Gérard Delteil

Les Écœurés

Couverture

Première édition : Seuil / Cadre noir - Mai 2019

Tags : Polar social Flic Quidam France profondeAnnées 2010Moins de 250 pages

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un avis personnel...

Publié le : 25 novembre 2025

Alain Devers est une jeune recrue de la police française. À peine débarqué dans son nouveau commissariat muni de son tout frais grade de lieutenant stagiaire, il est envoyé en mission d’observation sur un rond-point tenu par les gilets jaunes.
Nous sommes en novembre 2018, au tout début du mouvement, au cœur de la Bretagne et seule une tête inconnue peut se permettre une telle manœuvre. D’ailleurs, le commissaire ne s’y trompe pas et intime l’ordre à son subalterne de ne rendre compte qu’à lui-même.
Bruno Delbecq est quant à lui un jeune artisan autoentrepreneur, marié, deux enfants, toujours à la limite de la galère, comme beaucoup. Depuis quelques semaines il a pris en main l’organisation des blocages de ronds-points par les gilets jaunes qu’il fédère à l’aide d’une page Facebook. D’ailleurs, la sous-préfète souhaite s’entretenir avec lui, comme un signe de « reconnaissance ».
Sur le rond-point du Mouchoir-Rouge, investi par le lieutenant Devers, à force d’exaspération, c’est l’accident. Une femme est mortellement renversée par un automobiliste ayant cherché à forcer le blocus. Accident malheureux ou volonté délibérée ?
Devers, qui a depuis été approché par la DGSI pour les renseigner sur les « meneurs » du mouvement, mène sa petite enquête.

Paru en mai 2019, soit quelques mois seulement après le commencement du mouvement des gilets jaunes, Les Écœurés est une tentative d’écriture de l’Histoire quasi en direct, sous forme romancée.
Gérard Delteil, dont c’est à ce jour le dernier roman paru, s’empare d’un sujet qui lui tient à cœur, lui le militant (ou sympathisant) d’extrême gauche, et met en scène la colère sociale qui gronde de partout dans la France « périphérique », multiforme, sans véritable leader, sincère mais ouverte à toutes les tentatives de manipulation.
Ainsi, à l’aide d’un personnage de flic infiltré un peu idéaliste et de son enquête sur l’accident qui a coûté la vie à une manifestante, il met en lumière l’organisation — ou la désorganisation — du mouvement de révolte qui a secoué la France il y a quelques années. Et plutôt que d’intégrer les manifestations parisiennes violentes, il choisit de s’attacher au prisme local et à quelques ronds-points bretons, soulignant ainsi l’absence de leadership national et le côté protéiforme des revendications.
Mais les autorités, la presse, ont besoin d’interlocuteurs identifiables. Ainsi Bruno Delbecq, l’artisan en colère, compte tenu de son investissement dans le mouvement, se retrouvera propulsé en première ligne, sans aucune expérience politique, mais lui-même flatté de cette forme de reconnaissance et du semblant de pouvoir qui lui est accordé, ce qui par ailleurs fait forcément grincer quelques dents.
L’immersion dans le mouvement tend à montrer toutes les couleurs de l’exaspération, son côté spontané et agglomérant, mais aussi les tentatives de récupération qui fleurirent alors, provenant de complotistes ou des extrêmes de l’échiquier politique, de même que les manœuvres des autorités pour « mater » ou au moins contenir la révolte.

Pour ce qui est de l’enquête sur l’accident proprement dit, cette partie du récit prend une tournure des plus classique, sans grande surprise, l’auteur imaginant, un peu naïvement à mon goût, une bluette entre le flic infiltré et une militante.
On n’apprendra pas grand-chose de neuf sur les gilets jaunes à la lecture de ce roman qui n’ait déjà été dit, écrit, filmé sous tous les angles à l’époque et depuis. Pour autant, rares sont les auteurs de polars à s’être penchés, dans une quasi-urgence, sur la description imagée d’un mouvement social et, rien que pour cela, on peut saluer l’initiative de Gérard Delteil.



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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Parmi les auteurs qui ont, comme Gérard Delteil, fait la tentative d’une écriture « en direct » sur l’actualité, il faut bien évidemment citer Jean-Patrick Manchette et son magistral roman Nada qui met en scène un groupuscule gauchiste au début des années 70, durant les années de plomb à la française.

les dix premières lignes...

— Vous avez une voiture, lieutenant Devers ?
— Je viens d’en louer une à la gare.
— Parfait, dont vous avez un gilet jaune. C’est obligatoire.
— Possible, mais je ne l’ai pas encore utilisé. Je suppose qu’il est dans le coffre.
— C’est l’occasion. Vous allez le sortir et l’enfiler. Pas dans ce bureau, bien entendu. Vous irez faire un tour du côté du rond-point du Mouchoir-Rouge dès cet après-midi et vous vous débrouillerez pour sympathiser avec les autochtones. Je veux un rapport quotidien.
Alain Devers, qui avait plutôt l’apparence d’un étudiant que d’un policier, afficha une mine perplexe.
— Je vois de quoi vous voulez parler, monsieur le commissaire. Mais n’est-ce pas plutôt le travail de la DGSI d’infiltrer les manifestations publiques ?

quatrième de couverture...

Premier polar en gilet jaune, ce roman raconte comment un policier en formation, Alain Devers, est envoyé par ses supérieurs surveiller les manifestants qui occupent le rond-point du Mouchoir rouge, en Bretagne. Il doit se faire passer pour l’un d’eux. Le jeune homme ne goûte guère cet exercice d’infiltration, d’autant qu’un chauffard renverse soudain une manifestante et la tue, plaçant l’apprenti flic dans une situation de plus en plus périlleuse. Son double jeu se complique encore quand des agents de DCRI cherchent à leur tour à le manipuler, et que les gilets jaunes décident d’occuper le port et de bloquer les ferries, manne économique de la région…
Une immersion très informée dans ce milieu disparate, où se croisent depuis quelques mois des militants de divers horizons et surtout des citoyens de tout milieu en colère contre l’ordre des choses.

bio express...

Gérard Delteil Gérard DelteilPrésentation de l'éditeur :
Né en 1939, Gérard Delteil a exercé différents métiers avant de devenir journaliste d’investigation. Il est l’auteur de plusieurs enquêtes consacrées à des sujets de société brûlants (prison, trafic alimentaire, médecine).
À partir de 1983, il se met à écrire des romans noirs : N’Oubliez pas l’Artiste (Fleuve Noir, 1986) reçoit le Grand Prix de Littérature Policière et Pièces Détachées (Fayard, 1993) lui vaut le Prix du Quai des Orfèvres.
Écrivain prolifique, Gérard Delteil est également l’auteur de nombreux romans se déroulant en Amérique latine. Toujours journaliste free-lance, il se consacre désormais totalement à l’écriture.
Gérard Delteil conjugue sa passion pour l'aventure exotique avec son souci de la précision documentaire et son goût du suspense et des rebondissements machiavéliques. Son héros favori, Dominique Lubin, est comme lui journaliste en free-lance. On le retrouve dans La Nuit de l'Apagón et Au Nord du Rio Balsas.

édition(s)...

Seuil / Cadre noir - Mai 2019 Seuil / Cadre noir
Mai 2019

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