Gérard Delteil
Coup de Cafard
Première édition : Fleuve Noir - 1985
un avis personnel...
Publié le 14 septembre 2008
Anne-Marie Maillard et son mari Daniel emménagent dans une tour du XIXème arrondissement de Paris après avoir quitté leur petit deux-pièces. Trente étages, huit appartements en perspective à chaque niveau… Sans être enthousiaste, Anne-Marie essaye tout de même de voir le bon côté des choses ; l'appartement est dans un état correct.
René Galtus, quant à lui, est chargé des poubelles dans le même immeuble. Avec son ami Ernest qui les inspecte en vue de possible récupération, il font un matin une drôle de trouvaille : un sac en plastique rempli d'ossements que le biffin reconnaît comme humains. Le pompier de service est mis au courant, puis le concierge, Crémieux, puis enfin la police. Il s'agit effectivement des restes d'un enfant. Personne en se souvient dans quel container le sac a été découvert — ils sont nombreux et tous semblables.
Bientôt, on signale par affichette la disparition d'un enfant dans le quartier. Ça fait beaucoup de suspects potentiels une tour de trente étages…
S'il y a bien disparition d'enfant dans ce roman — le crime est même évoqué dès le prologue — là n'est pas pour autant le cœur du récit de Gérard Delteil et on ne suivra pas l'enquête de la police en la matière, les forces de l'ordre étant pour ainsi dire quasiment absentes.
Il s'agit tout au plus pour l'auteur d'un prétexte à l'observation minutieuse de la vie quotidienne dans un IGH (Immeuble de Grande Hauteur). Attention, on n'est pas ici dans une cité de la banlieue mais en plein Paris. Pas de misère sociale dans cette tour, beaucoup de fonctionnaires, de cadres débutants, des employés, peu d'immigrés si ce n'est une communauté antillaise assez présente (fonction publique oblige).
La disparition de l'enfant vient juste renforcer le climat habituel qui règne dans l'immeuble. Il y a quelque chose d'angoissant dans tous ces étages, ces sous-sols, et les Maillard, pourtant humanistes, progressistes, tous deux faisant partie de ce corps enseignant et de la gauche bien pensante en viennent secrètement, avec une certaine honte, à partager peu à peu les idées malsaines qu'ils sont habituellement les premiers à combattre dans les propos des autres. La suspicion règne dans les étages, dans l'ascenseur, ce passage obligé, véritable cœur de l'immeuble.
Gérard Delteil est un fin observateur mais rien de bien palpitant dans cette mise en scène qui se veut plate, transparente. Bien sûr il y a ce couple qui dès lors qu'il est plongé dans un environnement un peu plus "dur", glisse lentement vers un comportement plus radical ; bien sûr il y a cette suspicion sauvage exacerbée par le superposition des habitants ; les potins, les racontars, la paranoïa ambiante ; mais la vie ordinaire, quotidienne, ne fait pas un roman, et ça n'est pas l'apothéose finale — hautement improbable — qui revient sur la disparition de l'enfant qui viendra relever l'intérêt de l'ensemble.
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Quelques pistes à explorer, ou pas...
Étonnamment, on retrouve le même environnement, cette même tour du XIXème arrondissement de Paris, dans les deux polars écrits pas Daniel Picouly — Nec et Les Larmes du Chef. Mais autant Gérard Delteil la décrit comme angoissante, autant Daniel Picouly en fait un exceptionnel lieu de vie.
Tous les goûts, tous les regards, sont dans la nature humaine…
les dix premières lignes...
Dans l'immense parking souterrain l'enfant courait. Les semelles caoutchoutées de ses baskets ne produisaient qu'un son mat sur la dalle de béton. Soudain les rampes lumineuses clignotèrent, s'éteignirent. Et le gigantesque souterrain se trouva plongé dans une obscurité absolue, angoissante.
L'enfant faillit se heurter contre un pilier, ralentit sa course, marché, les mains tendues en avant.
— Hé ! Où êtes-vous passés ? Ne me laissez pas tout seul (…)
quatrième de couverture...
La Tour du Nord possède trente étages, deux cent cinquante appartements et une population de deux mille âmes. Des gens de toutes les conditions et de toutes les couleurs. Des bons, des moins bons et des méchants. Et même des assassins.
bio express...
Gérard DelteilPrésentation de l'éditeur :
Né en 1939, Gérard Delteil a exercé différents métiers avant de devenir journaliste d’investigation. Il est l’auteur de plusieurs enquêtes consacrées à des sujets de société brûlants (prison, trafic alimentaire, médecine).
À partir de 1983, il se met à écrire des romans noirs : N’Oubliez pas l’Artiste (Fleuve Noir, 1986) reçoit le Grand Prix de Littérature Policière et Pièces Détachées (Fayard, 1993) lui vaut le Prix du Quai des Orfèvres.
Écrivain prolifique, Gérard Delteil est également l’auteur de nombreux romans se déroulant en Amérique latine. Toujours journaliste free-lance, il se consacre désormais totalement à l’écriture.
Gérard Delteil conjugue sa passion pour l'aventure exotique avec son souci de la précision documentaire et son goût du suspense et des rebondissements machiavéliques. Son héros favori, Dominique Lubin, est comme lui journaliste en free-lance. On le retrouve dans La Nuit de l'Apagón et Au Nord du Rio Balsas.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.


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