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Honey Money

Tito Topin

première édition : Gallimard / Série Noire - Mars 1984

tags : Comédie Trafic Arnaque Truand Quidam Populaire France Années 1980 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

publié le 06 septembre 2008

Du côté d’Avignon, Paco surveille l’arrivée de Roland qui déboule fin bourré dans le jardin de sa villa, bien incapable de faire entrer sa voiture au garage sans la plier et l’abandonnant pour une douche improvisée au jet d’arrosage. Alors Paco s’engouffre dans la voiture et renverse les quelques ruches alignées le long des lauriers roses. Mort atroce de Roland, le mari de Vicky ; accessoirement la maîtresse de Paco.
Vicky, jeune veuve à peine éplorée, on la retrouve dans le lit de Boris, photographe de presse du genre pigiste qui se débat avec un frère casse-burnes, un roi de la combine, véritable pot de colle dès qu’il s’agit de taper deux ronds, voire plus, à son frangin. C’est d’ailleurs par lui que Boris a fait la connaissance de Vicky.
Entre deux mésaventures congénitales, Boris obtient une info de première main qui pourrait lui valoir le scoop de sa vie : Mateo Matteoli, gros truand recherché par la police après son évasion, serait dans la région, et on lui indique même le lieu de son prochain rendez-vous, un restaurant perdu dans l’arrière-pays.
Malheureusement, il ne sera pas seul sur le coup… Paco, pourtant de l’équipe Matteoli, balance le même renseignement aux flics…

Une histoire de truands à l’ancienne, avec des faux-monnayeurs comme on n’en fait plus, une arnaque savamment orchestrée par une Vicky forte tête et une galerie de personnages hauts en couleur. Tito Topin joue sur le fil de l’exubérance dans un parfait équilibre tout à fait réjouissant. Il pousse les situations jusqu’à la frontière du burlesque tout en tenant ferme le cap de son récit, mais laissant libre cours à son imagination débridée, ce qui donne lieu à quelques scènes à grand spectacle ; le rendez-vous du restaurant est à ce titre un véritable morceau d’anthologie !

La plume de Tito Topin se fait espiègle, canaille, fleurie, toute en image, ce qui donne à la précision de ses descriptions des couleurs particulières :

Il désignait une grand bâtisse en contrebas de la route. De la tour tronquée qui dominait la vallée, titubaient des vieux murs de pierre, alourdis par des toits fléchis, douloureusement beaux comme des vieillards fragiles qu’on voudrait éternels.

Dans la vallée, l’Aygue brillait comme une couleuvre chromée. Le peu d’eau qui serpentait sous les galets s’argentait du frisson des trembles

À une table voisine, un couple, la femme vraiment belle. À côté, un autre couple, beaucoup plus âgé, le genre petit commerçant devenu grand, avec leur fils, maniéré comme un critique de mode dans un troupeau de phoques et qui parlait d’un opéra (di-vin) qui l’avait (po-si-ti-ve-ment !) emballé. Le père faisait semblant de ne pas être de la famille.

On aura également la plaisir, à mi-roman, de retrouver le commissaire Gonzalès, figure récurrente dans l’œuvre de Tito Topin, qui viendra épauler l’incompétence notoire des forces de gendarmerie déployée pour la circonstance. Sans sa perspicacité, pas sûr que cette affaire ait trouvé le chemin de la lumière…

Honey Money n’est assûrément pas une révolution du polar, mais il sent bon une certaine tradition française en la matière, avec cette saveur rafraîchissante et surtout acidulée qui donne envie d’y replonger souvent, à la manière d’une cure de jouvence, revigorante.

vous avez aimé...

quelques pistes à explorer, ou pas...

Dans cette même veine, Tito Topin, au détour des années quatre-vingt, a écrit quelques perles comme Graffiti Rock ou encore Shanghai Skipper.

le début...

les dix premières lignes

Paco regarda la ville éteinte. La maison était fraîchement repeinte en blanc et la nuit si claire qu’elle lui donnait des reflets bleutés.
Il parut se démouler en quittant la voiture.
Ses phares à iode trouaient la grille de fer forgé, ressuscitant le fantôme noir d’un cyprès mort. Il choisit une clé dans son trousseau.
Le cadenas cliqueta, la chaîne se lova dans sa main avec un bruit de crotale (…)

la fin...

quatrième de couverture

Paco renversa de plein fouet la première ruche. Des milliers d’abeilles vrombirent instantanément dans les phares, affolées. Le miel (Honey !) gicla sur la carrosserie, barbouilla le pare-brise. Le bruit était assourdissant, inhumain. Terrifiant. Après ce coup-là, le pognon (Money !), il pourrait s’en faire des tartines.

bio express...

biographie sommaire de l'auteur

Tito Topin Tito Topin(cf. www.titotopin.com) Né en 1932 à Casablanca, Tito Topin crée à 21 ans, à son retour des Cies Sahariennes, sa propre agence de publicité, "Publicasso". Rappelé sous les drapeaux en août 1955 à la suite des événements tragiques de Oued-Zem, il est cassé à deux reprises de son grade et effectue trois mois de prison sur les six de son rappel. Démobilisé début 1956, il émigre au Brésil, à Sao-Paulo où très vite, il crée une nouvelle société "Catalox". Les accords d'Evian signés en 62, il retourne à Casablanca et crée une nouvelle agence de régie et publicité, "AGEP" avec des associés marocains. Il les quittera pour prendre la direction artistique de l'Agence Havas.
Installé à Paris fin 1966 comme illustrateur, il participe à diverses campagnes de publicité, fait de la bande dessinée (notamment avec Jean Yanne), des génériques et des affiches de films (Tout le Monde il est Beau, Idi Amine Dada, etc.) avant de s'installer en 1978 près de Vaison-la-Romaine où il séjourne toujours. Il publie son premier roman, Graffiti Rock en 1982 chez Gallimard, pour la Série Noire, écrit son premier scénario en 1984, crée la série Navarro en 1989 et monte sa propre maison de production en 1997.

Tito Topin est décédé le 6 décembre 2025, à l'âge de 93 ans.

édition(s)...

originale, réédition(s), poche

Gallimard / Série Noire - Mars 1984Gallimard / Série Noire
Mars 1984

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