Maurice G. Dantec
La Sirène Rouge
Première édition : Gallimard / Série Noire - Septembre 1993
un avis personnel...
Publié le 01 janvier 2006
Alice, douze ans, vit avec sa mère et son beau-père à Amsterdam. L'enfant, livrée plus ou moins à elle-même en matière d'éducation mais dotée d'une intelligence hors du commun, découvre un jour chez elle des cassettes vidéos où elle reconnaît sa propre mère dans une mise en scène de snuff movie particulièrement violente. L'un de ces enregistrements lui révèle également comment a disparu sa dernière "nurse" qui s'était volatilisée quelques temps auparavant.
Alice décide de dénoncer sa mère et son beau-père à la police, mais bien vite, sentant la menace poindre, elle prend la fuite pour rejoindre son père à sa dernière adresse connue : le Portugal.
Elle sera bientôt recueillie par un ex-mercenaire, Cornelius Toorop qui, épaulé par son ami Anita, l'aidera à traverser l'Europe pour tenter d'en finir avec la monstruosité...
Premier roman publié de Maurice G. Dantec, on est là dans un polar de type "road-movie" hyper violent où les cadavres ne sont plus comptés, où l'action et le mouvement sont parmi les moteurs de ce récit qui voit une jeune fille confrontée à l'horreur générée par sa mère ; quelques scènes particulièrement "trash" viennent d'ailleurs ponctuer le récit. Dantec soigne son intrigue, mais n'en oublie par pour autant ses personnages : Alice l'adolescente, au pays des horreurs, sa mère, espèce de gorgone toute puissante aux limites de la folie qui cherche à détruire sa fille, ou Toorop (Hugo), ce romantique des temps modernes, harnaché comme un guerrier, armé jusqu'aux dents. On ne manque pas de paradoxes...
Une violence quasi omniprésente par la toile de fond du récit – la guerre en Yougoslavie – qui fait l'objet de nombreux flash backs autour des souvenirs d'Hugo et de quelques réflexions politiques.
Malgré tout, Dantec conserve encore en lui un semblant d'optimisme et il n'est pas "innocent" de voir Alice, déterminée, prendre le chemin du Sud, celui qui le conduit vers le soleil, vers un avenir meilleur encore envisageable.
Un récit captivant, mené tambour battant, qu'on a du mal à lâcher, et qui inaugura la série des Folio Policier en en portant fièrement la bannière et le numéro un.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
La Sirène Rouge a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, plutôt mal accueillie par la critique, réalisée en 2002 par Olivier Megaton, avec Jean-Marc Barr dans le rôle d'Hugo.
De Maurice G. Dantec, on ne peut rester sans citer son second roman, Les Racines du Mal, où on retrouve à nouveau le personnage de Toorop, et qui allait faire de son auteur la grande figure de ce qu'on a appelé le cyber-polar.
les dix premières lignes...
Le 17 avril 1993, quelques minutes avant que sa vie ne bascule tout à fait, Hugo Cornélius Toorop avait contemplé son visage dans la glace. Il y avait vu une longue tête un peu mélancolique, avec des sourcils en accents circonflexes. Ses yeux noirs brillaient comme deux billes laquées, sur des cernes qui mettraient sans doute un peu de temps à s'estomper. Deux rides faisaient leur apparition au coin de ses paupières. Elles s'étaient notablement accentuées, depuis peu.
Toute l'opération s'était pourtant déroulée à peu près comme convenu (...).
quatrième de couverture...
Elle a douze ans, une mère meurtrière et une armée de mercenaires sur les talons.
Il a trente ans, l'habitude de tuer et pas grand-chose à perdre.
Ensemble, ils vont traverser l'Europe, d'Amsterdam à Porto. Le genre de voyage où les cadavres servent de bornes kilométriques.
bio express...
Maurice G. DantecMaurice G. (pour Georges) Dantec est né à Grenoble en 1959. Son père, journaliste scientifique, et sa mère, couturière, sont tous deux attirés par l'idéologie communiste. En 1970, après le divorce de ses parents, il rejoint avec sa mère la "couronne rouge" de la banlieue parisienne et fait la connaissance d'un animateur du collège qu'il fréquente, un certain Jean-Bernard Pouy, qui lui fait approcher en connaisseur la "mauvaise" littérature américaine ou encore la science-fiction. De son côté, lecteur insatiable, il découvre Nietzsche à seize ans et en fait même une de ses références philosophiques.
En 1978 il abandonne ses études de lettres pour se lancer dans la musique, rock pour commencer, puis expérimentale à tendance punk par la suite, avec le groupe Artefact pour qui il joue des claviers et écrit des textes.
Il enchaîne en parallèle les "petits" boulots dans la publicité, le marketing ou la communication. Après un échec dans la création d'entreprise – il prend de plein fouet l'explosion boursière de la bulle Internet – il décide de se consacrer à l'écriture et de devenir "le plus grand écrivain de sa génération".
Poussé par Jean-Bernard Pouy, il présente un premier manuscrit à Patrick Raynal, impubliable mais bourré de promesses pressenties par le directeur de la Série Noire. Dantec se remet au travail et, quelques mois plus tard, revient avec La Sirène Rouge, immédiatement remarqué, qui remporte en 1993 le Trophée 813 du meilleur roman policier.
En 1995 paraît Les Racines du Mal qui confirme Dantec comme un des nouveaux maîtres du genre ; on invente même pour lui l'expression "cyber-polar". Il y réussit le mélange d'intrigue policière, de science-fiction, sur fond de considérations géopolitiques et d'interrogations sur son époque et son devenir. Du grand art.
En 1997, il quitte la France, devenue selon lui trop dangereuse et s'exile au Québec en compagnie de sa femme et de sa fille, pour les "protéger". Il s'éloigne résolument du polar, sans doute trop étriqué, puis laisse libre cours à sa paranoïa dans son journal, Le Théâtre des Opérations.
édition(s)...
Gallimard / Série Noire
Septembre 1993
Gallimard / Série Noire
Août 2002
Folio Policier
Octobre 1999
Folio Policier
Août 2002
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.



vos commentaires...
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis !