Jeanne Desaubry
Hosto (Haines Hospitalières)
Première édition : Manuscrit.com - Septembre 2003
un avis personnel...
Publié le 31 mai 2005
Marc Perrin est inspecteur à la Brigade Criminelle. Il mène une vie un peu bourgeoise en compagnie de sa femme Sylvianne - une histoire de couple qui se délite - lorsqu'il est rattrapé par un appel du central pour un meurtre commis dans un hôpital.
06h00. Claudette Méjean est "surveillante" dans ce même établissement. Elle gère comme elle peut, à court de moyens, le personnel et les lits et a accumulé beaucoup de fatigue au cours de ce week-end de garde, aussi, lorsque Soline Propiglia, sa supérieure hiérarchique, lui assène une nouvelle fois une de ses habituelles humiliations quant à ses qualités professionnelles, elle explose... c'en est trop. Puis le travail reprend ; elle descend aux urgences et rencontre Eric Dorval, le chef du service, accessoirement son amant, et lui confie ses états d'âmes.
06h00. Christine Simon, elle, est la DRH de l'hôpital Saint-Michel et connaît aussi quelques "problèmes" avec Soline Propiglia puisque cette dernière, allumeuse patentée, qui voit en toute femme une rivale à abattre, tant sur la plan professionnel que personnel, est aussi la maîtresse de son mari, rédacteur en chef d'un grand journal parisien. Ce matin là, elle croit voir son mari s'éclipser sournoisement pour rejoindre la "concurrente" détestée (tout ce petit monde est logé dans l'enceinte même de l'hôpital) et décide de le suivre. Arrivée au bureau de Propiglia, elle entend sans la voir une altercation, une porte qui claque, puis d'autres bruits, indéfinissables. Elle pénètre à son tour dans la pièce et découvre le cadavre de Soline, baignant dans son sang, sous le bureau. Elle s'enfuit.
Deux heures plus tard, Claudette, qui a besoin d'une signature de sa supérieure pour un transfert, repère le même corps sans vie et donne l'alerte. À neuf heures Marc Perrin arrive sur place en compagnie de son coéquipier Jacques Degroux. L'enquête commence...
Dès lors, Jeanne Desaubry nous propose une plongée en apnée dans les méandres de l'administration hospitalière où, sur les pas de son inspecteur, porte après porte, rencontre après rencontre, on découvre un monde fait de tensions multiples, de rapports faussés entre les administratifs, les soignants, les "ténors" et les petits, la servilité des seconds à l'égard des premiers, les petites haines comme les grandes, les abus de pouvoir, la mesquinerie ambiante. Un véritable panier de crabes !..
L'inspecteur et le témoin principal de cette affaire ont eu une aventure passée, interrompue pour cause de mutuelles mutations, et se retrouvent à cette occasion. Lorsque Claudette est présentée comme la principale suspecte en raison de son alibi "troué" et de son mobile apparent, Perrin, qui pense la connaître, ne veut pas croire à cette solution trop "pratique" pour la direction de l'hôpital. Il continue à fouiller et plonge encore plus profond dans l'atmosphère glauque et magouilleuse de l'administration.
Jeanne Desaubry ne dénonce pas seulement l'ambiance délétère rencontrée à l'hôpital, elle critique également les failles de la gestion hospitalière qui tend vers une médecine à deux vitesses, les systèmes organisés qui remplissent les poches des médecins libéraux sur le dos des contribuables, la logique marchande appliquée à la santé. À travers une nombreuse galerie de personnages, tous plus odieux (ou presque) les uns que les autres, mais formidablement campés et méticuleusement décrits, avec une précision "chirurgicale", elle dresse un bilan peu reluisant de cette institution en péril qui aurait sans doute plus besoin d'un médecin que d'un gestionnaire. Un style très juste qui ne s'encombre pas de fioritures, une écriture limpide, une construction classique et solide qui nous entraine vers un dénouement d'une logique irréprochable et néanmoins inattendu. Ne glissez pas ce roman dans votre sac pour un séjour à l'hôpital, vous risquez les cauchemars !..
Dernière Minute !
Ce roman de Jeanne Desaubry a fait l'objet d'une nouvelle édition en avril 2006, sous le titre Hosto, après un travail de relecture et la réécriture, sous l'égide de la coopérative Krakoen, des deux premiers chapitres. Il est donc désormais disponible ici même.
Vous pouvez également vous faire une idée plus précise en découvrant ces mêmes chapitres mis à disposition sur le site de l'auteur.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Malheureusement, je n'ai pas en mémoire d'autre roman aussi pugnace envers l'institution hospitalière, sinon je me serais fait un plaisir...
les dix premières lignes...
Marc Perrin, une fois de plus relégué sur le mauvais matelas de la chambre d'ami, avait passé une nuit détestable.
Rasoir en main, il se jetait des regard furieux dans le miroir en se remémorant la péroraison de son beau-frère, à l'issue du dîner de la veille.
Il avait contenu une sourde irritation, les dents cramponnées sur un cigare de fin de repas. L'affectation avec laquelle l'autre le lui avait offert puis le cérémonial grotesque pour l'allumer avait achever de l'exaspérer.
En bruit de fond, il entendait la conversation de sa femme et de sa belle-sœur. Elles bavardaient à la cuisine après en avoir chassé les maris. Sylvianne, sa femme, riait ! Quelle confidence avait eu ce pouvoir (...) ?
quatrième de couverture...
Pourquoi trouve-t-on Soline Porpiglia, directeur administratif d'un grand hôpital parisien, assassinée dans son bureau, le crâne fracassé ?
La personnalité particulière de la victime va offrir de multiples directions aux enquêteurs de la Brigade Criminelle.
Marc Perrin, flic à la quarantaine désenchantée, se trouve plongé dans le milieu hospitalier et ses rivalités innombrables. Il va être guidé dans ce labyrinthe par Claudette Méjean, adjointe de la victime. Mais ce statut de témoin privilégié se combine mal avec les braises laissées par l'ancienne liaison qui a autrefois uni la jeune femme et le lieutenant de police.
Rivalités, haines, manœuvres. Il n'y aura pas qu'une seule victime. Entre la découverte d'un milieu très particulier et les pressions politiques, Perrin peine à démêler mensonges et ragots. Quant au coupable qu'on lui offre... Trop parfait pour être crédible ?
Cette enquête est l'occasion d'un portrait rapproché d'hôpital, loin des images convenues, entre ambiances aux "Urgences" et réunions de direction.
bio express...
Jeanne Desaubry(cf. la biographie présente sur le site de l'auteur)
— Alors, tu ne veux rien raconter de toi ?
— Je ne sais pas. Ça m'embête. Et puis quel moi ? Moi ou Jeanne ?
— Ah, parce que Jeanne ???
— Ben oui, elle n'existe pas en vrai. Enfin, si ! Mais pas tout le temps. Des fois elle existe, et des fois pas.
— Comment ça s'appelle : un pseudo d'écriture ?
— On peut aussi dire : schizophrénie... Tout dépend de qui te parle. De celui à qui tu parles aussi. Jeanne, elle aime pas les gens. Pourtant elle en est curieuse. Mais elle préfère être seule.
— Alors, si tu ne veux pas parler de toi, fais-nous le portrait de Jeanne.
— Un portrait chinois ?
— Allons-y. C'est quoi sa couleur préférée ?
— C'est la question la plus bête que je connaisse. Tout le monde s'en fout, non ?
— OK. Alors... Son auteur préféré ?
— Dur, dur ça... Elle en a souvent changé. Il y a eu Sartre, Ellroy, Rimbaud, Freud...
— En ce moment ?
— Elle adore Vargas. À cause de sa fidélité à Battisti et de sa pugnacité. Aussi parce qu'elle est un peu amoureuse d'Adamsberg. Jeanne, elle aime bien les gens moches. Ça l'attendrit.
— Musique ?
— Euh... Pergolèse, Françoise Hardy, Schubert... et Bach for ever.
— Pourquoi elle écrit cette Jeanne ?
— C'est aussi une question stupide. Comme tout le monde. Parce que sinon sa vie n'aurait pas de sens. Pour s'occuper. Pour fuir la réalité. Parce qu'elle ne peut pas faire autrement. Pour faire des économies ? (elle fait ses livres elle-même). Pour emmerder son mari qui est obligé de lire ce qu'elle écrit. Choisis.
— Bon, je laisse tomber. Je crois que je ferais mieux d'aller me faire une idée par moi-même.
— C'est ça. Depuis le début je te le dis. Sois curieux, lecteur ! Le reste, qui elle est, ce qu'elle fait, ce qu'elle aime. Tout ça, tout le monde s'en fout, en vrai. Va LIRE ! Tu reviendras ensuite me dire ce que tu en penses.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.



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