Aller Simple

Carlos Salem

Moisson Rouge - Mars 2009 - Traduction (espagnol) : Danielle Schramm

Tags :  Comédie Road Polar Quidam Afrique du Nord Années 2000 Humoristique Entre 250 et 400 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 29 mai 2009

Recommandé C'est au cours d'un voyage au Maroc que Dorita, l'épouse d'Octavio Rincón, meurt. D'un simple accident, alors qu'Octavio, depuis vingt ans qu'ils étaient mariés, avait déjà imaginé toutes les façons de la voir mourir.
Soulagé par cette perte, Octavio, après avoir dissimulé le cadavre sous le lit, s'offre un peu de liberté et se lâche quelque peu en faisant la rencontre, au bar de l'hôtel, un drôle de bonhomme :

— Soldati, Raúl Soldati, se présenta-t-il, en me tendant la main. Homme d'affaires et révolutionnaire. Pour le meilleur et pour le pire, chef.

Et voilà le timide Octavio, libéré de sa mégère, embarqué par un escroc tourbillonnant et facétieux dans une aventure virevoltante…

Et Octavio n'est pas le seul à se laisser embarquer par Soldati… Dès les premières pages du roman, on est irrémédiablement séduit par ce personnage bouillonnant de vie, cet argentin révolutionnaire qui vend des glaces dans le désert, et se révèle dès les premiers instants un gentil escroc de haute voltige qui va redonner vie à l'obscur fonctionnaire qu'est devenu Octavio.
Et quelle vie ! Après s'être offert un repas en filoutant un car de retraités en goguette, après avoir dérobé la veste de leur fortuné voisin de table bolivien, Soldati propose à Octavio de récupérer le corps de sa femme avant qu'il ne soit découvert et de la rapatrier en cachette en Espagne. Ils mettent un plan au point (non sans qu'avant cela le nouvel Octavio se soit découvert une virilité retrouvée, décuplée même), mais son exécution tourne mal. D'une part Dorita a disparu, et d'autre part ils mettent feu à l'hôtel…

Les deux hommes séparent, non sans se donner rendez-vous dans le désert. Octavio part seul au volant de sa voiture pour bientôt se perdre sur les routes le l'Atlas où il fait de nouvelles rencontres, dont Charly, sorte de vieux philosophe hippie qui poursuit un vieux rêve : assassiner Julio Iglesias parce qu'il a osé enregistrer un disque de tango ; ou encore Ingrid, avec qui il redécouvre l'amour :

Quand nous recommençâmes à nous dire des choses avec la peau, j'eus la certitude que je n'étais plus un pauvre type vieillissant, j'étais un autre, qui pouvait, pendant ces quelques minutes à l'intérieur d'Ingrid, retrouver les années perdues dans des bureaux poussiéreux. Ingrid gémissait comme si elle chantait et j'étais heureux, au centre de son chant, sans autre mission que de rentrer et de sortir sans jamais la quitter, sans jamais rester. Après toutes ces années, oui, c'était du sexe, mais beaucoup plus que du sexe, parce que c'était enfin moi.

Et Octavio n'est pas au bout de ses découvertes… Car si Charly se révèle n'être autre que Carlos Gardel qui ne serait pas mort en 1935, si Soldati va bientôt réapparaître avec à ses trousses les sbires du Colombien à qui il a volé quelques faux dollars, toutes ces péripéties ne viendront que pour ouvrir les yeux qu'Octavio a trop longtemps fermé, baissant comme tant d'autres les paupières sur ses rêves d'enfants.
La déambulation du trio Octavio – Soldati – Charly se révèle petit à petit comme une sorte de quête initiatique qui se fait à rythme échevelé, mais dont le but ultime se fait de plus en plus clair. Carlos Salem peaufine son discours dans une ambiance onirique, poétique, et farfelue, mais c'est bien l'exaltation des rêves de jeunesse qu'il vise :

Les rêves ne meurent jamais, Octavio, mais on les endort.

Plus ils avancent dans le désert (le projet est toujours de ramener le corps de Dorita en Espagne), plus les rêves enfouis d'Octavio refont surface, comme une résurrection. Il se souvient de son désir de piano, enfant :

Père, si vous n'avez pas pu réaliser vos rêves, laissez-moi rêver pour nous deux.

Sur la route, les allégories s'enchaînent, comme la rencontre de Mowles, ce prix Nobel de littérature qui n'a jamais écrit une seule ligne…

L'important c'est d'aller, de faire, de rire, de pleurer, de vivre. Ce sont des verbes, de l'action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance, bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce qu'être malheureux, c'est aussi un choix, mais un choix de merde.

Voilà que parti dans une histoire loufoque et déjantée, traversée par des personnages sympathiques et attachants, on se retrouve sans vraiment s'en apercevoir avec un conte philosophique entre les mains. Le tour de passe-passe est réalisé de main de maître.
Peut-être est-ce là la particularité de certains de ces auteurs hispaniques. Quelque chose qui ressemble à de l'exaltation avec comme un fond de tristesse, dans un ailleurs décalé ; comme des Don Quichotte éternels face à des moulins rebelles.
En tout cas, le résultat est magnifique…


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Aller Simple (titre original : Camino de Ida) a reçu en 2008 le prix Memorial Siverio Cañada décerné par le fameux festival espagnol, la Semana Negra.

Dans la même "mouture" hispanique, avec cette même exaltation colorée, je ne peux que vous conseiller la lecture de Paco Ignacio Taïbo II. À Quatre Mains est un excellent souvenir.
Pour son côté philosophico-déjanté, n'hésitez pas non plus à vous tourner vers Christopher Moore. D'une certaine manière, Un Blues de Coyote n'est pas si éloigné du roman de Carlos Salem.

Le début...

Les dix premières lignes...

Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances. J'en étais sûr. J'avais passé vingt ans de nos vingt-deux années de mariage à lui inventer des morts fantasmatiques. Et quand enfin cela arriva, ce ne fut aucune de celles que j'avais imaginées. Mettant de côté les attentats les plus divers, les poisons et les piranhas dans la baignoire, qui étaient surtout des exercices innocents de réconfort, j'avais toujours su qu'elle mourrait avant moi et dans un lit. Mais je ne pensais pas que ce serait comme cela, dans une ville inconnue, dans un hôtel qui mentait au moins sur une étoile, et de façon si soudaine (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Lorsque sa tyrannique épouse succombe brusquement dans un hôtel marocain, Octavio éprouve un mélange de panique et de soulagement. C'est le moment que choisit Soldati, chanteur de tango amateur, vendeur de glaces dans le désert et escroc à ses heures, pour débouler dans sa vie. Et la petite existence morne du timide Octavio devient une épopée délirante où l'on rencontrera des truands boliviens, des hippies échoués loin de Katmandou, un prix Nobel de littérature qui n'a jamais écrit une ligne, un chat acariâtre, une équipe de cinéma perdue dans le désert, des footballeurs en état de grâce, un nuage agaçant et… Carlos Gardel.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Carlos Salem










Edition(s)...

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Réédition Réédition poche

Du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.

Nager sans se Mouiller