Editions du Rouergue - Septembre 2025
Tags : Roman noir Flic Littéraire France Années 2020 Entre 250 et 400 pages
Publié le : 31 décembre 2025
Nora Kodjo, jeune femme noire fervente chrétienne, très fervente, limite trop, est aussi policière, du côté de Gennevilliers. En compagnie de William Gaast, son nouveau collègue, et de Djabri, un ancien au bord de la retraite, elle arpente les allées du port autonome, une véritable ruche qui alimente la capitale de toutes les denrées qui lui sont nécessaires, ou pas.
Nora, qu’on surnomme Mère Teresa au commissariat, passe son temps entre les contrôles de SDF, les fumeurs de joints et les violences conjugales, et partout, elle tente de prêcher la bonne parole, mais elle se désole d’être cantonnée aux patrouilles et rêve d’enquête. Lorsque son équipe tombe sur un container immergé qui, une fois sorti des eaux glauques du port, révèle les cadavres de plusieurs femmes noires et d’une fillette, elle entend bien, malgré les réticences de son supérieur, mener ses propres investigations.
L’organisation des Jeux olympiques à Paris en 2024 a donné lieu à un grand « nettoyage » de la capitale, les autorités souhaitant offrir au monde éberlué le plus beau des spectacles, débarrassé de ses « scories ». Ainsi, des myriades de SDF ont-ils été priées ardemment de s’installer ailleurs et, pourquoi pas, de goûter les joies de la province aux frais du contribuable. Il en fut de même pour les prostituées, repoussées en dehors des limites de la ville.
Olivier Ciechelski s’empare de cette situation et plante le décor de son second roman dans cette boucle de la Seine, autrefois grenier maraîcher de la capitale avant de devenir terre de bidonvilles, là où se situe le port de Gennevilliers. L’ambiance décrite y est lourde, poisseuse, urbaine, éclairée au sodium, propice aux trafics, de marchandises comme de chair humaine, à l’abri des regards.
Nora, portée par une foi chevillée au corps, va se trouver confrontée à ce monde interlope de la prostitution qui puise sa main-d’œuvre en Afrique.
Olivier Ciechelski explore les âmes de ses personnages, il les décortique, les expose sous une lumière à la fois crue et bienveillante, sans jugement. Si l’un des sujets du roman concerne les réseaux de prostitution, son originalité tient à la profondeur psychologique, voire mystique, des acteurs de cette tragédie.
L’auteur y sonde le besoin absolu de croire, de s’en remettre à quelque chose de plus grand que soi qui donnerait un sens à nos existences.
Nora vit confrontée au Mal, qu’elle croise dans son quotidien. Sa foi chrétienne trop « policée » ne répond plus aux agressions qu’elle constate ou subit et son besoin absolu de « réaction » la pousse vers plus d’intransigeance, faisant ressurgir de ses racines africaines des croyances plus puissantes qui la submergent.
Porté par un style flamboyant, Olivier Ciechelski mêle à son roman noir — dont il ne perdra jamais le fil — une réflexion profonde sur le besoin de croyance de l’humanité, sur les signes, les fameux « prodiges », que chacun interprète à sa manière pour trouver, qui l’amour, qui des raisons d’agir ou, plus simplement, de vivre.
Elle ne faisait que ça, regarder autour d’elle, guetter le moindre indice, scruter la ville comme pour y chercher la clé d’un code. Et tout ce qu’elle voyait, c’était des êtres perdus dans un monde qu’ils ne comprenaient pas, qui ne les comprenait pas et qui les dévorait avec une lenteur terrible, quand ils ne se dévoraient pas entre eux comme des bêtes aveugles et terrifiées. Mais elle ne dit rien de tout cela. Le prêtre avait sans doute une réponse toute prête. Alors elle dit simplement qu’elle voulait changer les choses.
Le Livre des Prodiges n’est pas un roman divertissant, mais il brûle d’intelligence et, tout en gardant les pieds sur terre, vous entraîne la tête dans les étoiles.
Quelques pistes à explorer, ou pas...
Olivier Ciechelski confirme avec ce second roman son positionnement atypique dans la sphère du roman noir français. Un auteur à découvrir, pour son originalité et son style.
Les dix premières lignes...
La poussière retombait au ralenti sur la surface du fleuve. Americo da Silva regarda sa montre. Dans deux minutes il pourrait s’approcher du cratère sans être incommodé par les émanations du monoxyde de carbone. Il ne voyait pas grand-chose dans le nuage calcaire qui ternissait peu à peu la carrosserie jaune de l’excavatrice. Il lui semblait que son corps résonnait encore de l’explosion qui avait secoué la roche en profondeur. Il était curieux de voir de près ce calcaire d’assez bonne qualité qui avait dû se former à l’éocène supérieur, à l’époque où les premiers mammifères apparaissaient sur Terre. Une fois concassé, on en ferait des autoroutes et des parkings.
Il jeta un nouveau coup d’œil à sa montre et le talkie s’alluma, crachotant les instructions du chef de carrière. Americo démarra l’engin et mit le cap sur le trou qui s’était ouvert à trois cents mètres de là sous l’effet des vingt-quatre charges de nitrate d’ammonium enfouies profondément dans le sous-sol.
Quatrième de couverture...
Nora a été reçue première au concours d’officier de police judiciaire. Pourtant, un an plus tard, elle est toujours simple patrouilleuse. D’ailleurs, au commissariat, elle n’est ni comprise ni acceptée. Et certains de ses collègues n’hésitent pas à chahuter les convictions de cette croyante fervente.
Une nuit, alors qu’elle fait une ronde avec deux collègues, le vieux Djabri qui a grandi ici même, sur la presqu’île de Gennevilliers, dans les bidonvilles dont les zones portuaires ont écrasé la mémoire, et William, timide sous-brigadier tout juste arrivé de sa province, l’équipage découvre les victimes de ce qui est peut-être un accident, plus sûrement un crime.
Convaincue que cette affaire est la sienne, Nora s’affranchit de l’autorité de ses chefs pour mener sa propre enquête, hors de tout cadre légal mais galvanisée par une nécessité qui la dépasse.
Dans ce roman hypnotique, Olivier Ciechelski met en scène les habitants qui, aux marges des villes, mènent des existences dangereuses et secrètes, approchant des puissances insoupçonnées, déchaînant parfois des forces qui tiennent du prodige.
Sa trombine... et sa bio en lien...
Informations au survol de l'image...