Joseph Bialot
Route Story
Première édition : Gallimard / Série Noire - Mai 1998
un avis personnel...
Publié le 27 janvier 2009
Michel, treize ans, une vie d'adolescent du côté de Bayonne, et puis un jour la mauvaise nouvelle, dramatique : un père routier, un arbre, en Haute-Savoie.
Brisé, Michel décide d'aller fleurir cet arbre, comme une tombe, contre l'avis de sa mère. Il prend la route, en cachette, au hasard des bahuts qu'il squatte ; itinéraire fait de longs détours pour rejoindre Combloux et y déposer son bouquet de roses rouges.
Sur la route, il y a aussi Franz, qui attend son chargement du côté d'Istanbul. Une cargaison un peu spéciale puisqu'il s'agit d'un bataillon de réfugiés Kurdes en partance pour l'Europe de l'Ouest, la rêvée. Trafic de clandestins, d'armes, de drogue, peu importe pour Franz, du moment que ça paye.
Sur une autre route, il y a Paul-Jacques, dit Péji, routier lui aussi. Un ami de Franz qui fait dans la légalité. Enfin, ami… jusqu'à ce que Franz s'envole avec sa femme, Céline, plus connue sous le nom de Féline…
Joseph Bialot a l'écriture sobre, mais efficace. Il nous entraîne dans un voyage au long cours, par la route. Un voyage qui pour Michel prend des allures de quête initiatique. Là, au hasard des rencontres, il va découvrir la vie, ses plaisirs et ses déceptions, une réalité pas toujours bien rose qui le fera sortir de l'enfance à grands coups de pompes. Et puis il va croiser Péji qui se prend d'amitié pour ce gamin paumé sur le bitume et va l'aider à aller au bout de son chemin d'adolescent.
Ce sera sans savoir que leur route croisera celle de Franz. Tous les chemins mènent à Rome… et à Combloux. À l'arrière de ce bahut-là se joue une autre réalité, beaucoup plus sordide. Et Joseph Bialot de nous faire toucher du bout des doigts les rouges du trafic de clandestins, leurs conditions de transport, les tractations qui se livrent autour de cette marchandise humaine.
Avec Route Story, Joseph Bialot met la route, le ruban, le bout-de-bois, et ses hommes au cœur de son roman. Il est autant question de trafic que du rapport que l'homme entretient avec sa machine ou du rêve que représente ce voyage permanent. D'ailleurs, l'alternance des narrateurs dans la progression du récit est là pour le rappeler sans cesse.
Route Story est une belle machine, bien réglée, qui vous mènera à bon port, et vous laissera le temps d'observer le paysage alentour. La route, quant à elle, n'est pas toujours aussi sûre qu'on le pense, et réserve parfois de drôles d'histoires, classiques, mais rudement bien menées.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Pas d'idée à vous proposer… sinon celle qui consisterait à envisager de revenir bientôt vers cet auteur.
les dix premières lignes...
Ce matin, j'ai eu treize ans. Mais personne ne me souhaitera mon anniversaire aujourd'hui. Maman est loin. Quant à mon père…
Allongé sur la couchette du Volvo, sous le toit du camion, je n'ai dans mon champ de vision que l'épaule droite du chauffeur et un carré de béton gris. La route tangue et roule à travers le pare-brise.
Cahot.
Ma tête cogne contre la paroi du bahut. Lèvres serrées, je retiens mon souffle. Si le routier me découvre (…)
quatrième de couverture...
« La route, c'est ce qui ne finit pas », et chacun sait que les voyages forment la jeunesse… ou l'abrègent. Surtout lorsque la route baguenaude à travers l'Europe, du Chichekebab-Palace d'Istanbul à la morgue de Pampelune.
Féline et Franz ont pris le chemin vers la fortune et termineront le voyage comme ils l'ont commencé : dans la haine. Péji, lui, roule pour oublier le passé. Quant à Michel, sur le trimard, il n'a qu'un désir : déposer une rose à l'endroit où son père, routier, s'est tué au volant.
Les hommes proposent, la route dispose… La ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. À condition de ne pas en sortir, sinon…
bio express...
Joseph BialotPolonais d'origine, Joseph Bialot arrive en France à l'âge de sept ans. La famille s'installe dans le quartier de Belleville, à Paris, dans lequel Joseph apprend vite la langue et les manières des petits parigots. Lorsque la guerre éclate, les Bialot sont contraints à l'exode à Bordeaux, puis à Pau, avant d'être placés en résidence surveillée à Nay. Joseph parvient à se faire embaucher comme apprenti chez un ébéniste, dont le fils aîné lui fournit des papiers et un certificat de baptême au nom de son frère cadet. Joseph Bialot devient ainsi Jules-Joseph Souverbielle. Cette nouvelle identité le protège quelques années, mais le 24 juillet 1944, alors qu'il est petit fonctionnaire de Vichy (il vérifie les masques à gaz), il tombe dans le piège d'un contrôle d'identité en se rendant à un rendez-vous clandestin. Il est déporté à Auschwitz, où il passe six mois. À sa sortie, alors qu'il a vingt et un ans, Joseph rejoint l'entreprise de tricot de ses parents, qu'il a miraculeusement retrouvés.
En 1978, il se lance dans la rédaction d'un roman policier ayant le Sentier pour théâtre : Le Salon du Prêt à Saigner. Suivent une vingtaine de polars et un roman historique en deux parties Le Vent du Sud.
À quatre-vingt ans, il publie deux récits sur son expérience concentrationnaire, C'est en Hiver que les Jours Rallongent et La Station Saint-Martin est Fermée au Public.
Joseph Bialot est décédé à Paris le 25 novembre 2012, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
La Main Courante
1994
La Ménagerie
2007
Le Salon du Prêt-à-Saigner
2023

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