Gilda Piersanti
Bleu Catacombes
Première édition : Editions Le Passage - Janvier 2007
un avis personnel...
Publié le 22 janvier 2007
Rome, été 2003. Pour fuir la canicule qui sévit ici comme ailleurs, les touristes, comme les italiens, se réfugient dans les catacombes, préservées de la chaleur ambiante. Vue l'affluence, on a même ouvert quelques parcours inédits et rarement visités. Justement, c'est sur l'un de ceux-là, au fond d'un boyau sombre, qu'on découvre une tête fraichement tranchée...
Gilda Piersanti vise droit au but, au moins pour commencer. À peine quelques pages ont-elles été tournées qu'on se retrouve déjà avec deux têtes sur les bras ! Sans compter cet étrange couple d'homosexuelles vengeresses — ou c'est du moins ce qu'on nous laisse supposer. Cependant, malgré les situations, pas d'excès de scènes "gore", pas d'hémoglobine badigeonnée sur les murs, l'auteur privilégiant la suggestion, enfin presque...
On fait alors la connaissance de celle qui va mener cette enquête difficile sous nos yeux, Mariella De Luca, la seule flic que son commissaire de patron ait réussi à joindre en cette période de congé estival. On pénètre un monde de femmes où plane un parfum d'homosexualité, qu'il s'agisse des flics, des suspects, voire des victimes.
Gilda Piersanti nous a tout exposé dès l'entame : on en sait beaucoup plus que l'équipe d'enquête. Qui, comment, où, sont pour nous déjà réglés, reste à comprendre, en compagnie de Mariella et de son assistante Silvia, le pourquoi. On plonge alors dans les milieux de l'art contemporain et la réflexion de fond se fait sur les limites en matière de transgressions, sur ce qui dans les années soixante-dix faisait figure de performance artistique éprise de liberté mais apparaît aujourd'hui comme acte pervers.
Les personnalités sont complexes et Gilda Piersanti prend le temps de les fouiller. On pourrait presque parler de "thriller introspectif". L'écriture, stylée, est fluide mais j'ai "tiqué" sur cette stratégie qui consiste à faire du lecteur un "complice" en lui révélant dès le début trop d'informations. Si elle permet de mettre en avant l'explication des crimes, leur mobile (et là le contrat est rempli), elle nous fait aussi endosser un rôle à mon sens trop passif, créant une distance qui nous éloigne de la narratrice, des "victimes", en nous laissant simple spectateur. Dommage...
vous avez aimé...
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Bleu Catacombes est le troisième volet des saisons meurtrières entamées avec Rouge Abattoir et Vert Palatino (Prix Polar dans la Ville 2006). Le dernier volet de la série est attendu pour début 2008.
À propos de la canicule sévissant sur l'Europe l'été 2003, on pourra se reporter à Mon Vieux, de Thierry Jonquet, qui en fait un traitement... différent.
les dix premières lignes...
— La porte !
Le sœur bénédictine répétait ces mots cinquante fois par jour depuis que les catacombes étaient devenues le refuge de caravanes entières de touristes en quête d'air frais.
Pamela entra. Tous les regards se portèrent sur la somptueuse masse de cheveux blonds qui encadrait son visage. Les yeux sautillant comme des lucioles, épaules et bras dorés, l'apparition du guide le plus demandé des catacombes romaines produisait toujours le même effet sur des visiteurs qui s'intéressaient soudain plus à l'archéologue qu'à l'archéologie (...)
quatrième de couverture...
Été 2003, en pleine canicule, les catacombes romaines battent tous les records de fréquentation... jusqu'à ce qu'un groupe de visiteurs réfugiés dans ces chambres froides d'un genre nouveau tombe nez à nez avec une tête coupée.
L'inspecteur principal Mariella De Luca se voit rapidement contrainte d'interrompre son idylle amoureuse en bord de mer. D'autant que les catacombes ne sont pas les seuls lieux à faire perdre la tête aux Romains... L'enquête vient à peine de débuter que déjà les décapitations se multiplient.
Mais quel rapport peut-il exister entre une star internationale du monde de l'art et une paisible directrice d'orphelinat ?
Et quel sens faut-il donner à cette référence macabre au mythe de Judith, héroïne biblique qui, de son bras armé, tranche la tête du général ennemi ?
bio express...
Gilda PiersantiEn forme d'autoportrait pioché sur le site de l'auteur
Née en Italie quand les sixties n'étaient pas les sixties, non loin de la Villa d'Hadrien (l'empereur), j'ai grandi à Rome et nourri une passion précoce pour la Ville éternelle.
Après des études classiques (latin, grec) à l'âge où l'adolescence devrait commencer à se terminer, je suis tombée raide amoureuse d'un traducteur de littérature française aux allures plutôt proustiennes. Par maladie amoureuse j'ai lu mon premier roman en français, c'était L'Éducation Sentimentale. Comme Paul sur la route de Damas (ou, au choix, Paul Claudel à Notre-Dame), j'ai eu ma révélation.
Dans le style des copistes, j'ai rempli des cahiers avec des passages tirés de La Princesse de Clèves, de Phèdre, du Promeneur Solitaire, du Cousin Pons et de La Cousine Bette, d'Une Vieille Maîtresse, de L'Étranger et d'Albertine Disparue.
Après une année à l'École d'Architecture de Rome, je suis devenue docteur en Philosophie avec une thèse sur l'esthétique de Baudelaire.
J'ai été commissaire de deux expositions sur deux artistes que Baudelaire chérissait : Constantin Guys et Charles Meryon.
Je me suis adonnée longtemps à la traduction (poésie érotiques de Verlaine, Le Peintre de la Vie Moderne de Baudelaire, L'Ensorcelée de Barbey d'Aurevilly, Les Morts Bizarres de Richepin) avant d'oser ne plus rien faire d'autre qu'écrire.
Un époux chercheur au CNRS rend parfois possible ces décisions capitales.
Le choix du genre (le polar) ne s'est pas imposé à moi tout de suite, mais le goût pour le roman noir a toujours été chez moi très prononcé. Les lectures précoces de Dostoïevski ne sont pas étrangères à mon penchant pour l'analyse du Mal.
Définitivement fixée sur les sables mouvants de l'entre-deux (entre deux langues, entre deux cultures, entre deux pays), je n'ai qu'un souci, mais il est de taille : aurai-je un jour un public de lecteurs assez aimants pour me permettre de continuer à faire ce que plus que tout au monde j'ai envie de faire : écrire ?
édition(s)...
du même auteur...
Bibliographie non exhaustive... Seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.


vos commentaires...
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à donner votre avis !