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André Helena

Par Mesure de Silence

Couverture

Première édition : Fleuve Noir - 1965

Tags : Roman noir Hard Boiled Vengeance Truand Criminel Populaire Argotique France Années 1950 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 02 novembre 2008

Garcia entre dans un bar pour acheter un paquet de clopes. Là, il se retrouve au milieu du début d’une rixe opposant les Coyotes, bandes de jeunes blousons noirs et Michel, jeune ado d’une bande rivale. Au lieu de quitter rapidement le bouge, Garcia s’approche du loufiat et demande ses clopes sous les yeux médusés des deux bandes rivales. Un homme menace Garcia d’une chaîne de vélo qu’il fait tournoyer. Bien mal lui en prend. Garcia ne se démonte pas :

Tu as intérêt à te tenir tranquille si tu ne veux pas recevoir mon pied au cul.

Garcia empoche ses Gauloises et pousse Michel vers la sortie, non sans l’avoir désarmé de son surin. Stupéfait par l’attitude de Garcia, les loubards restent médusés. Dans un coin du bar, une vieille connaissance de Garcia, Simon, qui doit être le seul à savoir à cet instant que ce type respectable, en complet veston, fut un grand du Milieu avant guerre. Il note la plaque d’immatriculation du véhicule de Garcia. En effet, Simon proxénète ruiné par la Libération et quelques malversations voudrait bien dire un mot à Garcia, car ce dernier s’est barré avec sa part à la suite d’un casse.
Une longue quête débute, aller voir les flics, où Simon a quelques connaissances, retrouver l’adresse de Garcia… mais cela ne sera pas évident. Garcia n’est pas le genre à se dégonfler. Et si Simon profitait des Coyotes, blessés dans leur orgueil, pour récupérer sa mise, quitte à partager ?

L’Espagnol était irréductible. Ce n’était pas lui Simon qui arriverait à le réduire à quia. Il s’était décidément ces jours-ci bercé de beaucoup trop d’illusions.

Qu’adviendra-t-il de Simon ? Ira-t-il, lui le lâche, le fourbe, trouver Garcia ? Arrivera-t-il à convaincre les Coyotes de faire bande ensemble ? Qui couillenera qui dans ce bordel ambiant ? Le petit Simon sera-t-il à la hauteur ? Qui achètera le silence de qui ? L’honnête patron Garcia, le veule Simon…

La banlieue parisienne des années cinquante s’ouvre à nous, avec ses bandes, son Milieu, ses proxos, ses flics. Héléna décrit en un langage argotique et populaire, ce que sont ces années-là. Un roman noir intéressant que l’on suit avec envie. Pas de grand coup de théâtre, un flic (Salmain) un peu curieux, mais pas trop, des Coyotes un peu plus écervelés que courageux, un Simon cardiaque, un Garcia inflexible qui cherche à réinsérer Michel dans son entreprise de mécanique auto.
Un livre d’Héléna de bonne facture qui vaut son pesant de cacahuète pour découvrir un monde qui nous est étranger, presque un témoignage sociologique.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Les Clients du Central Hôtel, ou Les Héros s’en Foutent de André Héléna.

les dix premières lignes...

Garcia jeta le mégot par la fenêtre de la voiture et se fouilla. Il se souvint alors qu’il n’avait plus de cigarettes. Il avait laissé le paquet, froissé, dans le bar de l’aérodrome d’Orly, peu de temps avant que l’avion de Lopez, à destination de Caracas, ne prenne l’aire de départ (…)

quatrième de couverture...

— Qu’est-ce que tu fais dans la vie à part te battre dans les bals ?
— Ben je me débrouille
— Tu te débrouilles comment ? La fauche ? N’aie pas peur, ce n’est pas moi qui irai te balancer. Si je t’ai sorti des pattes des flics, ce n’est pas pour t’y fourrer.

bio express...

André Helena André HelenaPiochée sur l'excellent site de Marcel Bernadac (Le Récit Policier d'Expression Française au Cours du XXème Siècle) :
Né le 08 avril 1919 à Narbonne, où il a passé son enfance et son adolescence, André Héléna a gardé, malgré les épreuves qu'il a traversé au cours de son existence, le côté gai, enjoué, drôle, volubile et insouciant des gens du Sud-Ouest. Ce caractère affable, cordial et spirituel tranche tout à fait avec le ton de ses meilleures œuvres qui sont sombres, poignantes, tragiques et désespérées et se déroulent sur un fond de critique de la société et des mécanismes juridico-policiers, bien avant la tendance actuellement en vogue. Il déclarait lui-même en 1958 dans Mystère Magazine, à propos de ses débuts dans le roman policier : « je venais d'écrire un livre dont je serai toujours fier parce que j'ai été le premier de toute la presse à parler des interrogatoires abusifs de certains policiers : ça s'appelait Les Flics ont Toujours Raison. »
Il est monté à Paris en 1936 à l'âge de dix-sept ans pour participer à l'équipe technique du tournage du film Arsène Lupin Détective, réalisé par Henri Diamant-Berger, dont la vedette était Jules Berry. C'est à cet âge également qu'il aurait publié son premier recueil de poèmes Le Bouclier d'Or.
Il retourne ensuite à Narbonne, fait une sortie en Espagne pendant la guerre civile. Il est réformé en 1939 et passe la période de l'occupation allemande à Leucate avec, sur la fin, un passage au maquis en 1944.
Après la guerre il exerce différents petits métiers et est notamment représentant en produits 3D (Dératisation, Désinsectisation et Désinfection). Il tente ensuite de lancer une revue poétique La Poterne… et se retrouve en prison pour détournement de souscription, ce qui est sans aucun doute une conséquence de son naturel méditerranéen, négligent et insouciant.
Naturellement, l'expérience de la geôle va l'inciter à écrire des romans noirs et il entame sa carrière de romancier noir en 1948 avec Les Flics ont Toujours Raison, suivi de Le bon Dieu s'en Fout (1949) et d'une dizaine d'autres titres jusqu' en 1952. Puis à partir de 1953 il se lance dans l'écriture de deux séries : Les Compagnons du Destin d'une part, où les personnages évoluent dans une ambiance sombre, glauque, cafardeuse et misérabiliste, et L'Aristo d'autre part, où il met en scène un personnage décontracté qui relate ses exploits dans un style relâché, argotique et amusant.
Parallèlement il fournit dans différentes collections (sous son nom ou sous divers pseudonymes) de nombreux romans à tendance noire afin de se procurer la monnaie qui lui fait défaut et que réclame son impécuniosité permanente, mais qu'il dépense largement en traînant de bistrots en bistrots.
Après son second mariage (le premier alors qu'il était jeune n'avait pas duré longtemps) il semble être entré dans une période plus sereine confortée par son arrivée en 1956 dans l'équipe de Frédéric Ditis. Cet éditeur a beaucoup fait pour la littérature policière dont il fut une sorte d'éminence grise : il a créé en 1945 les collections Détective-Club en Suisse et en France, puis la collection La Chouette et J'ai Lu Policier. Il a publié, entre 1956 et 1962, vingt-cinq romans d'André Héléna dans sa collection La Chouette (huit sous son nom et dix-sept sous le pseudonyme de Noël Vexin).
Ensuite Héléna fera son entrée au Fleuve Noir où seront publiés de 1965 à 1967 dans la collection Spécial Police une dizaine de romans dont la qualité se situera dans la bonne moyenne de cette collection.
Pendant ces périodes, où ses livres ont eu une audience non négligeable, il ne perdra pas pour autant son habitude de bâcler différentes sortes d'histoires — y compris une cinquantaine de pornos — qu'il vendra à la sauvette sous pseudonymes à différents éditeurs de seconde zone.
Alcoolique, malade, il retournera au pays et terminera sa carrière à Leucate en vivant des fruits d'un héritage jusqu'à sa mort en novembre 1972 à l'âge de cinquante-trois ans.

édition(s)...

Fleuve Noir -  1965 Fleuve Noir
1965
Fleuve Noir - Mai 1988 Fleuve Noir
Mai 1988

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