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Raymond Chandler

Le Grand Sommeil

Couverture

Première édition : Gallimard / Série Noire - Novembre 2023

Tags : Roman noir Hard Boiled Détective privé Los Angeles Années 1940 Entre 250 et 400 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 24 janvier 2024

Alors qu’il patiente dans l’immense hall de la résidence de son client, le général Sternwood, Marlowe fait rapidement connaissance avec l’une des filles de ce dernier, Carmen, qui se jette quasiment dans ses bras.
C’est encore d’elle qu’il s’agit lorsqu’il croise enfin le vieil infirme : elle aurait contracté quelques dettes de jeu auprès d’un bouquiniste qui pourrait se montrer indélicat. Marlowe est engagé pour que ce ne soit pas le cas.
Il est cependant intercepté en repartant par la seconde fille du général, Vivian, une garce hautaine à la recherche de son mari disparu, Rusty Regan, qui imagine que la présence du détective est liée à cette absence inexpliquée.
Marlowe s’intéresse donc au libraire Arthur Geiger et découvre rapidement qu’il fait commerce, sous le manteau, de littérature pornographique, son officine faisant office de couverture.
Afin d’en apprendre plus sur l’homme, il le file jusqu’à son domicile cossu sur la colline et reste en planque jusqu’à ce qu’une jeune femme qui s’avère être Carmen Sternwood arrive à la nuit tombée. Marlowe perçoit comme un flash d’appareil photographique, puis trois coups de feu retentissent dans la maison avant que quelqu’un s’enfuie en voiture par la rue en contrebas.
Marlowe pénètre dans la maison silencieuse et découvre le cadavre de Geiger ainsi que la jeune Carmen, nue et droguée, en train de prendre la pose…

Chandler est le maître des ambiances un peu glauques, s’appuyant avec un humour froid sur son personnage de détective que rien ne peut ni atteindre ni perturber et sur des descriptions incroyablement précises, originales, qui s’inscrivent en toute fluidité dans le récit. Chez lui, on n’entre pas seulement dans une pièce, il prend un malin plaisir à déployer tout son art pour décrire son décor du sol au plafond avant de s’attacher à la femme, forcément fatale, qui, alanguie dans son canapé, vous accueille un verre à la main avant de vous planter un couteau dans le dos. En styliste perfectionniste, il apporte d’ailleurs la même attention à ses dialogues qui toujours sonnent juste.

Même si elles sont « linéaires », les intrigues des romans de Chandler sont toujours complexes et les opérations à tiroirs nombreuses ; Le Grand Sommeil ne déroge pas à la règle avec des imbrications dans tous les sens. Une vingtaine de personnages se partagent les rôles, avec quelques points communs comme la corruption, la dépravation ou le fait d’appartenir à la « bonne » bourgeoisie.

– Il avait un casier judiciaire.
Elle a haussé les épaules. Elle a dit négligemment : « C’est qu’il ne fréquentait pas les bonnes personnes. C’est tout ce qu’un casier judiciaire veut dire dans ce pays gangrené par le crime. »

Les assassins potentiels et les cadavres sont nombreux et se bousculent au portillon. Au premier rang, un apprenti maître chanteur, à ses côtés un amoureux éconduit, derrière eux l’amant de la victime ou un directeur de tripot… D’autres suivront et Marlowe, méticuleux et toujours imperturbable, explorera toutes les pistes jusqu’à se convaincre d’avoir trouvé la bonne.

C’est une grande ville maintenant, Eddie. Des gens très violents s’y sont récemment installés. C’est la rançon de la croissance.

À travers le regard de Marlowe, Chandler observe la ville de Los Angeles et la société américaine se transformer et ce qu’il voit ne lui plaît guère. Les « élites » et leurs valeurs se meurent, à l’instar du général Sternwood, tandis que s’installent le crime et la corruption, les magouilles et la dépravation (la pornographie et l’homosexualité sont deux des thèmes abordés dans le roman).
Écrit en trois mois selon la légende et premier roman de Chandler publié aux États-Unis (ce sera le second en France, après La Dame dans le Lac, Le Grand Sommeil est le fruit de la refonte en un récit cohérent de deux nouvelles précédemment publiées dans Black Mask. Même si l’auteur déploie tout son talent pour entremêler personnages et intrigues, on a tout de même ce sentiment de point de bascule à mi-parcours, les deux filles du général Sternwood jouant les pivots.

On retiendra de cette lecture la richesse des ambiances, des dialogues, et les personnalités fouillées des protagonistes pour oublier le côté emberlificoté de l’intrigue policière et sa grande « explication finale » à la manière des « whodunit » qui, si elle n’est pas sans émotion, donne le beau rôle à Marlowe en lui promettant un avenir (dés)enchanté.



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Quelques pistes à explorer, ou pas...

 Le Grand Sommeil – Howard Hawks (1946)  Le Grand Sommeil – Michael Winner (1978)Tout le monde le sait, Le Grand Sommeil a été adapté au cinéma en 1946 par Howard Hawks, mettent en scène un mythique Marlowe sous les traits d’Humphey Bogart à qui Lauren Bacall donnait la réplique. Une référence du film noir. En 1978, c’est Michael Winner qui s’y colle avec cette fois Robert Mitchum dans le rôle du détective et une action transposée dans l’Angleterre des années soixante-dix. Mitchum sera d’ailleurs le seul acteur à endosser deux fois le costume du célèbre privé.

les dix premières lignes...

Il était environ onze heures du matin, à la mi-octobre, le soleil ne brillait pas et une pluie forte et pénétrante s’annonçait dans la clarté des collines au pied des montagnes. Je portais mon costume bleu poudre, avec chemise, cravate et pochette bleu foncé, brogues noires, chaussettes de laine noire à motifs bleu foncé. J’étais net, propre, rasé, je n’avais pas bu et je n’avais pas honte qu’on le sache. J’étais tout ce que doit être un détective privé élégant. Je rendais visite à quatre millions de dollars.
Le hall de la résidence des Sternwood faisait deux étages de haut. Au-dessus de la porte d’entrée, qui aurait pu livrer passage à un troupeau d’éléphants indiens, il y avait un large vitrail représentant un chevalier en armure sombre en train de secourir une dame ligotée à un arbre qui n’avait pas de vêtements mais une chevelure très longue et très commode. Le chevalier avait remonté la visière de son heaume pour se montrer sociable et il jouait avec les nœuds des cordes qui attachaient la dame à l’arbre et n’arrivait à rien (…)

quatrième de couverture...

Le richissime général Sternwood engage le détective privé Philip Marlowe pour enquêter sur une histoire de chantage dont est victime sa fille cadette, Carmen.
Rapidement, Marlowe découvre que les deux sœurs sont liées par une affaire de jeu et de meurtre à un groupe de gangsters de Los Angeles.
Mû par son sens de l’honneur et son dégoût de l’hypocrisie, armé d’un Luger noir et d’un humour caustique, Marlowe est bien décidé à découvrir la vérité.

La première enquête du détective le plus connu du roman noir a été adaptée au cinéma par Howard Hawks en 1946 avec, entre autres, Faulkner et Chandler au scénario, Humphrey Bogart en Philip Marlowe et Lauren Bacall en fille aînée des Sternwood.

bio express...

Raymond Chandler Raymond ChandlerNé aux États-Unis en 1888, dans l’Illinois, Raymond Chandler grandit en Grande-Bretagne après que sa mère, d’origine irlandaise et récemment divorcée, ait décidé de repartir pour l’Europe en 1896. Au Dulwich College de Londres, qu’il fréquente jusqu’en 1905, il se fait remarquer pour les aptitudes littéraires. C’est pourtant en France qu’il poursuit sa formation en intégrant à Paris une école de commerce durant une année.
De retour en Angleterre, il se fait naturaliser pour pourvoir intégrer brièvement l’administration puis débute une carrière de journaliste.
Retour aux États unis en 1912, toujours en compagnie de sa mère. Lors de la Première Guerre mondiale, il s’engage auprès de l’armée canadienne et combat en France en mars 1918. Une expérience traumatisante qui le verra seul survivant de son campement. Rapatrié en Angleterre, il réintègre bientôt son pays natal et s’installe à Los Angeles où il exerce différents petits boulots avant de s’établir comme comptable et d’entretenir une liaison avec une pianiste de dix-huit ans son aînée, Cissy Pascal, qu’il épousera en 1924.
En 1932, renvoyé de son emploi de comptable, il se met à l’écriture de nouvelles pour le magazine Black Mask. Admirateur de Dashiell Hammett, il a construit son style en réécrivant patiemment certaines de ses intrigues. Son premier texte est publié en 1933. Suivront une vingtaine de nouvelles que Chandler recyclera par la suite pour construire ses premiers romans, mais déjà apparaît l’esquisse d’un personnage désabusé et incorruptible qui donnera naissance au détective Philip Marlowe.
Ce dernier apparaît pour la première fois en 1939, avec The Big Sleep (Le Grand Sommeil) qui rencontre un succès immédiat. Chandler a cinquante ans et il ne s’en séparera jamais.
Suivront Farewell, My Lovely (Adieu ma Jolie), The High Window (La Grande Fenêtre) et The Lady in the Lake (La Dame du Lac) qui assurent sa notoriété et lui ouvrent les portes des studios d’Hollywood.
Il intègre les équipes de scénaristes en 1944 et travaille pour Bill Wilder, George Marshall ou encore Alfred Hitchcock, entre autres. Il revient à l’écriture de romans en 1949 avec The Little Sister (Fais pas ta Rosière !) qui sera suivi en 1953 par The Long Goodbye (Sur un Air de Navaja) puis Playback (Charades pour Écroulés) avec toujours Marlowe aux manettes.
Il décède d’une pneumonie le 26 mars 1959 à La Jolla, en Californie.

édition(s)...

Gallimard / Série Noire - Janvier 1948 Gallimard / Série Noire
Janvier 1948
Gallimard / Série Noire - Avril 1998 Gallimard / Série Noire
Avril 1998
Gallimard / Série Noire - Novembre 2023 Gallimard / Série Noire
Novembre 2023
Poche Noire - Janvier 1967 Poche Noire
Janvier 1967
Carré Noir - Janvier 1980 Carré Noir
Janvier 1980
Folio - Janvier 1987 Folio
Janvier 1987
Folio Policier - Janvier 1998 Folio Policier
Janvier 1998
Folio - Janvier 2003 Folio
Janvier 2003

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La Dame dans le LacLa Dame dans le Lac
2023

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