Jean-Hugues Oppel
Vostok
Première édition : Rivages / Noir - Mars 2013
un avis personnel...
Publié le 17 mars 2013
Une chose est sûre, nous sommes en Afrique. Sans doute sous l'équateur et plutôt du côté Atlantique, dans un hypothétique territoire awasati qu'on situerait au nord de l'Afrique du Sud, peut-être à hauteur de la Namibie ; dans tous les cas un endroit abandonné ou presque et écrasé par la chaleur.
Pourtant, le sous-sol de cette région désertique recèle des richesses indispensables aux nouvelles technologies : les terres rares. Et l'Union minière européenne d'y avoir implanté une énorme unité d'extraction et de traitement, sous la bannière Métal-IK, un consortium crée pour l'occasion et pour l'exploitation la plus rentable possible de ces poussières miracles. La mine en elle-même, à ciel ouvert, se situe dans les terres. Les conditions de travail y sont "naturellement" épouvantables compte tenu de la chaleur environnante, mais pour vérifier que rien ne vient s'ajouter au côté "naturel", une fonctionnaire de l'ONU est dépêchée sur place pour enquête.
Tanya Lawrence est reçue à ce qu'on appelle la Colonie, sorte de base arrière climatisée implantée sur la côte qui regroupe la direction, les administratifs, les géologues et techniciens divers, ainsi que le port artificiel nécessaire à l'expédition des produits. Reliée à la mine par une ligne de chemin de fer construite pour l'occasion, la Colonie et son pendant forment un vase clos isolé du reste du monde. Même les communications y sont difficiles.
La direction de la Metal-IK a prévu un accompagnateur pour Tanya, un certain Toni Donizzi, qui fera également office de garde du corps. Bien que l'arrivée de la "fouineuse" onusienne ne réjouisse pas les dirigeants, ils font contre mauvaise fortune bon cœur : l'aider à rédiger un rapport positif sera indiscutablement la solution la plus rentable pour l'entreprise.
Tanya Lawrence fait son métier d'enquêtrice, avec Donizzi sur les talons. Mais elle visite aussi la région et découvre bientôt sur la côte une baleine échouée sur la plage… Elle rencontre aussi une tribu indigène, les Awas, qui habitent la région depuis des lustres et vivent de la pêche tout en fournissant une partie de la main d'œuvre à la mine. Les Awas vénèrent l'océan qui les nourrit et les grands cétacés. Ils sont aussi inquiets…
Vostok est une sorte de huis clos à ciel ouvert. Un huis clos des grands espaces écrasés par le soleil et la chaleur étouffante. Jean-Hugues Oppel décrit la vie de cette communauté exilée perturbée par l'arrivée d'une enquêtrice extérieure. Le personnage de Tanya vient révéler les mécanismes qui sont en œuvre, les inimitiés, les jalousies, les intérêts divergents, les luttes de pouvoir, qui sont l'inévitable pendant de toute activité humaine. Tous ceux-là sont au milieu de nulle part, mais ils continuent à faire tourner la boutique, là-bas comme ailleurs. Et puis une jeune femme au milieu de tous ces mâles ambitieux n'est pas pour arranger les choses. Le décor et les personnages sont en place, et Oppel joue son rôle de metteur en scène. Assez bien d'ailleurs. Phrases courtes, style percutant qui bannirait presque l'usage de la virgule. On se laisse porter.
Oui, mais…
Pour aller où ?
Le problème avec Vostok, c'est que le voyage n'a pas vraiment de destination. Le sujet n'est pas cette communauté coupée du monde dans un milieu hostile — quand bien même est-elle décrite dans le détail ; le sujet n'est pas l'exploitation éhontée des richesses minières d'un pays ; le sujet n'est pas l'étude ethnographique d'une tribu survivant depuis des millénaires sous un climat des plus défavorables ; le sujet n'est pas l'histoire d'amour improbable qui se noue entre Tanya Lawrence et son garde du corps — celle-là, on aurait même pu s'en passer ; alors il est où le sujet ?
Et même, pourquoi Vostok. Que vient faire cette base antarctique glaciaire sous le soleil de Métal-IK ?
Il manque une pièce au puzzle, ou alors c'est moi qui n'ai rien compris.
Jean-Hugues Oppel gardait le silence depuis Réveillez le Président ! en 2007 (si l'on fait exception de ses livres pour enfants). La veine politique lui réussissait bien. Pas sûr qu'avec Vostok, et malgré son savoir-faire, il signe un retour gagnant.
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Jean-Hugues Oppel est capable de bien mieux. Surtout au niveau du scénario.
les dix premières lignes...
Le soleil à peine levé sur l'horizon et déjà la canicule tapie à fleur de terre africaine.
Sèche chaleur sableuse.
Et puis comme un rideau de vapeur mirage ondoyante brouillant les lointains.
Ils étaient deux.
Ils avaient chaud.
Ils avaient très chaud.
Trop chaud. Étuve et sauna l'humidité en moins. La fournaise locale vous rôtit l'épiderme dès le pied posé à l'extérieur. Les deux qui avaient trop chaud regrettaient malgré eux la mauvaise climatisation de la bagnole pourrie dont ils venaient de descendre. La bagnole pourrie était autrefois un 4x4 modèle Range Rover neuf et onusien dix fois revendu d'occasion à moult organisations non gouvernementales. Nul n'aurait pu dire comment et encore moins pourquoi il avait été décidé quelque part à Genève ou ailleurs que sa carcasse épuisée finirait ses jours ici sous le cagnard au service de l'Union minière européenne (…)
quatrième de couverture...
Quelque part en Afrique, sous une chaleur étouffante, la société Métal-Ik exploite les "terres rares", ces métaux stratégiques nécessaires à la haute technologie. Certaines multinationales, on le sait, ne sont pas très regardantes en matière de droit du travail. Aussi, lorsqu'une agence de l'ONU dépêche Tanya Lawrence sur place, elle n'est clairement pas la bienvenue. Face à l'hostilité générale, elle ne peut compter que sur Tony Donizzi, le guide que lui a assigné le consortium. Le climat s'alourdit vite dans la colonie minière de Métal-Ik, alors qu'une autre menace bien plus grande et moins perceptible, se profile…
Auteur de thrillers politiques féroces, Jean-Hugues Oppel (Grand Prix de littérature policière, Prix Mystère de la critique) signe son grand retour après plusieurs années d'absence.
bio express...
Jean-Hugues OppelLisez donc l'autoportrait ci-dessous pour la vue d'ensemble, avec quelques précisions tout de même pour le côté cinéma : Jean-Hugues Oppel y a beaucoup travaillé avant de passer à l'écriture. Il a été assistant réalisateur sur de nombreux films. On peut citer ses collaborations avec Ariel Zeytoun (Saxo), Francis Girod (Lacenaire), Bertrand Tavernier (La Passion Béatrice entre autres) ou encore Roman Polanski (La Jeune File et la Mort).
Il a également travaillé pour la télévision et notamment sur le tournage de deux épisodes de la série Navarro en 1989 avec Denys Granier-Deferre ou encore au côté de Gérard Oury. Il est l'auteur de nombreux livres pour la jeunesse.
Son roman Six-Pack a été adapté au cinéma en 1999 par Alain Berberian avec Richard Anconina, Frédéric Diefenthal, Chiara Mastroiani, Bernard Fresson...
Autoportrait paru sur le défunt www.romanpolicier.com
La cinquantaine approche (et le 9 novembre 1957 déjà loin...). Barbu. Lunettes. Motard. Aime les chats et les cigares. Romancier polarisé, caché derrière un cinéaste de cour et de prime profession. Branché image, puis scénario. Couleurs : noir, rouge, or. Entre autres. Franches ou satinées. Signe astrologique : scorpion (coq chinois). Mensurations : 3,450 kg et 54 cm à la naissance.
Racines : Franco (maman) - Helvétique (papa) ; Lussault en Touraine, au fil de la Loire et Neuchâtel au bord du lac. Parisiennes ensuite (sept arrondissements successifs), nogentaises (en bord de Marne) depuis peu. Écrit depuis qu'il est tout petit parce qu'il adore raconter des histoires. Fait toutes ses classes (en redoublant la 6ème) au lycée Charlemagne (Paris). Excellentes notes en rédaction, puis en dissertation ; pas terribles en Philo... Bac A au bout quand même, ne parlons donc pas des mathématiques ! Abandonne très vite la noble vocation d'éboueur (en Suisse, de préférence), puis celle de plongeur chez Cousteau, ensuite de vétérinaire (cf. les mathématiques, voir plus haut). Découvre le cinéma, autre manière de raconter des histoires... Postule alors et entre à l'École Nationale d'Opérateurs Louis Lumière, dite de Vaugirard - décroche de justesse son BTS (les maths, ter répétita !)
Les premières années de métier connaissent de longues périodes chômées propices à l'écriture. Science-fiction d'abord, nourrie au sein des grands maîtres : Brunner, Simak, Tolkien, Pelot, Sturgeon, Asimov, Van Vogt... Satisfaction personnelle : importante ; réussite éditoriale : nulle.
Changement de style, virage au "Noir" et Polar, à l'ombre des ancêtres : Tata Christie et Tonton Doyle ; des anciens : Simenon, Steinbeck ; des nouveaux : Manchette, Klotz, Japrisot. Débuts en forme de pastiche avec un complice, c'est Canine et Gunn, promis par ses auteurs à une longue carrière... qui fera un feu tout aussi long. Mais la voie est tracée pour celui qui écrit désormais seul pour l'édition et les écrans (le petit et le grand), ne tourne plus, mais ne désespère pas un jour de dire "Moteur !" lui-même.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
Barjot !
1988
Zaune
1991
Piraña Matador
1992
Brocéliande sur Marne
1994
Ambernave
1995
Six-Pack
1996
Cartago
2000
Chaton : Trilogie
2002
French Tabloïds
2005
La Déposition du Tireur Caché
2006
Réveillez le Président !
2007
Allers sans Retours
2008

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