Publié le : 05 décembre 2025
Un avocat de renom, une femme blessée qu’il essaye de réanimer tandis qu’un agresseur tente de le pendre à côté d’un pauvre chien supplicié, le tout en Andalousie. Telle est la scène d’horreur qui fait figure de prologue au récit. Le lecteur est prévenu : l’aventure qui va suivre ne sera pas de tout repos.
Malameria est un village perché de la sierra Nevada, en dehors des circuits touristiques. Mille âmes à peine et parmi elles, Alano Garcia et sa famille. Il est avocat, mais pour les gens du coin il est avant tout un fils du pays.
Alano a changé. Retour en 2020, du côté de Bordeaux. Il est alors un homme quelque peu désabusé, parfois cynique, un avocat arriviste qui affectionne les clients fortunés et rêve de l’affaire qui le mettra sous le feu des projecteurs. Et justement, on lui propose la défense d’un jeune homme (Vincent Sauriol) accusé de viols en série d’une extrême violence, un procès qui sera très médiatisé. Une aubaine, même s’il a promis à sa femme Rose, enfin enceinte après de nombreuses tentatives, de lever le pied côté professionnel.
À Malameria, dans la maison familiale, tout est plus calme. Alano et Rose profitent de leur fille Gaby. Vincent Sauriol aura été le dernier client de l’avocat avant qu’il ne se retire sur le lieu où ont vécu ses ancêtres, un pays de chasseurs.
Tout au long du récit, Max Monnehay entretient savamment deux flux de tension. D’un côté, nous avons la relation de la préparation et du procès proprement dit de Vincent Sauriol, ou comment pratique un avocat de la défense pour instiller le doute dans l’esprit des jurés et de la cour.
Savoir murmurer à l’oreille du jury. C’est ce à quoi prétendent tous les individus de mon espèce. Et c’est assez simple, en vérité. Il suffit de lui donner ce dont il a besoin. Et ce qu’il réclame silencieusement, ce à quoi il aspire plus que tout sans même en avoir conscience, c’est de continuer à croire en l’humanité. Plus le monde ressemblera à une poubelle remplie de rats s’entre-dévorant, plus ces six individus réunis par le hasard d’une convocation seront enclins à bénir celui qui leur offrira un espoir, si maigre soit-il.
De l’autre, le récit s’est déplacé en Espagne, quatre ans plus tard, et c’est un mystère dans lequel on avance pas à pas, sans savoir précisément jusqu’où ni comment il est lié au passé.
Cette construction sophistiquée fonctionne parfaitement, son agencement entretenant un suspense grandissant d’une redoutable efficacité. On tourne les pages, une à une, avec fébrilité, dans l’espoir de savoir enfin de quoi il retourne.
On pourra malgré tout reprocher l’aspect thriller gore parfois un peu exagéré à mon goût dans le final du roman, mais on ne peut que constater le talent de l’auteure en la matière.
Autre regret à mon sens, qui n’enlève rien à la qualité générale de l’ouvrage, mais il m’est apparu comme une sorte d’incongruité. Il est fait une place importante dans le roman au sort réservé aux galgos, ces lévriers espagnols utilisés pour la chasse et auxquels leurs propriétaires et éleveurs font subir les pires traitements. Si l’intention est parfaitement louable, j’ai eu l’impression d’une greffe qui n’avait pas totalement réussi, comme un sentiment diffus d’artificialité qui m’a fait louper le lien voulu par l’auteur dans son récit.
Mais au fond, je chipote. Max Monnehay montre ici un style d’une grande fluidité, ponctué de dialogues qui sonnent avec justesse, et agrémenté d’un humour noir sous-jacent qui s’exprime souvent sous forme de punchlines bien senties.
Pour moi qui depuis longtemps avais délaissé le thriller, Chiens Fous propose une forme de réconciliation et l’envie de compléter ma lecture de Max Monnehay.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Pour le côté avocat et humour noir, vous pouvez vous pencher sur le cas de Christophe Leibowitz que Hannelore Cayre met en scène brillamment dans trois romans.
Côté États-Unis, on n’oubliera pas Victor Carl, le personnage savoureux créé par William Lashner il y a quelques années et qui traverse son œuvre.
Les dix premières lignes...
Mon professeur de droit pénal nous disait toujours que la meilleure façon de défendre un accusé consiste à déterrer la victime qu’il fut. À utiliser la machine à voyager dans le temps pourri des brimades, des branlées et des parents défaillants. Parce que la violence ne s’apprend pas dans les jeux vidéo, pas plus que dans les films de gangsters. Des tas d’études ont essayé d’établir un lien. Des tas. Elles ont toutes lamentablement échoué.
La violence est presque toujours une maladie de contact. Une saloperie qu’on attrape parce qu’on s’est retrouvé tout gosse un peu trop près des poings de quelqu’un, un peu trop souvent.
Si je devais défendre dans une cour d’assises l’homme qui, il y a moins de trois minutes, a attenté à la vie de l’âme pure et innocente couchée à mes pieds, je commencerais donc par brosser le portrait du gamin qu’il fut. Un chiard grandi entre les raclées du padre, les considérations sexistes et xénophobes de l’abuelo, et les timides démonstrations d’affection d’une mère soumise aux desiderata d’une famille de dégénérés consanguins.
Quatrième de couverture...
« Sommes-nous des créatures plus bestiales que les bêtes elles-mêmes ? »
Dans le calme apparent de Malameria, un petit village andalou où Alano Garcia, célèbre avocat pénaliste, a choisi de se retirer, les jours s’écoulent sous le signe de la sérénité. Pourtant, ce havre de quiétude se voit bientôt troublé. Cela a-t-il un lien avec son dernier et retentissant procès, celui de Vincent Sauriol ? Surnommé le Chien fou, cet homme a précipité la ville de Bordeaux dans la terreur avec une série d’effroyables agressions. Malgré un faisceau de preuves accablantes et l’indignation publique, Alano est persuadé de l’innocence de son client. Et plonge corps et âme dans la défense du jeune homme.
Entre salle d’audience et forêt andalouse, là où se trace la ligne entre chasseur et proie, Chiens fous est un thriller haletant qui interroge nos noirceurs et l’empreinte indélébile de nos choix. Une plongée brute et saisissante dans les abysses de la justice et de la nature humaine.
Sa trombine... et sa bio en lien...
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