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Taxi de Nuit

Jack Clark

Couverture

première édition : Sonatine - Mai 2025

tags : Roman noir Polar social Polar urbain Discrimination Quidam Etats Unis Années 1990 Moins de 250 pages

Couverture

un avis personnel...

publié le 15 novembre 2025

À Chicago, le Golden Batter Pancake House est un bar bien connu des taxis de nuit. Ils s’y regroupent entre deux voyages noctambules et s’y racontent leurs pires ou leurs meilleures courses.
Eddie Miles fait partie de cette communauté d’anciens qui font figure d’exceptions avec leur peau blanche tant le métier est accaparé par les Pakistanais, les Indiens ou les Africains. Là, il a notamment fait la connaissance de Lenny le Polack, un collègue volubile qui a toujours une histoire à raconter.

À Chicago, et surtout la nuit, les taxis évitent certains quartiers où ils prennent le risque de se faire dépouiller. Nombreux sont ceux qui se sont fait agresser, mais depuis peu la violence est montée en intensité. C’est désormais un tueur de taxis qui rôde en ville ; on décompte déjà trois victimes.

Installez-vous sur le siège passager et laissez-vous aller. Vous voilà en immersion dans le quotidien d’un chauffeur de taxi de nuit à Chicago. Les rues et les clients s’enchaînent tandis qu’Eddie nous raconte ce qu’il observe depuis son volant.

Toutes les entrées de chapitres sont ponctuées d’éléments de la réglementation du fonctionnement des taxis à Chicago qui donne ensuite le ton des saynètes qui suivent, illustrations des aventures d’un chauffeur chicagoan.
Quant au meurtre de Lenny, il a ravivé la méfiance des taxis envers les Noirs, une sorte de racisme ordinaire qui ne dit pas son nom, mais s’accroche fermement aux statistiques et aux préjugés.

Les chauffeurs de taxi ont une vision distordue des pauvres. Quand on est pauvre et honnête, on ne peut pas se payer un taxi. Donc beaucoup de gens qui prenaient le taxi dans des quartiers pauvres étaient des voleurs, des dealers ou des macs. Pendant ce temps, ceux qui bossaient et les mères célibataires avec des varices, trois gamins et sept sacs de courses traînaient leur caddie et galéraient dans le bus.

Jack Clark décrit avec des mots simples un environnement qu’il a bien connu puisqu’il a lui-même exercé ce métier durant quelques années.
Sous forme de chronique, ce sont des instantanés de la transformation d’une ville américaine au détour des années quatre-vingt-dix : avec son industrie en déclin, la gentrification des quartiers populaires, le racisme ambiant ou le délabrement général, le tout observé depuis le siège conducteur d’un taxi.
Le ton général est d’un réalisme brutal qui montre la violence sous-jacente de la société américaine, une violence du quotidien dont personne n’arrive vraiment à s’extraire tant elle est inscrite dans les esprits et enferme chacun dans la solitude.
Taxi de Nuit est un pur roman noir qui, à la première personne — ce qui accentue son réalisme — met en scène un chauffeur de taxi désenchanté qui tente, malgré toutes les embûches et parfois contre lui-même, de conserver un semblant d’humanité.
Par son observation du réel, il prend également une tournure sociale, entretenue par l’enquête d’Eddie Miles, qui reste toutefois secondaire ; on n’est pas dans un roman procédural, ou sa tentative pleine d’émotions de sauver une jeune prostituée noire, qui participent à la vision d’ensemble.

Au bout d’un moment, les yeux de Relita se sont complètement fermés, et sa respiration s’est calmée. Je lui ai effleuré l’épaule.
« Prends soin de toi, petite », j’ai dit.
J’ai lâché ses mains et elle les a recroisées sous son menton. Elle s’est un peu retournée et a repris sa position.
Je me suis levé pour regarder par la fenêtre.
Du vingtième étage, il était facile de se laisser duper par la beauté de la ville balayée par la pluie, par les millions de lumières qui scintillaient dans la nuit. Il me suffisait de tourner la tête pour voir la vérité : une petite fille prostituée endormie dans son lit d’hôpital. Il pourrait pleuvoir à jamais, la ville ne serait jamais propre.

Initialement paru en auto-édition en 1996, Taxi de Nuit ne trouvera éditeur aux États-Unis qu’en 2010, et c’est seulement quasiment trente ans après sa première parution qu’il sera traduit en français. Tout vient à point…



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quelques pistes à explorer, ou pas...

Le chauffeur de taxi est un observateur privilégié de la société, pas étonnant qu’il ait inspiré certains auteurs de romans noirs. James Sallis fait notamment partie de ceux-là avec son excellent roman Drive.

les dix premières lignes...

C’était une magnifique soirée d’hiver. Pourtant, tout le monde restait à l’abri d’une tempête de neige qui n’arriverait jamais. Tout le monde, sauf les chauffeurs de taxi. On tenait notre version de la Table ronde sur Lincoln Avenue — un groupe de tables rectangulaires, plus les box au fond du Golden Batter Pancake House — et on râlait, notre routine même les bons soirs.
Jake l’Escroc y allait de sa tirade habituelle contre les présentateurs météo.
Quand ils disent : « Ne sortez surtout pas de chez vous », leur vrai message c’est : « Restez devant la télé, faites exploser mon Audimat et mes primes ».
Jake avait été avocat, avant d’être radié du barreau pour avoir dilapidé en paris sportifs le contenu de plusieurs comptes sous séquestre. C’était toujours un joueur décadent, mais maintenant il conduisait un taxi pour financer son vice. Seuls ses meilleurs amis l’appelaient l’Escroc en face.
Dans le box derrière Jake, Tony Golden et Roy Davidson initiaient un bleu à l’art de la survie. Golden avait grandi dans les quartiers noirs au sud de la ville. Davidson était blanc, originaire des collines du Kentucky. Ça ne les empêchait pas d’être les meilleurs amis du monde. Et ils adoraient le petit nouveau. Tout le monde adorait le petit nouveau.

quatrième de couverture...

Eddie Miles est taxi de nuit à Chicago. C’est un homme solitaire, qui connaît chaque recoin de la ville, depuis les quartiers les plus huppés jusqu’à ceux où il est devenu dangereux de s’aventurer. Du crépuscule à l’aube, chacune de ses courses est une nouvelle aventure, parfois heureuse, parfois périlleuse. Alors qu’un mystérieux tueur s’en prend aux chauffeurs de taxis, Eddie essaie tant bien que mal de ne pas se laisser gagner par la violence qui gangrène la ville. Jusqu’au jour où celle-ci l’atteint personnellement : il sauve de justesse une jeune prostituée passée à tabac, et un de ses meilleurs amis est victime du tueur. Eddie décide alors de prendre les choses en main…

bio express...

Jack Clark Jack ClarkOn ne sait pas grand-chose de Jack Clark, sinon qu’il est né aux États-Unis en 1949 et a exercé durant près de trente ans le métier de chauffeur de taxi à Chicago.

Son expérience lui inspire en 1996 l’écriture de Nobody’s Angel, premier roman qu’il autoédite à cinq cents exemplaires et distribue à ses passagers.
Il faudra quinze ans à un éditeur américain pour lui donner une seconde vie, et quinze de plus pour qu’il soit enfin disponible traduit en français.

édition(s)...

Sonatine - Mai 2025 Sonatine
Mai 2025

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