Le Pire des Crimes

Michèle Pedinielli

La Manufacture de Livres - Novembre 2025

Tags :  France Années 2010 Moins de 250 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 30 novembre 2025

L’affaire Mannechez, un fait divers qui a défrayé la chronique en 2014, lorsqu’il est survenu. Un féminicide comme un autre pourrait-on penser, mais on serait loin du compte. La particularité macabre de celui-ci est que l’assassin est le propre père de la victime, mais aussi son concubin et le père de son enfant.
Michèle Pedinielli retrace pas à pas l’histoire de cette famille dysfonctionnelle, depuis l’enfance du père jusqu’au drame et ses suites judiciaires. Une horreur.

Eugénisme, idolâtrie de l’aînée, les autres enfants humiliés, battus, torturés même, dans un contexte d’isolement : une grande villa correspondant à la réussite sociale de Mannechez père. Et bien sûr, il abuse de ses filles, depuis qu’elles ont une dizaine d’années, dans le silence absolu qu’il impose par la violence.

En 2002, Betty, la cadette qu’on surnomme « la grosse », voire « la pute », s’enfuit et trouve refuge chez une amie de sa mère avant de finir par porter plainte auprès de la gendarmerie. Elle est écoutée, entendue, crue, mais malgré la garde à vue du père, le placement de la mère en foyer et des enfants en famille d’accueil, le drame continue. Virginie, l’aînée, alors majeure, est déjà enceinte de son père et accouche durant la procédure. Lorsque les deux sœurs se retrouvent, manipulée par leur géniteur, l’aînée demande à la benjamine de se rétracter. Elle veut son fils, qui a été placé par les services sociaux, auprès d’elle.
Défendu entre autres par l’avocat Éric Dupont-Moretti qui inventera pour l’occasion le concept d’inceste heureux et consenti, Mannechez est finalement libéré fin 2003. La vie de « famille » peut reprendre son cours, vers le drame inévitable.

Paru dans la collection Vrai Crime, dirigée par Serge Quadruppani pour La Manufacture de Livres, Le Pire des Crimes s’apparente à un travail journalistique, l’auteure s’effaçant devant l’impitoyable empilement des faits.
Une affaire qui interroge profondément notre système judiciaire, puisqu’il aura fallu attendre un double homicide pour interrompre enfin cette ignominie, malgré les plaintes, les procès, les accusations, et regarder en face ce que personne n’avait voulu voir.

L’histoire est effroyable. Reste que pour celles et ceux qui suivent assidûment ce genre de faits divers, ils n’apprendront rien de nouveau sur l’affaire, Michèle Pedinielli reprenant les travaux de journalistes s’étant déjà penchés sur le sujet, ou s’appuyant sur le témoignage de Betty, la sœur survivante, qui a écrit un livre sur le sujet.
La réalité dépasse souvent la fiction, et c’est sans doute pourquoi la litanie des faits divers surmédiatisés fascine-t-elle à ce point. L’affaire Mannechez fait partie du lot, dramatique, incroyable, bouleversante, révoltante. Au final, je crois bien que je préfère la fiction.

La plupart des écrivaines et écrivains de roman noir peuvent en témoigner : lorsque notre fiction s’appuie sur du réel, nous avons tendance à baisser l’intensité de notre écriture d’un ton, à l’atténuer d’un cran. Car la réalité est souvent si incroyablement dure qu’en la jetant telle quelle sur nos pages, nous serions soupçonnés d’exagérer, d’en faire « trop ». Ce serait trop cruel, trop incroyable, trop inhumain. L’affaire Mannechez, c’est exactement ça : une histoire qui dépasse l’entendement, qui va au-delà de ce que l’on croit pouvoir supporter. Une histoire difficile à écrire. Qu’aucun filtre ne rend supportable.


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Quelques pistes à explorer, ou pas...

Je ne suis pas particulièrement un adepte des true crime, et pas vraiment un bon client pour ce type d’ouvrages. Mes quelques expériences récentes en la matière se limitent au Magali (2024), de Caryl Férey (à la limite du genre), ou à Jax Miller avec Les Lumières de l’Aube (2020).

Le début...

Les dix premières lignes...

Mardi 7 octobre 2014, 18 h 50, Denis Manne­chez pénètre dans le garage Tenzo Autos de la zone industrielle du Mont-de-Magny, à Gisors, dans l’Eure.
Il est venu pour Virginie Mannechez qui l’a fui.
Il l’a traquée pendant quatre semaines et l’a finalement localisée.
Lorsque Frédéric Piard, le patron du garage, s’avance vers lui, Denis sort un browning 6.35 et le tue quasiment à bout portant. Dans la seconde qui suit, il est sur Virginie, assise dans l’habitacle d’une dépanneuse, et l’exécute de deux balles dont l’une dans la tempe gauche. Il retourne alors son arme contre lui et se tire une dernière balle dans la tête.
Au premier étage, Quentin, douze ans, a tout entendu.

Un féminicide terrible, terriblement banal.
Non.
Non, pas seulement.
Virginie Mannechez est la fille de Denis Mannechez.
Quentin est leur enfant.
Denis Mannechez est à la fois le père et le grand-père de cet enfant.


La fin...

Quatrième de couverture...

Le 7 octobre 2014, Denis Mannechez abat de deux balles Virginie Mannechez, avant de tenter de se suicider d’un coup de fusil en pleine tête. Leur fils Quentin assiste à la scène. Mais ce drame dépasse l’horreur d’un féminicide : Virginie est la fille de Denis Mannechez.

À travers ce fait divers, Michèle Pedinielli interroge ce qu’il y a de plus inacceptable : l’inceste ou « le pire des crimes » au sein d’une famille, infligé pendant des années par une figure paternelle abusive et violente.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Michèle Pedinielli










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