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Benjamin Fogel

La Transparence selon Irina

Couverture

Première édition : Rivages / Noir - Mars 2019

Tags : Roman noir Polar social Quidam France Futuriste Entre 250 et 400 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 16 mai 2024

En 2058, le « Réseau » est roi. Chacun peut tout savoir sur tout le monde et plus personne ne se cache derrière un pseudo dans sa vie virtuelle. Seuls quelques-uns tentent de résister, comme ces « obscuranets », sorte d’anarchistes qui luttent contre la mainmise de la « transparence », ou encore les « nonymes », moins extrémistes, qui se construisent un personnage dans la vie réelle. Camille Lavigne est de ceux-là. Dans la « vraie » vie, elle interfère sous le pseudonyme de Dyna Rogne. Elle est par ailleurs, « in virtual life » le bras droit d’Irina Loubovsky, une essayiste influente sur le Réseau.
Lors d’une soirée dans la vie réelle avec son ami Maxime, Camille est agressée par trois hommes dans un bar. Tous deux ne doivent leur salut qu’à l’intervention armée du patron qui fait fuir les assaillants. Camille n’a qu’une envie, en rester là et ne pas voir étalée aux yeux de tous cette mésaventure, mais ce serait sans compter sur le docile Maxime, trop respectueux des règles de la sacro-sainte transparence, qui de son côté va porter plainte…

L’inversion des valeurs est vertigineuse et fait froid dans le dos. Tout le monde est pucé, suivi en permanence, guidé par l’intelligence artificielle, et la vie de chacun exposée automatiquement et dans les moindres détails sur une sorte de fil Facebook universel et accessible à tous.

La mécanique se met en route : la musique se cale sur le clignement de mes yeux ; la température se régule selon les attentes de mon corps ; mon lit génère des points de compression et de décompression partout où mon dos l’exige ; l’éclairage devance les battements de mon cœur ; mon environnement se cale sur mon rythme, à moins que ce ne soit l’inverse. L’impression de s’éveiller au milieu d’une végétation luxuriante contrebalance mon mal-être. Je me lève et toutes les informations liées à mon métabolisme sont envoyées sur le Réseau afin d’être partagées, mutualisées et analysées dans l’optique d’améliorer non seulement mes réveils futurs, mais ceux de la population entière. Toutes ces données, qui virevoltent dans nos appartements, ne nous sauvent ni de l’alcool ni de nos gueules de bois, mais nous aident à mieux dormir et à endolorir nos angoisses.

Grosse densité dans la mise en place. Il faut à l’auteur définir les contours, expliquer les principes de la transparence, les nouvelles règles, les nouvelles façons de vivre entre réalité et virtualité. Tout ça prend du temps tant l’entreprise est démesurée. Benjamin Fogel fait le choix d’un récit multiple pour y arriver, alternant les personnages, les narrateurs, pour exposer sa vision d’un probable futur. Tout y est pensé, pesé, réfléchi. Trop peut-être…

Ambiance futuriste glaçante dans ce roman choral qui dresse le possible portrait de notre société gangrenée par la sainte transparence. Le travail de « reconstitution » est néanmoins impressionnant. Benjamin Fogel a exploré les moindres détails, les plus ultimes prolongements de la dérive sociétale qu’il imagine et met en scène (de nombreuses annexes viennent ainsi compléter son récit), et la société qu’il donne à voir dans un quart de siècle, si elle est réaliste, fait peur à lire.

Je ne suis pas spécialement adepte de la science-fiction, et si je reconnais toute la qualité visionnaire du roman, je lui ai trouvé une forme de « froideur » qui m’a empêché de l’apprécier totalement. Il y a comme du Blade Runner chez Benjamin Fogel, mais il m’a manqué un personnage à qui m’attacher ; à moins que ce ne soit justement voulu, comme une conséquence de cette maudite transparence qui « applatit » tout et chacun. Et ce n’est pas celui de Camille Lavigne, troublant et central dans le récit, dont on ne sait jamais s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, qui arrangera les choses, même s’il y a prouesse à tenir cette gageure tout au long du roman (j’ai eu beau traquer les accords d’adjectifs ou de participes, rien n’y a fait ; jusqu’au bout le doute a été maintenu. Et sans la révélation de l’auteur, je n’aurais même pas déjoué l’anagramme cachée dans son pseudo « in real life » : Dyna Rogne / Androgyne).

Lecture exigeante, absconse parfois, qui m’a fait penser à certains délires mystiques de Dantec. On a parfois l’impression de lire davantage un essai philosophique sur l’évolution possible des réseaux sociaux plutôt qu’un véritable roman. C’est sans doute là mon principal reproche, qui place de facto en retrait toute l’intrigue.
La Transparence selon Irina est le premier volet d’une trilogie. Pas sûr cependant que je retourne tout de suite goûter la suite, même si, tout au fond, résiste un petit diable qui m’incite et me titille pour en savoir plus tant l’intelligence du propos questionne.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

La Transparence selon Irinia constitue le premier volet d’une trilogie qui se poursuit avec Le Silence selon Manon puis L’Absence selon Camille.

les dix premières lignes...

Je sens mon mobile vibrer dans ma poche. Les notifications affluent. Irina cherche à me noyer sous les messages. Je choisis de l’ignorer. Je dois décompresser, m’extraire du flux de nos conversations. Elle m’en voudra demain, mais j’ai besoin d’une pause.
Maxime et moi venons de pénétrer dans le sous-sol du Parallax, une boîte de nuit que je fréquente occasionnellement pour m’éloigner du Réseau et me vider la tête. Tout est fait pour empêcher les clients de s’observer. Il est impossible de reconnaître quelqu’un à moins d’un mètre. La faible luminosité et la fumée produite par de larges générateurs encastrés dans le plafond rendent les perceptions incertaines. Je danse sans crainte, avec juste ce qu’il faut comme repères pour ne pas entrer en collision avec les autres corps. Maxime ne me quitte pas des yeux ; il sait qu’il ne me retrouverait jamais si je disparaissais dans la foule. C’est la première fois qu’il met les pieds dans un club de ce genre. Les gens comme lui n’ont en théorie rien à y faire, il m’a fallu des mois pour le convaincre de m’y accompagner. Le résultat n’est pas probant (…)

quatrième de couverture...

2058 : le monde est entré dans l’ère de la transparence. Les données personnelles de chacun sont accessibles en ligne publiquement. Il est impossible d’utiliser Internet sans s’authentifier avec sa véritable identité. Pour préserver leur intimité, un certain nombre de gens choisissent d’évoluer sous pseudonyme dans la vie réelle.
Sur le réseau, Camille, 30 ans, vit sous l’emprise intellectuelle d’Irina Loubowsky, une essayiste controversée qui s’intéresse à l’impact de la transparence sur les comportements humains. Dans la réalité, Camille se fait appeler Dyna Rogne et cultive l’ambiguïté en fréquentant un personnage trouble appelé U.Stakov, aussi bien que Chris Karmer, un policier qui traque les opposants à Internet. Mais Karmer est assassiné. Entre cette mort brutale et le mystère qui entoure Irina, Camille remet en question sa réalité et reste loin de soupçonner la vérité.

bio express...

Benjamin Fogel Benjamin FogelOn ne sait pas grand-chose de la « vie » de Benjamin Fogel sinon qu’il est né à Paris en 1981, a suivi une prépa HEC avant d’intégrer une école de commerce, toujours à Paris.
Côté professionnel, il est attaché au numérique sous diverses formes : consultant en stratégie digitale pour une structure de soutien aux scènes musicales émergentes, directeur du projet « identité numérique » pour le groupe La Poste, ou encore directeur de la plateforme Okapi pour le même groupe.
En 2007, il co-crée la revue Playlist Society qui se transformera en maison d’édition en 2014, publiant des essais sur la musique, le cinéma, la littérature ou les jeux vidéo.
Son premier ouvrage paraît en 2015 sous la forme d’une biographie fictionnelle du musicien Howard Devoto, Le Renoncement de Howard Devoto. Il récidive l’année suivante dans le domaine musical avec un essai publié par sa propre maison d’édition et consacré à un groupe de rock expérimental : Swans et le Dépassement de soi.

Sa première œuvre de fiction, La Transparence selon Irina, paraît en 2019 chez Rivages dans laquelle il explore le possible devenir d’une société ou la transparence des données numériques est devenue la règle. Situé en 2058 et premier volet d’une trilogie, le roman se poursuit avec Le Silence selon Manon qui revient sur la transformation de la société qui mène à la « transparence » et se situe cette fois en 2025. L’ensemble se clôt avec L’Absence selon Camille.

Depuis 2021, Benjamin Fogel fait partie des scénaristes de la nouvelle version du magazine Métal Hurlant.

édition(s)...

Rivages / Noir - Mars 2019 Rivages / Noir
Mars 2019
Rivages / Noir - Avril 2021 Rivages / Noir
Avril 2021

du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.

Le Silence selon ManonLe Silence selon Manon
2021
L'Absence selon CamilleL'Absence selon Camille
2024

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