Voir Venise...
Lionel Destremau
première édition :
The Melmac Cat - Janvier 2026

un avis personnel...
publié le 16 février 2026
Nous sommes à Venise, à l’époque du carnaval. Dans un palazzo privatisé pour l’occasion va débuter une fête. Les invités, tous vêtus de noir à quelques très rares exceptions, patientent en silence devant une grande porte rouge. Il s’agit d’une réception bourgeoise où les convives, triés sur le volet, vont pouvoir profiter du luxe offert, des escorts et des drogues mises à disposition. Mais c’est aussi une opération promotionnelle pour la mise sur le marché d’une nouvelle molécule d’amphétamine, la Flakka 2, qui promet beaucoup. Et ce qui devait être civilisé de se transformer en orgie, puis en tuerie, après que chacun ait pu généreusement goûter le produit. Il ne restera guère de survivants sous les dorures.
En France, Paul Fichard a remporté le lot de consolation d’un challenge commercial organisé par son entreprise. Un beau cadeau malgré tout puisqu’il s’envole en famille pour Venise, la Sérénissime. La présence de ses beaux-parents n’est pas pour le rassurer, mais il entend bien profiter de son séjour sans trop subir leurs reproches ou ceux de sa femme. Sur place, ils s’installent dans un petit appartement jouxtant un ancien palazzo. Très vite, Paul s’aperçoit d’un dégât des eaux côté sanitaires et, en bon père de famille, mène les premières investigations afin de régler au plus vite cette mauvaise surprise et ne pas gâcher son plaisir.
Ses premières découvertes ne seront guères rassurantes.
Est-ce qu’à peine cent cinquante pages au format poche font un roman ou plutôt une longue nouvelle ? La question peut-être posée et conditionne le format hybride du récit. Ici, pas de développement superflu, il faut aller au plus court, au plus efficace du côté de la construction et des éléments qui la compose. Un choix stratégique. Il n’y aura que deux parties dans ce texte court : … Et mourir pour commencer, … Et courir pour finir. Tout un programme.
La première est sidérante, décrivant en longueur une orgie moderne à la mode vénitienne. La plume de Lionel Destremau se met toute entière au service de l’horreur, avec toute la douceur et la précision dont elle sait faire preuve. Les phrases sont longues et comme figées, froides, ainsi que les masques qui cachent les visages des invités et futures victimes.
La seconde est tout autant étonnante, une touche d’humour en plus. Paul Fichard a tout de l’homme qui se laisse bouffer par son environnement, son boulot, sa femme, ses gosses, ses beaux-parents. Il rêve néanmoins de redresser la barre, et c’est peut-être pour lui l’occasion tant attendue. Même dans ces circonstances pour le moins exceptionnelles.
Lionel Destremau nous livre un conte qui, malgré la densité de son texte (on connaît son attachement aux longues phrases construites méthodiquement et son recours parcimonieux à l’utilisation des dialogues), peut se lire d’une traite. Il faut savoir se laisser bercer par cette mélodie particulière à laquelle on s’adapte sur la longueur.
Voir Venise… et…
Deux parties dissemblables qui sont pourtant intimement liées. Tout en restant parfaitement cohérent, Lionel Destremau joue avec son lecteur, le brinquebalant à travers tout le spectre d’une absolue noirceur, depuis l’horreur d’une bourgeoisie décadente, jusqu’à la lâche amoralité d’un bon père de famille.
Voir Venise… … et se réjouir de ce petit bijou si vite envolé.
vous avez aimé...
quelques pistes à explorer, ou pas...
Je l’ai déjà écrit ici : la plume de Lionel Destremau a une saveur toute particulière, une originalité qui la distingue. N’hésitez pas à en faire la découverte et à juger par vous-même.
les dix premières lignes...
Une sirène retentit sur la lagune et l’onde sonore se propage à la surface des eaux ; deux coups, assez brefs, le premier pour avertir la population, le second pour signaler une marée de 110 cm. Rien d’exceptionnel, en tout cas pas d’acqua alta qui risquerait de mettre en péril une partie de la ville en inondant progressivement places et venelles. Nous sommes début mars, et il est rare que les marées atteignent les mêmes niveaux critiques qu’à l’automne. Cependant il faudra faire attention, certains passages seront plus complexes à négocier dans les rios étroits et plus houleux sur les larges canaux, certains vieux palais mettront en branle un dispositif anti-inondation au niveau des ouvertures les plus proches de la surface.
quatrième de couverture...
Imaginez… Vous êtes une famille de classe moyenne qui a remporté un beau voyage et vous voilà en vacances à Venise pour le carnaval. Vous êtes logés dans un petit appartement agréable à deux pas du grand canal. Que du bonheur… Sauf que, depuis la salle de bains, un liquide suinte, déborde et se répand partout… Un banal dégât des eaux ? Pas du tout…
C’est là que ce court roman bascule dans l’horreur la plus dingue : dans le palais voisin une orgie de drogue et de sexe, bourgeoise et très vénitienne, vire au massacre. Et le lecteur est pris dans une incroyable spirale entre folie et appât du gain…
bio express...
Lionel DestremauPiochée sur le site de l’éditeur (La Manufacture de Livres) :
Né en 1970 à Bordeaux, Lionel Destremau y a vécu quelques années, persuadé qu’à sa majorité il partirait à l’aventure en Italie. La tardive obtention d’un diplôme en décida autrement, mit à mal ses rêves italiens, lui fit quitter le Sud Ouest pour Paris, afin d’y poursuivre des études de lettres (se spécialisant dans la poésie française et américaine contemporaines) puis, journaliste contrarié, finit par entrer dans l’édition où il passa une quinzaine d’années.
Le hasard voulut qu’il retourne vivre d’où il venait, la région bordelaise où il dirige désormais un salon des livres de poche.
Dans les années 2000, il a publié plusieurs ouvrages de poésie et un récit, s’est consacré à la co-fondation d’une revue de critique littéraire, puis d’une petite maison d’édition indépendante (Prétexte) avec son compère Jean-Christophe Millois, et à sa famille.
Près de vingt ans s’écoulèrent pendant lesquels il ne fit plus paraître que des articles critiques sur la poésie ou le roman noir, laissant l’écriture de création dormir au fond d’un tiroir. Après quelques péripéties éditoriales, son premier roman, Gueules d’Ombre, y était resté enfoui, avant d’en être extrait sous l’impulsion du temps, d’une vie nouvelle et le retour, peut-être, d’une écriture jusque-là laissée au silence.
édition(s)...
du même auteur...
bibliographie non exhaustive... seuls sont affichés les ouvrages chroniqués sur le site.


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