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Frédéric Andréi

Riches à en Mourir

Couverture

Première édition : Albin Michel - Août 2014

Tags : Roman noir Polar politique Comédie Complot Quidam Humoristique San Francisco Années 2010 Plus de 400 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le 20 janvier 2026

Nicholas Dennac est un des habitants de la dernière communauté hippie de la baie de San Francisco, la Waldo Coop. Il est arrivé là avec ses parents en 1964. Dans sa masure flottante délabrée, il surveille l’arrivée du « big one », traumatisé par un précédent tremblement de terre duquel il a réchappé, il ne quitte que rarement son logis de fortune, sauf pour exercer son métier de charpentier dans les riches propriétés voisines, après avoir longtemps embrassé la carrière de journaliste d’investigation.
Pour l’heure, il construit la « cabanne » de Mme Wards, la dernière et jeune épouse du magnat de l’acier, reconverti en viticulteur de luxe. Sur le chantier, une agitation particulière vient troubler son travail. Plusieurs membres du FBI, particulièrement suspicieux, sont présents sur place, sans qu’il lui soit donné la moindre explication.

Milton Simgran est une légende de l’agence fédérale, aujourd’hui au bord de la retraite. Il a fait carrière en testant sur lui-même tous les hallucinogènes du marché au milieu des années 60, devenant ainsi la référence absolue en la matière. Il est chargé de surveiller Nicholas, mais sa mission se termine bientôt en beuverie chez son principal « client » avec qui il se découvre un passé « commun » : Milton aurait été l’amant de la mère de Dennac.
Le lendemain, la tête dans le cul, Nicholas reçoit à nouveau la visite des agents du gouvernement. Tom Wards a été assassiné, dans des circonstances mystérieuses : on aurait provoqué chez lui une sorte de crise cardiaque.
Dès lors, chez les milliardaires, c’est l’hécatombe…

Frédéric Andréi prend son temps pour développer son intrigue. Il en profite pour installer une ambiance à l’humour diffus qui frise avec le déjanté. Ne cherchez pas ici le réalisme le plus absolu, mais plutôt la fable allégorique. Dans le viseur : les plus fortunés de tous. Et dans leurs yeux : la peur. La très grosse peur. Au milieu, les descendants directs du « flower power » californien.

L’idée des assassins est simple : une sorte de taxe Zucman avant l’heure, mais à hauteur de 50 %. En cas de refus du milliardaire : la mort. On ne peut faire moins radical.

Faire chanter les puissants, les riches, pour qu’ils payent l’impôt révolutionnaire et les tuer s’ils refusent d’obéir. Il n’y a rien de nouveau ! C’est le concept révolutionnaire le plus basique et le plus ancien ! C’est vieux comme le monde, depuis qu’il y a des riches, il y a des pauvres qui veulent devenir riches ! Et dans ce but, le concept qui consiste à éliminer physiquement les riches reste quand même la méthode la plus simple, la plus expéditive et la plus efficace.

Je ne sais pas si Frédéric Andréi fume la même weed que ses personnages (avec modération bien sûr), mais assurément c’est de la bonne came. En tout cas, il fait montre dans son entame d’une imagination débordante. Pour autant, l’ensemble branlant ne s’effondre pas sous les délires et malgré les envolées parfois hilarantes (une scène où l’énorme Miltan se retrouve coincé dans un couloir trop étroit vaut à elle seule le détour…) l’équilibre est maintenu malgré le côté décousu du scénario qui semble partir dans tous les sens, donnant parfois un sentiment de confusion. Il faut rester bien accroché à son siège et maintenir sa vigilance à flot au risque de se perdre dans les spirales dégoupillantes de l’auteur.
Mais de fait, le désordre n’est que de façade. La mécanique qui s’y cache est précise.

Frédéric Andréi nous rappelle que les plus riches des citoyens du monde le sont de manière très exagérée et que c’était déjà le cas il y a dix ans lorsqu’il écrivait son roman, et même bien avant lorsque des groupes révolutionnaires des années soixante émettaient l’idée de s’en prendre à ces richesses. Et s’il aborde le sujet sur le mode de la comédie déjantée, il n’en reste pas moins sérieux dans son approche.

Mais Riches à en Mourir est aussi un roman des illusions perdues qui confronte les idéalistes des sixties et seventies à ce qu’ils sont devenus, pour certains, quarante ans plus tard, et à ce qu’il reste de leurs idées novatrices une fois qu’ils ont « grandi ».

L’ensemble a un côté déroutant, un peu foutraque. De même, le style de l’auteur peut déconcerter, voire déranger tant il use abondamment d’un amoncellement d’adjectifs qui alourdit chaque description. On finit par s’y faire, ou peut-être la chose se calme lorsqu’on avance. Au bout d’un moment, je n’y ai plus fait attention, pris par ce récit qui, au fond, se révèle beaucoup plus réfléchi qu’il n’y paraît de prime abord. C’est souvent le cas avec les bonnes comédies.

— Et tu fais quoi maintenant ?
— Rien. Enfin, on m’a proposé un boulot de jardinier.
— Jardinier !
— Oui, j’ai toujours adoré ça, planter des fleurs, composer un jardin, mais j’hésite encore… En ce moment, le matin, je vais me promener le long de l’océan et l’après-midi, je m’assieds face à la mer.
— Et c’est quoi la différence ?
— La différence, c’est que je pense mieux en marchant mais d’un autre côté, en restant assis sur mon banc, c’est plus facile pour se gratter les couilles.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Le couple Nicholas Dennac/Tina Wards revient en force dans le second roman de Frédéric Andréi, Bad Land (2016). On en reparlera sûrement.
Dans le genre comédie noire frisant avec le déjanté, vous pourrez trouver votre bonheur du côté de Sébastien Gendron qui s’en est fait une spécialité. Ou pourquoi pas, côté américain, avec James Crumley.

les dix premières lignes...

Sausalito, Californie, le jeudi 23 mai
La minuscule maison flottante était bercée par le crachotement lointain d’une enceinte qui diffusait un blues d’une rareté abyssale. C’était un petit espace qui faisait office de pièce à vivre, un ensemble salon-salle à manger-cuisine où les années avaient déposé les strates d’une improbable décoration accumulative composant ainsi un agréable intérieur rustique. Trois meubles cohabitaient là depuis quelques décennies dans une indifférence totale. Il y avait une table maintes fois repeinte et deux fauteuils dépareillés qui avaient pudiquement caché leur sénilité sous de lourds tissus défraîchis. Sur les murs où s’écaillaient de multiples couches de teintes variées, des étagères naguère d’équerre regorgeaient d’objets obsolètes dont l’usage avait dû être courant dans un quotidien désormais trépassé.
L’unique bow-window d’échelle réduite laissait entrevoir à travers le gras jauni de ses vitres des pontons de bois abîmés et plantés dans un marais vaseux, sur une eau entre deux eaux. D’étranges habitations flottantes mi-bateaux mi-maisons semblaient échouées dans le voisinage proche.

quatrième de couverture...

Tous les vendredis, la mort frappe.
Jamais au hasard.
Seulement les riches…

Un terroriste sans visage s’attaque aux nantis là où ça leur fait le plus mal. Au portefeuille. S’ils ne veulent pas mourir, une seule alternative leur est offerte : donner une partie de leur fortune aux plus nécessiteux. La menace est réelle. Pour les douze millions de riches de la planète, le compte à rebours a commencé…

Un thriller féroce, ambitieux, parfaitement maîtrisé, qui impose d’emblée l’univers romanesque original et déjanté de Frédéric Andréi.

bio express...

Frédéric Andréi Frédéric AndréiFils d’un réalisateur de télévision, né en 1959 à Paris, Frédéric Andréi se dirige tout naturellement, à l’aube de ses vingt ans vers la carrière d’acteur. Il fait ses premiers pas sous la direction d’Yves Boisset, de Michel Deville, ou de son propre père Yannick Andréi, mais c’est en 1981 qu’il touche à la célébrité en obtenant le rôle de Jules, le jeune facteur fasciné par la cantatrice dans le premier long métrage de Jean-Jacques Beinex, Diva.
Mais la sauce ne prend pas vraiment, ni au cinéma, ni à la télévision, ni au théâtre. Frédéric Andréi prend alors position derrière la caméra et peaufine sa réalisation avec des courts métrages avant de proposer son premier film en 1986, Paris Minuit, dont il signe également le scénario.
Suivront quinze années durant lesquelles il réalisera environ 150 documentaires pour la télévision française.

Sans jamais abandonner complètement le cinéma, devant ou derrière la caméra, il se lance dans l’écriture en 2014 avec un thriller passablement déjanté, Riches à en Mourir dont les personnages feront l’objet d’un second épisode en 2016, Bad Land, qui fera partie de la sélection pour le Grand Prix de littérature policière.
Sans être un écrivain prolifique, il revient en 2020 avec L’Histoire de la Reine des Putes, toujours chez Albin Michel, puis en 2025 avec L’Homme Assis au Carrefour de Chabottes, cette fois à la Manufacture de Livres.

édition(s)...

Albin Michel - Août 2014 Albin Michel
Août 2014

du même auteur...

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L'Homme Assis au Carrefour de ChabottesL'Homme Assis au Carrefour de Chabottes
2025

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