Jérôme Zolma
Croisière Jaune
Première édition : Jigal Polar - Septembre 2008
un avis personnel...
Publié le 01 septembre 2006
Un détective privé en mal d'enquête... Une privée, plutôt : Lily Verdine,
à la conscience politique aiguisée - un peu comme son ami Philippe,
ex-activiste à tendance trosko-anar, reconverti dans le troquet - mais
qui ne dédaigne pas pour autant les banales affaires d'adultère. Cas de
force majeure : il faut bien faire bouillir la marmite...
Aussi, quand Maryse Pradelles, genre grande bourgeoise embagousée, se présente avec son histoire de mari volage, elle lui saute dessus ; non sans
avoir tout de même - on a sa fierté - fait la fine bouche.
Et donc Lily se met sur les traces du gars Émile, entrepreneur de son
état. Une affaire banale parmi d'autres, qui devrait se régler en
quelques jours à l'aide de clichés compromettants. Direction
Montauban... Sauf que d'adultère il n'y a point, ni de maîtresse, et
que Lily vient de mettre le doigt dans un drôle d'engrenage.
S'embarquer au côté d'un détective privé genre dur à cuire le temps d'un roman n'a pas en soi une vraie originalité ; on appelle ça le "hard-boiled". Mais lorsque ce détective est une jeune femme alerte, le décalage est fait, on n'est pas loin du pied de nez à la tradition, même si Zolma
respecte les principes fondamentaux du genre.
Lily Verdine, après un passage rapide par l'école de police, s'est vite
reconvertie dans la filature privée. Mais les temps sont durs, les
clients rares...
On découvre une jeune femme "éclairée" politiquement, qui permet à son géniteur de parsemer son texte de quelques considérations... sociologiques :
(...) des avenues bordées de petits immeubles et entrepôts sans grâce qui fleuraient bon le boom économique des années soixante. Moches mais efficaces. Les sociétés modernes et opulentes se montraient incapable de bâtir autre chose que des monstruosités. Heureusement ces constructions étaient éphémères. Les générations futures n'en profiteraient pas.
Car c'est aussi cette société qui nous entoure qui est au cœur de ce roman,
de cette croisière au rire jaune, ainsi qu'un regard, avec quelques
années de recul, sur les engagements politiques des années 70/80.
Qu'est donc devenu le modèle de vie qui faisaient rêver ceux qui
voulaient refaire le monde ?
Zolma dilue son propos dans une intrigue "diésel". On démarre doucement, sans se presser. On apprend à se connaître. Lily Verdine, après avoir combattu
le "système", ne veut pas non plus y entrer. Tout juste accepte-t-elle
de le côtoyer, sans trop se salir les mains. Jusqu'à la rencontre de
Marc, technico commercial désabusé aux prises avec ses objectifs
financiers non remplis, qui finit par l'attendrir ; exemple type de
l'individu pris dans les filets de ce fameux système. Autrement dit, le
grain de sable...
Il était temps qu'il trouve quelqu'un pour l'écouter. Il m'a raconté sa vie, ses trouilles, ses haines. Ses espoirs aussi, mais ça n'a pas été bien long. J'ai dit les miens, mais ça n'a pas duré non plus.
On a un peu rigolé de ces chimères de jeunesse désintégrée par l'histoire des années quatre-vingt. Et pas remplacées. Par rien. Surtout pas par la vague perspective de survivre.
Ces deux-là font la paire ; ils iront en enfer... Marc dessoude son patron
odieux, Lily lui file un coup de main à maquiller le tout en accident,
tandis que d'un autre côté, elle découvre que le bon Émile Pradelles -
personne ne l'oublie celui-là - se livre non pas à la luxure
extraconjugale mais plutôt à un trafic d'un nouveau genre. Quant aux
flics qui sont de la partie, ils ne sont pas bien reluisants non plus.
Et de fait, après s'être attaché à nous faire entrer dans la peau de ses
personnages, Zolma déroule une intrigue à la construction solide ;
maintenant qu'on se connait, on peu avancer...
Zolma porte un regard acerbe sur le monde dans lequel nous vivons, sur sa
fuite en avant, sur le cynisme de ceux qui profitent en toute impunité
- responsables mais pas coupables - des dérives d'une société débridée
qui permet, au nom du sacro saint profit, les pires infamies.
On rit jaune, mais même si le fond est réaliste, on rit quand même. Lily
n'a pas sa langue dans sa poche, et c'est avec une gouaille sortie tout
droit des faubourgs et un certain sens de la dérision, comme de
l'humour, qu'elle donne, sous la plume de son papa, ce portrait
désœuvré.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Lily
Verdine est appelée, dans le courant de l'année qui vient, à chausser à
nouveau sa panoplie de détective privée. Nul doute qu'elle trouve
autour d'elle d'autres "sujets" à traiter...
Pour patienter, après ce premier roman, vous pouvez vous plonger dans le
premier ouvrage publiés par Zolma, un recueil de nouvelles noires, Merci Patron, publié chez Parpaillon.
les dix premières lignes...
Maryse Predelles... Ma première cliente depuis la fin de l'été. Depuis
près de six mois, autrement dit. Six mois sans turbin ! Un délai
suffisant pour flétrir une épargne et désoler un expert-comptable. Et
pour passer du vieux Bourgogne aux picrates de différents pays de la
communauté européenne.
Elle m'avait appelée juste avant les fêtes, Madame Pradelles. Vers le solstice d'hiver. Je regardais la nuit monter par les fenêtres de mon bureau. Mes ressources s'amenuisaient, comme les jours. Ténèbres au milieu de l'après-midi, froid humide et perçant, font de roulement câlinant le néant, enfin,
tout pour tomber dans un optimisme incurable. Heureusement qu'il y
avait eu ce coup de fil (...).
quatrième de couverture...
Lily Verdine n'a pas flairé immédiatement la bonne affaire. Encore un
mari volage à coincer, quelques clichés croustillants à prendre, pas de
quoi saliver, rien que du banal... La cliente l'avait tuyautée pour
orienter ses recherches : son jules ferait ses galipettes à Montauban,
ville d'ordinaire si peinarde. Mon œil ! car en tirant sur la ficelle,
notre détective y dénichera un beau ramassis de truands contribuant à
régler les problèmes de surpopulation. Sans compter que des flics
bouffis de rancune lui savonneront la planche...
Bigre, sale temps pour une croisière !
bio express...
Jérôme Zolma(en forme d'autoportrait)
Lors de mes 37 ans et demi, je suis allé voir mon médecin. Je voulais
savoir combien de temps il me restait à vivre. L'homme m'a demandé mon
âge, a sorti sa calculette et m'a affirmé que j'avais parcouru la
moitié de mon existence, selon les normes en vigueur en Occident. Il a
déclaré solennel : « attention, c'est une moyenne, c'est à dire un
calcul statistique. Or, les statistiques s'appliquent aux populations,
pas aux individus. Aussi bien, vous pouvez mourir demain ».
Fort
de ce constat optimiste, je suis sorti du cabinet et j'ai réfléchi :
qu'avais-je donc accompli en une moitié de vie ? Rien que du futile :
me nourrir, me reproduire, ouvrir un livret de caisse d'épargne… À 37
ans et demi, je n'avais rien à déclarer : je n'avais pas collaboré, je
n'avais pas résisté, je n'avais pas fait ma première communion, je
n'avais pas retrouvé Livingstone, je n'avais fumé le cigare ni avec
Fidel Castro ni avec Monica Lewinski… Non, vraiment, je n'avais rien à
déclarer.
Ce jour là, j'ai décidé de changer radicalement de voie
: j'allais désormais consacrer ma vie à des activités indispensables.
J'avais quelques projets : infirmer les axiomes d'Euclide, comprendre «
La Critique de la Raison Pure », au moins le premier chapitre, faire le tour du monde en pédalo et en marche arrière, rechercher Stanley, écrire.
À ce jour, c'est ce dernier projet qui est le plus avancé.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Merci Patron (Mort en Sauce)
2004
Mistral Cinglant
2009
Amères Thunes
2012

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