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Lionel Destremau

Jusqu'à la Corde

Couverture

Première édition : La Manufacture de Livres - Septembre 2023

Tags : Roman d'enquête Vengeance Flic Quidam Littéraire Entre 250 et 400 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 15 octobre 2023

C’est la chienne Roxy qui, la première, découvrit le cadavre au fond des bois avant de prévenir son maître. Un enfant, noir de peau, gisait là, à peine camouflé par quelques feuilles mortes. À l’issue des premières constatations, la police locale accuse la chienne, avant de l’innocenter en découvrant que l’enfant est mort étouffé. L’enquête est confiée à Filem Perry qui, lui-même accompagné de son propre chien, va tenter de démêler cet écheveau.
Lorsqu’il interroge Victas Greletti, le berger solitaire qui a découvert le cadavre, ce dernier finit par lui avouer qu’il a récupéré un objet dans la poche du pantalon du garçon. Une petite boîte à musique sur laquelle figure une inscription gravée : Fresco.

On ne sait pas bien où se situent les événements durant cette mise en place. Sans doute un pays colonisé où les Blancs et les Noirs se croisent sans jamais se toucher, les uns vivant sous le pouvoir des autres. On fait connaissance avec les personnages sous forme de flashes, d’épisodes sans relation.
Arkan Neria est un jeune garçon noir dont les parents travaillent dans les champs de coton et qui assiste impuissant au lynchage de son père. Quant à Ern Fresco, il s’agit de l’enfant surprotégé d’une famille bourgeoise, abandonné par son père dans un pensionnat après que ce dernier ait refait sa vie suite au décès tragique de sa femme. Il y découvre la camaraderie, notion jusque-là étrangère à son existence de reclus, en compagnie de Mumad Fartao et Alfrid Murlock.
Mais quel rapport entre ceux-là ? C’est tout l’objet du roman.

Quel étrange et original périple que celui proposé ici. Les aficionados du cartésianisme en seront pour leurs frais. Il faut accepter de se perdre avec Lionel Destremau, de se laisser berner, bercer, par ses longues phrases ciselées. Où ? On ne sait pas. Quand ? On ne sait pas. Qui ? On le découvre par flashes, reconstituant l’histoire des personnages à travers des péripéties diluées dans le temps pour déboucher enfin sur l’explication du pourquoi.
On navigue entre enquête policière à la saveur désuète et une forme de récit d’aventures désenchanté. Il faut souligner que les trajectoires suivies par les personnages au fil des époques ne sont pas de tout repos. L’environnement est celui d’une région indéterminée ayant connu une longue et dévastatrice guerre vingt ans auparavant, un endroit où la ségrégation était de mise avant de muer vers un racisme ambiant et systémique. Comme un mélange de première guerre mondiale façon boucherie, d’Afrique du sud aux couleurs d’apartheid ou d’États-Unis sur fond de Ku Klux Klan.
C’est là que naviguent les différents protagonistes aux improbables patronymes de ce roman choral en forme de puzzle. L’auteur reconstitue petit à petit le motif général que découvre son enquêteur en même temps que nous, lecteurs. On se déplace dans le temps et l’espace, mais toujours dans un univers de violence qui maltraite les humains. Seuls les chiens, bizarrement omniprésents, sont véritablement aimés.
Bien sûr, viendra le temps où il faudra faire la lumière et remettre chacun à sa place. Filem Perry parviendra à avoir une vision assez claire, comme nous, des tenants et aboutissants, mais ce sera au prix de quelques longueurs dans un texte particulièrement dense qui fait la part belle aux digressions. Le traitement est original, certes, envoûtant parfois, troublant même, les « portes » seront toutes patiemment refermées, mais un sentiment mitigé demeure à l’issue de cette lecture, comme celui d’avoir été embarqué sans être accompagné.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Jusqu’à la Corde est le second roman de Lionel Destremau. Il semble qu’il ait usé de la même « stratégie » d’écriture et d’un environnement similaire dans son premier opus : Gueule d’Ombre.

les dix premières lignes...

Le premier croc entama le poignet au niveau de la jointure avec l’avant-bras. La mâchoire de la chienne lâcha prise une seconde, avant de réaffirmer sa prise à partir de la première entaille effectuée, déchirant cette fois les chairs. Tout en maintenant sa gueule à demi fermée, ce furent des petits coups francs et secs, des mâchouillements successifs sectionnant les nerfs, les muscles et les tendons, désolidarisant les os, qui finirent par emporter la décision. La main tout entière glissa sur le côté, gisante au sol sur le tapis de feuilles mortes. La chienne, une femelle berger allemand, la poussa du museau un instant, la renifla, puis sembla s’en désintéresser, préférant poursuivre sa besogne sur l’avant-bras dont elle cherchait à atteindre l’os, ses babines assez peu ensanglantées, le corps gisait là depuis deux jours déjà.

quatrième de couverture...

Lorsqu’on le trouve, l’enfant est à peine recouvert de quelques feuilles, un corps dissimulé à la va-vite dans la forêt. L’inspecteur Filem Perry est chargé de découvrir ce qui est arrivé à ce gosse que personne ne semble connaître ni rechercher. Pour seul indice, une petite boîte à musique trouvée au fond d’une poche. Tandis qu’il tente de dénouer les fils de cette affaire, son enquête le mènera sur les traces de l’héritier sans talent d’un empire industriel, d’un déserteur de l’armée qui a trop goûté à la violence, d’une jeune fille candide tombée amoureuse du mauvais gars… À travers eux vont se dévoiler des secrets de famille, des amitiés troubles, des amours déchirantes et le destin exceptionnel d’Arkan Neria, ce patriarche qui trône dans l’ombre et qui, des champs de coton aux cabarets de Caréna, fut tour à tour jockey, docker, boxeur ou aviateur. Toutes ces vies entremêlées deviendront autant de pièces dans le puzzle que Filem Perry devra reconstituer.

bio express...

Lionel Destremau Lionel DestremauPiochée sur le site de l’éditeur (La Manufacture de Livres) :
Né en 1970 à Bordeaux, Lionel Destremau y a vécu quelques années, persuadé qu’à sa majorité il partirait à l’aventure en Italie. La tardive obtention d’un diplôme en décida autrement, mit à mal ses rêves italiens, lui fit quitter le Sud Ouest pour Paris, afin d’y poursuivre des études de lettres (se spécialisant dans la poésie française et américaine contemporaines) puis, journaliste contrarié, finit par entrer dans l’édition où il passa une quinzaine d’années.
Le hasard voulut qu’il retourne vivre d’où il venait, la région bordelaise où il dirige désormais un salon des livres de poche.
Dans les années 2000, il a publié plusieurs ouvrages de poésie et un récit, s’est consacré à la co-fondation d’une revue de critique littéraire, puis d’une petite maison d’édition indépendante (Prétexte) avec son compère Jean-Christophe Millois, et à sa famille.
Près de vingt ans s’écoulèrent pendant lesquels il ne fit plus paraître que des articles critiques sur la poésie ou le roman noir, laissant l’écriture de création dormir au fond d’un tiroir. Après quelques péripéties éditoriales, son premier roman, Gueules d’Ombre, y était resté enfoui, avant d’en être extrait sous l’impulsion du temps, d’une vie nouvelle et le retour, peut-être, d’une écriture jusque-là laissée au silence.

édition(s)...

La Manufacture de Livres - Septembre 2023 La Manufacture de Livres
Septembre 2023
Points - Mai 2025 Points
Mai 2025

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