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La Colline

Mathilde Beaussault

première édition : Seuil / Cadre Noir - Mars 2026

Roman noir Polar urbain Polar rural Quidam Littéraire Poétique France Années 2010 Entre 250 et 400 pages

Couverture

un avis personnel...

publié le 22 avril 2026

RecommandéÉdouard et Mireille forment un vieux couple de retraités. Alors qu’il sort les poubelles pour les déposer dans le container au pied de leur immeuble, Édouard entend à travers son sonotone un drôle de bruit provenant du bac enterré. Il remonte chercher sa femme qui confirme : il y a bien un bébé en pleurs au milieu des ordures.
Dans un logement voisin, Monroe, hagarde, se remet de l’accouchement qui vient d’avoir lieu, dans la douleur, y compris après la délivrance. On a emmené son nourrisson, puis on a refermé la porte de sa chambre, à clé.
Monroe est une adolescente, une lycéenne, qui vit seule avec sa mère. Elle vient de mettre au monde son enfant sur un matelas de fortune, posé à même le sol, après une grossesse cachée, ignorée, mise à l’écart chez sa grand-mère Madeleine, guérisseuse au milieu de nulle part, là-haut, sur la colline.

Dans la vie de Monroe, les drames s’enfilaient comme des perles à gros trous.

Deux récits se croisent en permanence dans ce roman, l’un violent et destructeur, l’autre heureux et empreint d’une certaine poésie.
Monroe traverse ces deux périodes en silence, spectatrice du sort qui lui est réservé par deux générations de femmes : sa mère et sa grand-mère.
La première est horrible, au sens moral, qui jette purement et simplement le fils de sa fille au milieu des ordures, comme un déchet voué à disparaître, comme pour rappeler que déjà, il y a dix-sept ans, elle ne voulait pas de cette enfant qui poussait dans son ventre.
La seconde cache sous une apparence de dureté toute sa compassion, sa compréhension, ses remords aussi face aux erreurs commises avec sa propre fille. Monroe vit à ses côtés une grossesse qui, si elle est cachée, n’en reste pas moins heureuse, ou au moins pas malheureuse, entourée d’une nature bienveillante et préservée, au mieux, de la méchanceté des hommes.

Gravitent autour de cette « famille » qui n’en est pas une un certain nombre de personnages secondaires qui agissent comme témoins et éclairent le drame qui se joue, comme une manière de l’observer par tous les bouts de la lorgnette et d’en rendre compte. Les voisins, comme Édouard et Mireille, perdus dans un monde qui va trop vite ; les pompiers, hommes et femmes, qui ont sauvé l’enfant d’une mort certaine ; les policiers, qui enquêtent pour déterminer ce qui s’est passé autour de ce crime ; Jacques, le voisin de la grand-mère, veuf inconsolable qui réconciliera un peu Monroe avec le genre masculin ; le personnel soignant de l’hôpital et la merveilleuse Guilaine, aide-soignante au franc-parler dévastateur.

Le mec qui cravache une femme et ses gosses comme s’il devait défricher la jungle pour avancer, c’est un connard. Ici ou ailleurs. Point barre. Celui qui viendra me faire une réflexion sur le ménage de ma salle de bains, il n’est pas né. Mon père était un maniaque de la propreté, d’après ma mère, très douée dans l’art de l’euphémisme et du maquillage de plaies. Depuis qu’il est mort, personne ne brique la pierre tombale. Je l’imagine fulminer dans son cercueil et ça me fait dormir plus vite.

Monroe quant à elle s’est enfermée dans le silence, alors tous ceux-là, d’une certaine manière, parleront pour elle, dirons sa souffrance.

Ce monde qui est décrit ici est particulièrement brutal et les femmes sont au cœur du récit de Mathilde Beaussault. Toutes les femmes, les meilleures comme les pires, mais toutes au combat, se défendant âprement dans un monde dirigé par les hommes. Sans être tout à fait militant, La Colline leur offre tout de même un très beau plaidoyer. Le roman se veut aussi un hommage à cette grand-mère, Madeleine, si proche de celle de l’auteur, femme d’un autre temps, d’une autre époque, ni plus dure ni plus molle, mais différente.

La Colline est un beau roman, sensible et sombre à la fois, qui confirme tout le talent qu’avait montré Mathilde Beaussault dans sa première et réussie tentative d’entrer en littérature. On l’espère installée pour longtemps et vite retrouver la qualité de son écriture et de son regard.

vous avez aimé...

quelques pistes à explorer, ou pas...

Le premier roman de Mathilde Beaussault, Les Saules (2025), a été couronné du grand prix de Littérature policière. Un gage de qualité.
En termes de personnage féminin fort et cabossé, je me suis souvenu du roman de Jax Miller, Les Infâmes (2015).

le début...

les dix premières lignes

Sa tête brûlante retombe contre l’oreiller. Sur la taie, des cercles jaunes dessinent des auréoles de sueur autour de son visage hâve. Ses cheveux collent à ses tempes et une mèche brune lui barre la joue.
Une ombre surplombe le matelas sur lequel elle gît, les jambes écartées.
Une nouvelle secousse traverse son ventre aussi dur que la glace. De son corps sort un mugissement. Ses entrailles éruptent. Elle ne reconnaît plus sa voix, elle l’a oubliée. Elle se tait depuis trop longtemps. Une main recouvre son visage. Ses hurlements deviennent sourds. Elle se dégage, les doigts s’engouffrent dans sa bouche. Elle pourrait mordre mais elle promet d’être sage en acquiesçant. C’est une bête à bout de souffle. Un animal. Elle voudrait se mettre à quatre pattes. Ses mains tiennent son ventre car il veut se détacher de son corps. Son regard échoue contre le plafond blanc qui ne raconte rien. Elle entend des mots, jetés comme du sable dans ses yeux effarés.
Agrippés aux draps souillés, ses poings tordent le tissu dans tous les sens. Une nouvelle coulée de lave enflamme ses reins. L’ombre grandit, s’approche.

la fin...

quatrième de couverture

Un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Vivant. Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang. Elle s’appelle Monroe, elle a dix-sept ans. Dans cette chambre où sa mère l’a enfermée, Monroe revit les mois passés sur la colline, chez sa grand-mère Madeleine. Là-haut, le vent, le labeur et le silence façonnent les corps. Auprès de cette vieille femme solitaire aux mains guérisseuses, Monroe, enceinte, a découvert une paix inespérée. Et puis tout s’est écroulé. Monroe s’affaiblit, les policiers enquêtent, les soignants espèrent, les pompiers s’interrogent, la famille se désintègre : durant ces quelques heures d’une intensité foudroyante, chacun mesurera ce qu’il a perdu — ou sauvé — de son humanité.

bio express...

biographie sommaire de l'auteur

Mathilde BeaussaultMathilde BeaussaultNée en 1982 à Lamballe, Mathilde Beaussault, fille d’agriculteurs, a passé une enfance heureuse au sein de la ferme familiale, vivant au cœur de la Bretagne des aventures buisonnières.

Devenue professeur de lettres, après un passage par la région parisienne, elle s’installe du côté d’Angers.
Grande lectrice, admiratrice, notamment, de Ron Rash, elle se lance dans l’écriture à l’âge de quarante ans, sans préméditation, puisant dans se souvenirs d’enfance la matière à un premier roman remarqué, Les Saules, polar rural et sensible.

édition(s)...

originale, réédition(s), poche

Seuil / Cadre Noir - Mars 2026Seuil / Cadre Noir
Mars 2026

du même auteur...

bibliographie non exhaustive... seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.

Les SaulesLes Saules
2025

La Colline
Mathilde Beaussault
première édition :
Seuil / Cadre Noir – Mars 2026
Couverture de La Colline

un avis personnel...

publié le 22 avril 2026

Recommandé Édouard et Mireille forment un vieux couple de retraités. Alors qu’il sort les poubelles pour les déposer dans le container au pied de leur immeuble, Édouard entend à travers son sonotone un drôle de bruit provenant du bac enterré. Il remonte chercher sa femme qui confirme : il y a bien un bébé en pleurs au milieu des ordures.
Dans un logement voisin, Monroe, hagarde, se remet de l’accouchement qui vient d’avoir lieu, dans la douleur, y compris après la délivrance. On a emmené son nourrisson, puis on a refermé la porte de sa chambre, à clé.
Monroe est une adolescente, une lycéenne, qui vit seule avec sa mère. Elle vient de mettre au monde son enfant sur un matelas de fortune, posé à même le sol, après une grossesse cachée, ignorée, mise à l’écart chez sa grand-mère Madeleine, guérisseuse au milieu de nulle part, là-haut, sur la colline.
Dans la vie de Monroe, les drames s’enfilaient comme des perles à gros trous.

Deux récits se croisent en permanence dans ce roman, l’un violent et destructeur, l’autre heureux et empreint d’une certaine poésie.
Monroe traverse ces deux périodes en silence, spectatrice du sort qui lui est réservé par deux générations de femmes : sa mère et sa grand-mère.
La première est horrible, au sens moral, qui jette purement et simplement le fils de sa fille au milieu des ordures, comme un déchet voué à disparaître, comme pour rappeler que déjà, il y a dix-sept ans, elle ne voulait pas de cette enfant qui poussait dans son ventre.
La seconde cache sous une apparence de dureté toute sa compassion, sa compréhension, ses remords aussi face aux erreurs commises avec sa propre fille. Monroe vit à ses côtés une grossesse qui, si elle est cachée, n’en reste pas moins heureuse, ou au moins pas malheureuse, entourée d’une nature bienveillante et préservée, au mieux, de la méchanceté des hommes.

Gravitent autour de cette « famille » qui n’en est pas une un certain nombre de personnages secondaires qui agissent comme témoins et éclairent le drame qui se joue, comme une manière de l’observer par tous les bouts de la lorgnette et d’en rendre compte. Les voisins, comme Édouard et Mireille, perdus dans un monde qui va trop vite ; les pompiers, hommes et femmes, qui ont sauvé l’enfant d’une mort certaine ; les policiers, qui enquêtent pour déterminer ce qui s’est passé autour de ce crime ; Jacques, le voisin de la grand-mère, veuf inconsolable qui réconciliera un peu Monroe avec le genre masculin ; le personnel soignant de l’hôpital et la merveilleuse Guilaine, aide-soignante au franc-parler dévastateur.

Le mec qui cravache une femme et ses gosses comme s’il devait défricher la jungle pour avancer, c’est un connard. Ici ou ailleurs. Point barre. Celui qui viendra me faire une réflexion sur le ménage de ma salle de bains, il n’est pas né. Mon père était un maniaque de la propreté, d’après ma mère, très douée dans l’art de l’euphémisme et du maquillage de plaies. Depuis qu’il est mort, personne ne brique la pierre tombale. Je l’imagine fulminer dans son cercueil et ça me fait dormir plus vite.

Monroe quant à elle s’est enfermée dans le silence, alors tous ceux-là, d’une certaine manière, parleront pour elle, dirons sa souffrance.

Ce monde qui est décrit ici est particulièrement brutal et les femmes sont au cœur du récit de Mathilde Beaussault. Toutes les femmes, les meilleures comme les pires, mais toutes au combat, se défendant âprement dans un monde dirigé par les hommes. Sans être tout à fait militant, La Colline leur offre tout de même un très beau plaidoyer. Le roman se veut aussi un hommage à cette grand-mère, Madeleine, si proche de celle de l’auteur, femme d’un autre temps, d’une autre époque, ni plus dure ni plus molle, mais différente.

La Colline est un beau roman, sensible et sombre à la fois, qui confirme tout le talent qu’avait montré Mathilde Beaussault dans sa première et réussie tentative d’entrer en littérature. On l’espère installée pour longtemps et vite retrouver la qualité de son écriture et de son regard.

vous avez aimé...

quelques pistes à explorer, ou pas...

Le premier roman de Mathilde Beaussault, Les Saules (2025), a été couronné du grand prix de Littérature policière. Un gage de qualité.
En termes de personnage féminin fort et cabossé, je me suis souvenu du roman de Jax Miller, Les Infâmes (2015).

le début...

les dix premières lignes

Sa tête brûlante retombe contre l’oreiller. Sur la taie, des cercles jaunes dessinent des auréoles de sueur autour de son visage hâve. Ses cheveux collent à ses tempes et une mèche brune lui barre la joue.
Une ombre surplombe le matelas sur lequel elle gît, les jambes écartées.
Une nouvelle secousse traverse son ventre aussi dur que la glace. De son corps sort un mugissement. Ses entrailles éruptent. Elle ne reconnaît plus sa voix, elle l’a oubliée. Elle se tait depuis trop longtemps. Une main recouvre son visage. Ses hurlements deviennent sourds. Elle se dégage, les doigts s’engouffrent dans sa bouche. Elle pourrait mordre mais elle promet d’être sage en acquiesçant. C’est une bête à bout de souffle. Un animal. Elle voudrait se mettre à quatre pattes. Ses mains tiennent son ventre car il veut se détacher de son corps. Son regard échoue contre le plafond blanc qui ne raconte rien. Elle entend des mots, jetés comme du sable dans ses yeux effarés.
Agrippés aux draps souillés, ses poings tordent le tissu dans tous les sens. Une nouvelle coulée de lave enflamme ses reins. L’ombre grandit, s’approche.

la fin...

quatrième de couverture

Un jour d’hiver, dans une cité de Rennes, un nouveau-né est découvert au fond d’un container à ordures. Vivant. Quelques étages plus haut, une jeune fille se vide de son sang. Elle s’appelle Monroe, elle a dix-sept ans. Dans cette chambre où sa mère l’a enfermée, Monroe revit les mois passés sur la colline, chez sa grand-mère Madeleine. Là-haut, le vent, le labeur et le silence façonnent les corps. Auprès de cette vieille femme solitaire aux mains guérisseuses, Monroe, enceinte, a découvert une paix inespérée. Et puis tout s’est écroulé. Monroe s’affaiblit, les policiers enquêtent, les soignants espèrent, les pompiers s’interrogent, la famille se désintègre : durant ces quelques heures d’une intensité foudroyante, chacun mesurera ce qu’il a perdu — ou sauvé — de son humanité.

édition(s)...

originale, réédition(s), poche

Seuil / Cadre Noir – Mars 2026Seuil / Cadre Noir
Mars 2026

du même auteur...

bibliographie non exhaustive

Les Saules Les Saules
2025

bio express...

biographie sommaire de l'auteur

Née en 1982 à Lamballe, Mathilde Beaussault, fille d’agriculteurs, a passé une enfance heureuse au sein de la ferme familiale, vivant au cœur de la Bretagne des aventures buisonnières.

Devenue professeur de lettres, après un passage par la région parisienne, elle s’installe du côté d’Angers.
Grande lectrice, admiratrice, notamment, de Ron Rash, elle se lance dans l’écriture à l’âge de quarante ans, sans préméditation, puisant dans se souvenirs d’enfance la matière à un premier roman remarqué, Les Saules, polar rural et sensible.