Le Jardin des Pendus

Ian Rankin

Editions du Rocher - Janvier 2003 - Traduction (anglais) : Edith Ochs

Tags :  Roman noir Crime organisé Psychologie Flic Grande-Bretagne Années 1990 Plus de 400 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 20 mars 2007

Recommandé Devant un bar d’Edimbourg tenu par Tommy Telford — un caïd du coin sous surveillance policière — est déposé par une voiture qui repart en trombe le corps d’un homme blessé. Sans doute un coup de la concurrence, le gros Cafferty par exemple, une sorte de mise en garde, pense l’inspecteur Rebus, présent sur les lieux.
En accompagnant la victime aux urgences de l’hôpital, Rébus découvre dans une chambre sa propre fille, renversée par un chauffard, qu’il venait à peine de quitter avant de rejoindre son poste de guet à l’affût des mouvements du bar. Se pourrait-il qu’il s’agisse du même véhicule ?
En parallèle, l’inspecteur travaille sur un autre dossier, l’affaire Lintz, du nom du principal suspect, soupçonné d’être un criminel de guerre réfugié en Ecosse, alsacien d’origine enrôlé chez les SS et ayant participé en juin 1944 au massacre de tout un village français (sept cents victimes)...

L’inspecteur John Rebus est de ces flics qui s’investissent à fond leurs enquêtes au point d’en oublier tout le reste, y compris et peut-être en premier lieu leur vie personnelle. On les retrouve souvent solitaires, parfois alcooliques ; quelle femme supporterait un tel compagnon ? Pourtant, Rébus a tenté l’aventure du couple, et même si celle-ci s’est mal terminée, il en a gardé une fille de vingt-quatre ans, Samantha, qu’il connaît à peine, mais qui va se rappeler à lui dans des circonstances dramatiques.
C’est d’ailleurs une partie de son enquête qui va aussi le ramener à sa fille puisqu’il va croiser une jeune réfugiée bosniaque, prostituée, terrorisée, à la ressemblance troublante avec sa propre fille provocant une sorte de phénomène de résonance, et qu’il va tenter d’aider, de sauver.

L’autre pendant des affaires en cours permet à Ian Rankin d’évoquer, à travers l’affaire Lintz et un crime qui rappelle le massacre d’Oradour-sur-Glane, les filières qui ont permis à certains criminels de guerre d’échapper à la justice. On parle de la "Ratline", soutenue par le Vatican et le gouvernement anglais et dont le but était de soustraire aux appétits russes — en ces temps de guerre froide — tout scientifique en cavale et donc susceptible de finir entre les mains "rouges", quand bien même ceux-là auraient participé activement aux exactions allemandes.

Ian Rankin évoque aussi Edimbourg, l’Ecosse, et l’évolution des mœurs chez les malfrats, donc dans la société en général. Tommy Telford, le nouveau venu est une tête brûlée bardé d’ambition et que rien n’arrête face à Gerry Cafferty, truand à l’ancienne avec comme qui dirait une sorte de code d’honneur, ou au moins une échelle de valeur qui manque à son cadet.

On l’aura compris, la mise en place de ce roman est particulièrement dense, foisonnante même ; ça part dans tous les sens, mais sans toutefois perdre une cohérence qui s’appuie sur l’attachement de l’inspecteur Rebus à ses enquêtes, son implication, son obsession du crime, sa manière d’en remplir sa vie, comme une sorte de faux-semblant, de pis-aller qui lui permet d’oublier son manque d’engagement à titre personnel et non plus professionnel.
On en apprend beaucoup sur Rebus dans ce roman, personnage central et récurrent chez Ian Rankin, sur lui, ses interrogations, son pessimisme, qui finit presque par devenir contagieux.
L’auteur pose ici de façon magistrale le problème des groupes constitués, des bandes, et des fonctionnements déviants qu’ils génèrent. Que ce soit à Oradour-sur Glane, en Bosnie, durant la guerre d’Irlande, dans la mafia écossaise :

Il savait que l’instinct de l’humanité était celui d’une brute, qu’à chaque acte de bravoure et de bonté répondait autant d’actes de sauvagerie.
Dès qu’il y a une société, il y a des criminels. Pas de ventre sans bas-ventre.

Et que pris dans ses groupes, enrôlé, galvanisé, personne ne pouvait dire, au fond, quels seraient ses réactions, ses résistances ou ses complicités.

Un roman superbement construit pour une sombre balade, âpre, aux confins de l’humanité.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Le Jardin des Pendus a obtenu en 2003 le prix du meilleur polar étranger au festival du film policier de Cognac.

John Rebus est un personnage attachant qui se livre au compte-goutte mais dont la pudeur cache une grande profondeur. L’Ecosse est un pays rude, mais il convient de l’explorer lorsque, comme ici, c’est en si bonne compagnie. Pourquoi s’en priver : lisez Cause Mortelle, ou L’Ombre du Tueur.

Le début...

Les dix premières lignes...

Ils sont en pleine scène de ménage dans la salle à manger.
— Ecoute, si ton foutu job compte à ce point pour toi...
— Arrête, qu’est-ce que tu me veux ?
— Tu le sais parfaitement, bon sang !
— Je me tue au boulot pour nous trois !
— Pitié, épargne-moi ce genre de conneries.
C’est alors qu’ils remarquent sa présence. Elle tient Pa Broon, son nounours, par une de ses oreilles toutes mâchouillées. Plantée sur le seuil, elle les observe, le pouce dans la bouche. Ils se tournent vers elle.
— Qu’y a-t-il ma chérie ?
— J’ai fait un cauchemar (...)


La fin...

Quatrième de couverture...

Le Gros Cafferty , chef de la pègre d’Edimbourg, est sous les verrous. Mais d’autres malfrats veulent profiter de l’opportunité pour s’emparer de ce juteux territoire. Faut-il laisser les loups se dévorer entre eux ? L’inspecteur Rebus n’est pas loin de le penser. Pourtant, lorsque sa propre fille se fait écraser par un chauffard et qu’une jeune Yougoslave échappée d’un réseau de prostitution demande sa protection, Rébus n’a plus le choix... entre secret d’Etat et criminalité organisée, l’inspecteur va mener l’enquête la plus éprouvante de sa carrière.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Ian Rankin










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