Benoît Philippon
Mamie Luger
Première édition : Les Arènes - Mai 2018
un avis personnel...
Publié le 06 novembre 2023
Mamie Luger, la grand-mère rêvée… À moins de se retrouver dans son collimateur bien sûr…
Tout commence au fin fond de l’Auvergne par une fusillade et une arrestation, vite expédiées. Berthe Gavignol finit au poste, une garde à vue sous la surveillance et les questions d’un gendarme, Lionel Ventura, qu’elle prend un malin plaisir à appeler Lino. Il faut dire que Berthe n’est guère impressionnée, du haut de ses cent deux ans, elle en a vu d’autres. Des vertes et des pas mûres. Et c’est justement ce qu’elle entend bien raconter à son interlocuteur du jour.
L’interrogatoire va durer. Berthe en a sous la semelle et Ventura lui prête une oreille attentive pour aller, comme nous, de surprise en surprise, se prendre d’une infinie tendresse pour cette mamie qui a traversé le vingtième siècle.
Née en 1914, Berthe a grandi entourée de femmes, sa mère et sa grand-mère, Nana, figure tutélaire qui lui enseigne les bonnes manières face aux hommes. Même si le féminisme a fourbi ses premières armes quelques dizaines d’années plus tôt, force est de reconnaître que l’époque fait la part belle à l’engeance masculine et qu’à moins de se défendre bec et ongles en avant, la position des femmes n’est pas à envier.
Belle, fougueuse, Berthe entend bien se faire respecter, même si elle a bien compris que sa « réussite » et son « indépendance » passaient par le mariage. Le patriarcat, elle en fait son affaire, en usant d’outils plus performants qu’un simple bec et quelques ongles…
La nuit va être longue pour Ventura. Berthe va lui retracer son parcours semé d’embûches et de cadavres. Des morts pour la cause féministe. Guerrière de l’ombre, mamie ne s’est jamais laissée faire. Elle a tout connu au fil des ans : la prostitution de sa grand-mère, le patriarcat triomphant, le viol, l’avortement, la médiocre condition féminine. Et l’amour…
Ç’aurait pu être un drame. C’est une comédie, enlevée, légère, fulgurante. Benoît Philippon, avec la verve qu’il attribue à Berthe, transforme sa trajectoire en épopée réjouissante et jubilatoire. La grand-mère acariâtre dont personne n’osait approcher la chaumière se transforme en Amazone pourfendeuse des abus de tous les mâles croisés sur son passage, et ça fait du bien.
Elle est touchante, drôle, sarcastique, attachante, et nous renvoie notre compassion à grands coups de pelle. Dans la gueule…
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Mamie Luger apparaît dans le premier roman de Benoît Philippon, Cabossé qui traite du parcours du jeune couple qu’elle « sauve » des griffes de l’infâme de Gore au tout début du présent ouvrage.
les dix premières lignes...
6h08
Blam ! Blam !
Berthe recharge. Ses membres tremblent. Beaucoup d’émotions pour une vieille de cent deux ans. Elle pense à sa camomille qui prend la poussière sur l’étagère de sa cuisine et se dit qu’elle s’en ferait bien une tasse. Les sirènes qui résonnent au loin ne sonnent peut-être pas encore le glas, mais reculent inéluctablement la perspective du réconfort d’un bon pisse-mémère.
De Gore gît à quelques pas de la niche de son chien. Du sang autour de lui. Il a un trou dans le dos, un autre dans le cul, en plus de l’officiel. Merde, elle y a peut-être été un peu fort. Berthe ne l’a jamais aimé de Gore. Le digne descendant de sa raclure de père. Elle ne pensait pas pour autant qu’il finirait au bout de son canon. Même si l’idée l’a souvent titillée (...)
quatrième de couverture...
Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l'escouade de flics qui a pris d'assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l'inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d'artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée mais il sent qu'il va falloir creuser. Et pas qu'un peu.
bio express...
Benoît PhilipponNé en 1976, Benoît Philippon passe son enfance sous le soleil de la Côte d’Ivoire, des Antilles, avant de « naviguer » entre la France et le Canada.
Diplômé en Lettres Modernes, il débute sa carrière comme scénariste avec, en 2002, un premier long métrage porté à l’écran, Sueurs, dont Jean-Hugues Anglade tient le rôle principal. Il passe derrière la caméra en 2009 et réalise Lullaby, avec à l’affiche Forest Whitaker, film au succès critique mitigé. Il s’intéresse également au cinéma d’animation et co-signe en 2015, avec Alexandre Heboyan, Mune : Le Gardien de la Lune qui obtient quelques prix à l’étranger.
Son premier roman, Cabossé, paraît en 2016 chez Gallimard, dans la prestigieuse collection Série Noire, mais c’est avec Mamie Luger qu’il rencontre enfin un succès public avec une comédie noire et grinçante à l’humour décalé.
Suivront Joueuse en 2020, puis Petiote en 2022, qui l’installent dans le paysage polardeux français comme une valeur sûre.
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.


vos commentaires...
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis !