvrir la vie du gangster français Georges Hainneaux plus connu sous le nom de « Jo la Terreur ». Des bas-fonds de Montmartre aux bordels d'Amérique du Nord en passant par les tripots de Londres, c'est un demi-siècle d'aventures et une authentique histoire du milieu français de 1880 à 1945. Parmi les héros de ce roman vrai, Bonnot, Carbone et Spirito, Stavisky, Bonny et Lafont. Et surtout une foule de personnage du peuple de Paris : prostituées, souteneurs, affranchis, policiers et malfrats. Dans ce monde, on tue pour un regard et on pleure sur une chanson des faubourgs.
La force d'Auguste le Breton, personnalité en marge du monde de la littérature policière, fut de ne rien inventer dans ses polars : il avait presque tout vécu.
bio express...
Auguste Le BretonNé Auguste Montfort le 18 février 1913, Auguste Le Breton doit son prénom au métier de son père (clown, qu'il a très peu connu — il est décédé en 1914 dès le début de la Première guerre mondiale) et son surnom à ses origines bretonnes (il est né à Lesneven).
Abandonné par sa mère, il devient Pupille de la Nation et est placé à l'âge de huit ans dans un orphelinat de guerre. Il s'en évadera à plusieurs reprises avant d'intégrer un Centre d'Éducation surveillée à la discipline de fer.
Cette enfance et cette adolescence sont déterminantes puisqu'il se jure de les raconter dans un livre le jour où lui-même deviendra père. C'est chose faite en 1947 quand, à l'âge de trente-quatre ans, il écrit son premier roman, Les Hauts Murs (qui ne sera publié qu'en 1954.
Entre temps, il aura exercé nombre de petits boulots et noué de solides amitiés avec les voyous des faubourgs parisiens, exerçant pendant la guerre comme bookmaker.
Son premier succès, il le doit à Du Rififi chez les Hommes en 1954, qui sera adapté l'année suivante au cinéma par Jules Dassin. Il déclinera par la suite le terme rififi (qu'il a inventé et déposé) en quatorze romans.
Il est l'auteur de quelques perles du polar français, comme Razzia sur la Chnouf ou encore Le Clan des siciliens (pour ne citer que les plus célèbres) et de plus de quatre-vingt récits.
En 1980, il publie Monsieur Crabe, récit de sa lutte contre un cancer de la gorge. Dix-neuf ans plus tard, la bête aura raison de lui, l'attaquant cette fois au poumon. Il est décédé le 31 mai 1999 à Saint-Germain en Laye.
édition(s)...
Robert Laffont - Plon
1973
La Manufacture de Livres
Octobre 2010
Le Livre de Poche
1980

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