Toute l'Infortune du Monde
Thomas Bronnec
première édition :
Gallimard / Série Noire - Mars 2026
un avis personnel...
publié le 15 avril 2026
Juin 2029, Denis Descard n’a pas eu de chance, ou a mal préparé son coup. Cet apprenti espion en mission en Russie pour surveiller une fabrique de drones s’est fait repérer puis arrêter. Il a subi son procès sans rien comprendre et écopé de dix-sept années de prison. Mais au bout de sept mois à croupir dans une cellule, on l’a sorti pour l’installer dans une datcha. Il s’accommode très bien de cette brusque amélioration de son sort.
À Paris, Mathieu Mondolonian, conseiller spécial auprès de la Présidente Émilie Cornelly, vit traumatisé par le bruit des drones… Il faut dire que depuis des semaines la capitale subit les assauts meurtriers de ces vilaines petites bêtes.
Dans la coulisse, Mathieu manœuvre pour que Denis Descard soit de retour en France le plus vite possible ; ce qui serait bon pour la cote de popularité de sa patronne.
Thomas Bronnec s’est spécialisé dans la fiction politique en forme de dystopie légère. Le futur qu’il imagine n’est jamais lointain et toujours ancré dans une réalité qui nous concerne tous.
En 2029, les États-Unis sont gouvernés par l’argent, la Russie par la violence, et l’Europe est attaquée sur ses fondations, sa population soumise au terrorisme par drones interposés.
La France, alliée à l’Allemagne et la Pologne, tente de résister en organisant une défense commune, tout en luttant contre le travail de sape des gouvernements européens d’extrême droite, soutenus par Washington et Moscou.
C’est demain et aujourd’hui à la fois.
Lorsqu’il s’attelle à montrer et « expliquer » le monde dans lequel nous vivons, le roman noir prend tout son sens. C’est ce qui fait sa saveur et son intérêt. Le résultat n’est pas toujours drôle — à l’image de notre environnement — mais souvent instructif.
En posant son intrigue à quelques années de distance seulement, Thomas Bronnec nous place dans une perspective on ne peut plus crédible. Il suffit pour s’en convaincre d’avoir suivi, même de loin, l’actualité récente.
Son objectif est bien dessiné : éclairer à sa manière les mécanismes de l’ombre qui entourent les décisions politiques, en les structurant, en les organisant, pour qu’ils deviennent lisibles. Car dans ce monde de l’info en continu, on ne manque aucune nouvelle, tout se sait : encore faut-il savoir séparer le bon grain de l’ivraie et avoir la bonne grille de lecture.
Toute l’Infortune du Monde est un roman glaçant par son côté réaliste. Il décortique le fonctionnement des hommes et femmes de pouvoir sans trop le simplifier ni le réduire à un simple arrivisme. Il montre les enjeux, les manipulations à l’œuvre, la tambouille d’arrière-cour qui détermine nos destins communs, les tentatives d’influence.
Nous aurons ainsi affaire à un président américain plus vrai que nature dans ses outrances, à un dirigeant russe plus froid que la plaine de Sibérie, à des opposants plus opportunistes qu’intelligents, à des « intermédiaires » plus intéressés qu’efficaces, et à quelques hommes et femmes dotés encore d’un semblant de convictions (on reste dans la fiction dirons certains).
Pour arriver à ses fins, Thomas Bronnec construit un moment politique, une crise à résoudre, qu’il va chroniquer au jour le jour en alternant les narrateurs, les intervenants. Il y mêle une histoire plus intime qui fera office de liant, pour arrondir les angles et apporter un peu d’humanité à tous ces « puissants » qui restent aussi de simples « mortels ». Le mélange est subtil est savamment dosé — ni trop, ni trop peu — si bien qu’on ne peut s’empêcher de tourner et de tourner encore la page, jusqu’au fin mot de l’histoire.
Thomas Bronnec est un buvard qui s’imprègne à merveille de l’actualité brûlante et sait la restituer organisée, sans jamais pour autant la trahir. Il l’avait déjà montré, il le confirme une nouvelle fois aujourd’hui, avec intelligence.
— Vous aimez bien me prendre pour un imbécile, en France. Me dépeindre comme un businessman inculte. Je n’en ai rien à foutre, mais je lis La Fontaine, et je lis aussi Thucydide. Ça a 3 000 ans, mais ça reste valable. « Le fort fait ce qu’il peut faire et le faible subit ce qu’il doit subir. » Vous êtes dans quel camp, Mrs President ?
— Vous êtes dangereuse, Mrs President. Vous et votre Europe de merde, vos délires réglementaristes et anti-business, votre soupe écologique que vous prétendez faire bouffer à toute la planète, votre prétention à péter plus haut que votre cul et à vous croire l’égale des grandes puissances. Vous auriez pu rester bien sage, à votre place. On vous aurait protégés.
Thomas Bronnec, ou la géopolitique pour les nuls…
vous avez aimé...
quelques pistes à explorer, ou pas...
Les précédents romans de Thomas Bronnec sont du même tonneau. Ce serait dommage de s’en priver si vous appréciez le genre.
le début...
les dix premières lignes
Serguiev Possad, près de Moscou, Russie
8 juin
18 h 34 heure française, 19 h 34 heure locale
Quelques jours auparavant, il avait scruté ce petit bout de peau, au bord de l’ongle de son auriculaire droit, pendant plusieurs minutes. Il s’était mis à le gratter, à le triturer doucement. Il ne l’avait pas vraiment arraché, mais il avait fini par le couper avec ses dents. C’était une mauvaise idée, bien sûr. Le pourtour de la coupure était rapidement devenu rouge et enflé, et quand il appuyait dessus, même très légèrement, du pus se mettait à suinter.
Cette petite plaie avait commencé à obséder Denis Descard : il l’observait régulièrement, pendant de longs instants, espérant déceler une amélioration, redoutant une extension de l’infection. Il s’était demandé ce qui arriverait s’il ne pouvait pas voir de médecin. Il avait pensé à l’amputation, et même à la mort. Denis Descard n’est déjà pas de nature optimiste, mais il l’était encore moins depuis qu’il croupissait dans cette cellule, et le désespoir le saisissait de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, de plus en plus rudement.
la fin...
quatrième de couverture
Depuis plusieurs mois, des drones sèment la terreur à Paris. La capitale se vide de ses habitants au fur et à mesure de ces attaques quotidiennes, perpétrées par des Américains et des Russes. Devant l’apparente passivité des autocrates de ces deux grandes puissances, la présidente de la République, Émilie Cornelly, tente d’organiser la résistance européenne. Mais même ses soutiens les plus solides donnent l’impression de céder… Alors, quand tout semble perdu, la meilleure défense ne serait-elle pas l’attaque ?
bio express...
biographie sommaire de l'auteur
Thomas BronnecNé à Brest en 1976, Thomas Bronnec a suivi des études littéraires (Hypokhâgne et Khâgne) à Nantes avant de poursuivre par une licence d’histoire à la Sorbonne.
Il s’engage par la suite dans le métier de journaliste, dans un premier temps à L’Expansion avant de s’expatrier au Vietnam entre 2005 et 2006 en tant qu’indépendant. De cette expérience naîtra l’écriture du documentaire Les Fantômes de My Lai, réalisé par Jean Crépu et retraçant le massacre de centaines de civils par les troupes américaines.
De retour en France, il rejoint L’Express et se spécialise petit à petit dans le domaine économique. Il tient parallèlement un blog remarqué, Les Couloirs de Bercy qui débouchera sur l’écriture de Bercy, au Cœur du Pouvoir en 2011, une enquête elle-même adaptée pour la télévision.
Il devient par la suite responsable des informations durant cinq ans sur le site de francetv info avant de revenir en Bretagne comme « pilote du desk numérique » chez Ouest-France. Il poursuit également avec parcimonie la production de documentaires.
Côté écriture, après une première tentative en 2001 avec Léo L’Ivresse, il publie en 2012 chez Rivages La Fille du Hanh-Hoa qui fait partie de la sélection finale pour le Grand Prix de Littérature Policière.
À partir de 2015, il rejoint Gallimard et se spécialise dans les romans qui mettent en scène le monde politique qu’il côtoie et décrypte à travers son métier de journaliste. Suivront Les Initiés (2015), En Pays Conquis (2017), La Meute (2019, Les Arènes) puis Collapsus (2022).
du même auteur...
bibliographie non exhaustive... seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.
un avis personnel...
publié le 15 avril 2026
Juin 2029, Denis Descard n’a pas eu de chance, ou a mal préparé son coup. Cet apprenti espion en mission en Russie pour surveiller une fabrique de drones s’est fait repérer puis arrêter. Il a subi son procès sans rien comprendre et écopé de dix-sept années de prison. Mais au bout de sept mois à croupir dans une cellule, on l’a sorti pour l’installer dans une datcha. Il s’accommode très bien de cette brusque amélioration de son sort.À Paris, Mathieu Mondolonian, conseiller spécial auprès de la Présidente Émilie Cornelly, vit traumatisé par le bruit des drones… Il faut dire que depuis des semaines la capitale subit les assauts meurtriers de ces vilaines petites bêtes.
Dans la coulisse, Mathieu manœuvre pour que Denis Descard soit de retour en France le plus vite possible ; ce qui serait bon pour la cote de popularité de sa patronne.
Thomas Bronnec s’est spécialisé dans la fiction politique en forme de dystopie légère. Le futur qu’il imagine n’est jamais lointain et toujours ancré dans une réalité qui nous concerne tous.
En 2029, les États-Unis sont gouvernés par l’argent, la Russie par la violence, et l’Europe est attaquée sur ses fondations, sa population soumise au terrorisme par drones interposés.
La France, alliée à l’Allemagne et la Pologne, tente de résister en organisant une défense commune, tout en luttant contre le travail de sape des gouvernements européens d’extrême droite, soutenus par Washington et Moscou.
C’est demain et aujourd’hui à la fois.
Lorsqu’il s’attelle à montrer et « expliquer » le monde dans lequel nous vivons, le roman noir prend tout son sens. C’est ce qui fait sa saveur et son intérêt. Le résultat n’est pas toujours drôle — à l’image de notre environnement — mais souvent instructif.
En posant son intrigue à quelques années de distance seulement, Thomas Bronnec nous place dans une perspective on ne peut plus crédible. Il suffit pour s’en convaincre d’avoir suivi, même de loin, l’actualité récente.
Son objectif est bien dessiné : éclairer à sa manière les mécanismes de l’ombre qui entourent les décisions politiques, en les structurant, en les organisant, pour qu’ils deviennent lisibles. Car dans ce monde de l’info en continu, on ne manque aucune nouvelle, tout se sait : encore faut-il savoir séparer le bon grain de l’ivraie et avoir la bonne grille de lecture.
Toute l’Infortune du Monde est un roman glaçant par son côté réaliste. Il décortique le fonctionnement des hommes et femmes de pouvoir sans trop le simplifier ni le réduire à un simple arrivisme. Il montre les enjeux, les manipulations à l’œuvre, la tambouille d’arrière-cour qui détermine nos destins communs, les tentatives d’influence.
Nous aurons ainsi affaire à un président américain plus vrai que nature dans ses outrances, à un dirigeant russe plus froid que la plaine de Sibérie, à des opposants plus opportunistes qu’intelligents, à des « intermédiaires » plus intéressés qu’efficaces, et à quelques hommes et femmes dotés encore d’un semblant de convictions (on reste dans la fiction dirons certains).
Pour arriver à ses fins, Thomas Bronnec construit un moment politique, une crise à résoudre, qu’il va chroniquer au jour le jour en alternant les narrateurs, les intervenants. Il y mêle une histoire plus intime qui fera office de liant, pour arrondir les angles et apporter un peu d’humanité à tous ces « puissants » qui restent aussi de simples « mortels ». Le mélange est subtil est savamment dosé — ni trop, ni trop peu — si bien qu’on ne peut s’empêcher de tourner et de tourner encore la page, jusqu’au fin mot de l’histoire.
Thomas Bronnec est un buvard qui s’imprègne à merveille de l’actualité brûlante et sait la restituer organisée, sans jamais pour autant la trahir. Il l’avait déjà montré, il le confirme une nouvelle fois aujourd’hui, avec intelligence.
— Vous aimez bien me prendre pour un imbécile, en France. Me dépeindre comme un businessman inculte. Je n’en ai rien à foutre, mais je lis La Fontaine, et je lis aussi Thucydide. Ça a 3 000 ans, mais ça reste valable. « Le fort fait ce qu’il peut faire et le faible subit ce qu’il doit subir. » Vous êtes dans quel camp, Mrs President ?
— Vous êtes dangereuse, Mrs President. Vous et votre Europe de merde, vos délires réglementaristes et anti-business, votre soupe écologique que vous prétendez faire bouffer à toute la planète, votre prétention à péter plus haut que votre cul et à vous croire l’égale des grandes puissances. Vous auriez pu rester bien sage, à votre place. On vous aurait protégés.
Thomas Bronnec, ou la géopolitique pour les nuls…
vous avez aimé...
quelques pistes à explorer, ou pas...
Les précédents romans de Thomas Bronnec sont du même tonneau. Ce serait dommage de s’en priver si vous appréciez le genre.le début...
les dix premières lignes
Serguiev Possad, près de Moscou, Russie8 juin
18 h 34 heure française, 19 h 34 heure locale
Quelques jours auparavant, il avait scruté ce petit bout de peau, au bord de l’ongle de son auriculaire droit, pendant plusieurs minutes. Il s’était mis à le gratter, à le triturer doucement. Il ne l’avait pas vraiment arraché, mais il avait fini par le couper avec ses dents. C’était une mauvaise idée, bien sûr. Le pourtour de la coupure était rapidement devenu rouge et enflé, et quand il appuyait dessus, même très légèrement, du pus se mettait à suinter.
Cette petite plaie avait commencé à obséder Denis Descard : il l’observait régulièrement, pendant de longs instants, espérant déceler une amélioration, redoutant une extension de l’infection. Il s’était demandé ce qui arriverait s’il ne pouvait pas voir de médecin. Il avait pensé à l’amputation, et même à la mort. Denis Descard n’est déjà pas de nature optimiste, mais il l’était encore moins depuis qu’il croupissait dans cette cellule, et le désespoir le saisissait de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, de plus en plus rudement.
la fin...
quatrième de couverture
Depuis plusieurs mois, des drones sèment la terreur à Paris. La capitale se vide de ses habitants au fur et à mesure de ces attaques quotidiennes, perpétrées par des Américains et des Russes. Devant l’apparente passivité des autocrates de ces deux grandes puissances, la présidente de la République, Émilie Cornelly, tente d’organiser la résistance européenne. Mais même ses soutiens les plus solides donnent l’impression de céder… Alors, quand tout semble perdu, la meilleure défense ne serait-elle pas l’attaque ?édition(s)...
originale, réédition(s), poche
Gallimard / Série NoireMars 2026
bio express...
biographie sommaire de l'auteur
Il s’engage par la suite dans le métier de journaliste, dans un premier temps à L’Expansion avant de s’expatrier au Vietnam entre 2005 et 2006 en tant qu’indépendant. De cette expérience naîtra l’écriture du documentaire Les Fantômes de My Lai, réalisé par Jean Crépu et retraçant le massacre de centaines de civils par les troupes américaines.
De retour en France, il rejoint L’Express et se spécialise petit à petit dans le domaine économique. Il tient parallèlement un blog remarqué, Les Couloirs de Bercy qui débouchera sur l’écriture de Bercy, au Cœur du Pouvoir en 2011, une enquête elle-même adaptée pour la télévision.
Il devient par la suite responsable des informations durant cinq ans sur le site de francetv info avant de revenir en Bretagne comme « pilote du desk numérique » chez Ouest-France. Il poursuit également avec parcimonie la production de documentaires.
Côté écriture, après une première tentative en 2001 avec Léo L’Ivresse, il publie en 2012 chez Rivages La Fille du Hanh-Hoa qui fait partie de la sélection finale pour le Grand Prix de Littérature Policière.
À partir de 2015, il rejoint Gallimard et se spécialise dans les romans qui mettent en scène le monde politique qu’il côtoie et décrypte à travers son métier de journaliste. Suivront Les Initiés (2015), En Pays Conquis (2017), La Meute (2019, Les Arènes) puis Collapsus (2022).
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