La Proie et la Meute

Simon François

Editions du Masque - Septembre 2024

Tags :  France profonde Années 2020 Entre 250 et 400 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 10 décembre 2025

Recommandé Patrick Casela est un chasseur « éthique », respectueux de la forêt et de ses habitants. Après avoir œuvré dans les chasses présidentielles, il possède désormais son propre domaine en Sologne. Il y reçoit des clients, chasseurs aguerris ou non, comme ce politicien qui veut donner une leçon de vie à son fils de douze ans, et dont il doit supporter la bêtise et le mépris du danger.
Pour l’heure, Casela accueille à sa table un couple d’industriels — la mère et son fils arrogant, les Poussaud — qui souhaitent louer des terrains dans la région pour y enfouir des déchets plus ou moins toxiques. Casela, moyennant commission, joue les intermédiaires pour son rustre voisin Jean-Yves, exact opposé des deux premiers.

1995, Romain est un enfant harcelé par ses camarades de classe. Quasi-muet par choix suite à une ablation de la lèvre supérieure ; un bec de lièvre n’aidant pas à l’intégration, si ce n’est pour se faire appeler « Lapin ». Mais Romain, quand il oublie les règles, sait se défendre en laissant sa furie s’exprimer. Son refuge est la nature environnante, son seul soutien Solène, une camarade de classe.
Les années ont passé et Romain est toujours au village, vivant en solitaire, libre, homme à tout faire bien connu de la centaine d’habitants qui s’échinent à l’abattoir de poulets qui les fait vivre, non loin des propriétés cossues des bourgeois parisiens.

Gisèle Poussaud, la Patronne, veuve d’un truand lyonnais spécialisé dans le blanchiment par le recyclage de déchets. Une femme solide à la soixantaine triomphante qui a élevé un enfant roi, Maxime, plus préoccupé par son apparence que par la réussite de ses affaires. Un fainéant incompétent, mais Gisèle adore son fils ; c’est tout ce qui lui reste.
C’est ce dernier qui a eu l’idée de cet enfouissement sauvage pour lequel ils traitent avec Casela et les gens du village.

Ici, on est à la campagne, loin de la frénésie urbaine, on prend son temps, on apprend à se connaître. Ainsi Simon François laisse-t-il tout loisir à ses lecteurs d’appréhender les personnages et l’environnement qu’il met en scène. Le drame qui se joue arrivera bien assez tôt, ça n’est pas le plus important. Pour l’instant.
Et puis, une fois que le tableau d’ensemble est dressé, qu’on a bien en tête chacun des intervenants, peut se nouer la tragédie. Le rideau se lève doucement, les acteurs sont en place, les trois coups résonnent. Nous sommes au quart du récit et, après le gris foncé, le « noir » se fait.

J’avais « loupé » la parution de ce second roman de Simon François lors de sa sortie en septembre 2024, mais avec le nombre de parutions dont on nous assomme à chaque rentrée, je (me) suis tout excusé. C’est au hasard d’un message posté sur les réseaux sociaux par Marin Ledun que ma curiosité a été titillée. À travers ce roman, Simon François lui avait redonné le goût de la lecture, rien que ça… Il n’en fallait pas plus pour que je me fie aux talents de prescripteur de Marin Ledun et m’offre un détour par la librairie pour la découverte d’un nouvel auteur.
Et il n’avait pas tort. La Proie et la Meute est un excellent roman qui emprunte à la fois au polar rural et au thriller, sans jamais en faire trop. On y trouve une forme d’authenticité, dans le récit comme dans les personnages, complexes, profonds.
Il y sera question d’environnement, voire d’écologie, de harcèlement, d’argent facile et de magouilles autant que de psychologie, de nature, de France profonde et pourquoi pas de filiation et d’amour, dans un ensemble mené de main de maître où chaque élément s’imbrique aux autres sans jamais « accrocher », en toute fluidité.
Une très belle découverte. Merci Marin !

Casela bouffe de l’écolo en continu, matin, midi et soir. Casela aime définir les écolos comme une bande de cons dégénérés, bourgeois gavés de quinoa évoquant à grand renfort de clichés une nature à laquelle ils sont étrangers. Pour eux, l’écosystème est une matrice protectrice qui nous enveloppe, aimante, rassurante, bienveillante et plein d’autres adjectifs dignes d’un gourou New Age. Pour Casela, la nature est une salope, une ignoble pute dépourvue de sentiments, qui tue, écrase, dissout, fait éclore des vers dans le visage putréfié des êtres que l’on a aimés une fois qu’ils sont morts, une vacherie qui mérite d’être apprivoisée, domptée à grands coups de trique, par le feu, les armes, le sang.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Depuis quelques années, le polar rural a le vent en poupe et nous réserve quelques belles surprises. Le Grand Prix de Littérature Policière l’a souligné en couronnant dans sa dernière édition le premier roman de Mathilde Beaussault, Les Saules.

Le début...

Les dix premières lignes...

Le vieux sanglier écume. Derrière lui, les aboiements lointains des chiens fredonnent la mélodie d’une mort certaine. Sous le ciel solognot obscurci par les branchages, l’animal court entre les pins. Il court pour sa vie, sans relâche depuis une heure, suivant d’instinct les layons laissés par ses congénères. La forêt exhale un parfum capiteux, mélange de mousse et de bruyère. Dans sa fuite, l’ongulé aperçoit quelques cèpes dissimulés sous les fougères humides. Ses sens en alerte lui indiquent la présence de plusieurs animaux, geais, piverts, faisans, mulots. Ses sens en alerte ne détectent pas l’homme et le chien, un rouge de Bavière, statues immobiles et silencieuses, fantômes figés dans des poses guerrières, dissimulés par un vent favorable. Le sanglier devine un champ de maïs devant lui, en lisière de la forêt. S’il parvient à atteindre les cultures, il sauvera peut-être sa peau, pour cette fois.


La fin...

Quatrième de couverture...

Un petit village du centre de la France, cerné de champs, barricadé par des murs de forêts et quelques fermes isolées, qui abrite une usine : un abattoir de poulets où travaille la quasi-totalité des habitants.
Presque tous, sauf Romain, le marginal, l’homme à tout faire, affligé d’un bec de lièvre qui lui vaut le surnom « Lapin ». Romain, aussi habile dans les arbres où il aime bâtir des cabanes que les pieds dans la rivière où il pêche, loin du monde, loin du village qui l’a toujours tenu à l’écart et exerce contre lui une sourde violence.
Depuis sa plus tendre enfance, le géant blond, est épris de Solène, l’actuelle maire de la bourgade. Alors quand cette dernière disparaît, mêlée malgré elle à une sombre histoire d’enfouissement illégal de déchets, c’est le soleil de Romain qui s’éteint brutalement.
Reste la vengeance…


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Simon François










Edition(s)...

Informations au survol de l'image...

Réédition

Du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.

Les Portes Étroites