Romain Potocki

Le Jardin dans le Ciel

Couverture

Première édition : Albin Michel - Mars 2025

Tags : Polar social Polar urbain Flic Quidam Populaire Argotique MarseilleAnnées 2020Plus de 400 pages

Couverture

un avis personnel...

Publié le : 20 novembre 2025

Dix-sept ans, c’est l’âge de Robert, petit rebeu de banlieue au milieu des cités HLM, des tours grises et moches, mais qui, en dehors de ses horaires de dealer, trouve un peu d’air pur et d’horizon sur le toit de son immeuble. Demba, le gardien malien qui a le vertige, lui en a confié la clef en échange d’un minimum de surveillance. Là-haut, le gamin voudrait bien organiser son petit business, mais dans la cité rien ne peut se faire sans l’assentiment de Jo le Gitan, le boss à la gueule tatouée. L’idée, c’est d’y faire pousser des fleurs sur le toit. La transmettre au caïd du quartier, surtout quand on est bègue, c’est une autre histoire, mais le jeune garçon, motivé, parvient contre toute attente à ses fins ; El Ghaïb (le Gitan) n’ayant qu’une exigence : qu’il offre chaque jour au moins un bouquet au voisinage.
C’est pour sa mère malade que Tistou — il vient d’être rebaptisé ainsi par le Gitan — veut investir la terrasse, et pas seulement pour les fleurs. Au milieu, il y aura aussi de la weed, plus rentable. Mais ça, il ne pouvait pas l’avouer au boss…
Et puis il y a Sophie et sa librairie, qui l’initie à la lecture, jusqu’alors rebutante. Une révélation, avant un brusque retour sur terre…

Est-ce que Le Jardin dans le Ciel est un polar ? Sans doute pas, peut-être à peine à la marge du genre. Un roman noir ? Pas vraiment. Un roman social ? Il en a en tout cas certains aspects. Mais est-ce que c’est un bon bouquin ? Oui, assurément.

Romain Potocki, qui avoue avoir mis de nombreuses années à accoucher son récit, nous propose une parenthèse enchantée qui respire le positivisme. Sans jamais traverser les frontières du pays des Bisounours, il nous offre une bonne dose d’espérance, mariant l’enthousiasme de Daniel Pennac et l’attachement à la banlieue de Daniel Picouly.
Comme Pennac, et bien épaulé par le personnage magnifique de Sophie la libraire, il ressuscite le pur plaisir de lecture, sa jouissance infinie, toujours renouvelée. Comme Picouly, il inscrit son récit dans une banlieue. La sienne est indéterminée — même si elle fait beaucoup penser à certains quartiers de Marseille, pourtant jamais nommée — au cœur de laquelle se débat un jeune homme qui tente comme il peut de passer entre les mailles du filet du déterminisme social.

Depuis aussi loin que j’me souviens — et avec mon prénom de merde qu’arrangeait rien — tout l’monde m’a maté avec les yeux d’ma mère : de haut, comme un gros cassos.
J’ai poussé en territoire ennemi. En mode légitime défense. Contre les autres ? Ouais, si vous voulez — mais est-ce que j’avais le choix ?

Le Jardin dans le Ciel, ce sont des histoires de rencontres magistrales et initiatiques, physiques avec Moustache le jardinier, l’Ancien, Sixtine, Moby Dick, Yves le SDF, ou intellectuelles avec les livres que découvre Tistou grâce à tous ceux-là.
Hymne à la littérature qui prend la forme d’un conte moderne, le récit est porté par le style enlevé de son auteur et la gouaille de ses personnages, leur langue particulièrement vivante.

– Ils disent que tu « suces les bourges » — excuse-moi pour les mots, mais c’est comme ça que en bas, ils disent. Tu sais qui, non ? Et aussi que tes livres, là, c’est « de la grosse merde », qu’ils parlent pas de nous. Que c’est pas pour nous. Ils disent que les livres, c’est pour ceux qui vont à l’école, ceux qui nous enferment, ceux qui nous méprisent, ceux qui nous voient pas.
J’ai ouvert la bouche devant son poème surréaliste et son avalanche de mots, et puis aussi un peu pour répondre. Mais Demba a levé la main. Il avait pas fini :
— Ils disent que… que… que t’es avec eux, maintenant. Avec les autres. Que t’as plus rien à faire ici. Que t’as oublié d’où tu viens.

Romain Potocki a parcouru le monde, l’œil vissé derrière l’objectif de son appareil photo, mais toujours attentif à ceux qu’il avait dans son viseur. Il poursuit et prolonge cette aventure sous une forme complémentaire, en bon « raconteur d’histoire », ainsi qu’il se définit lui-même.
Un roman bienvenu pour se remonter le moral.



vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Désolé, pas de réelle idée à vous confier pour prolonger cette lecture, sinon peut-être un petit tour chez Daniel Pennac, cet éternel amoureux des livres.
Et puis il y a suffisamment de propositions chez Romain Potocki pour que j'y ajoute les miennes.

les dix premières lignes...

La librairie était fermée.
Pas fermée « tant que le ciel sera aussi gris », « pour cause de bon bouquin » ou « parce que la mer me manquait », comme le clamaient parfois les pancartes de Sophie.
Non, fermée tout court.
Avec des planches qui barraient l’entrée. De la peinture sale sur les vitrines vides. Et aucune pancarte absurde pour faire passer la pilule.
Il boutonna le col de sa lourde veste de marin — jamais facile avec un doigt en moins — sans réussir à chasser le frisson sur son dos.
Tant d’années qu’il n’a pas dormi dans son ancienne ville. Il a pensé ne pas débarquer, d’ailleurs. Mais une mauvaise nuit l’a jeté à quai, en route pour la librairie comme il l’aurait fait autrefois : dès le réveil, et tant pis s’il faut sonner longtemps, on comprendra.
Et on ouvrira.
Les reproches lui montèrent à la gueule, inarrêtables : « Qu’est-ce que tu croyais ? Qu’on t’attendrait, tout ce temps ? Qu’il te suffirait de pousser la porte, désolé pour l’absence et à la vie à la mort comme avant ? »

quatrième de couverture...

Tistou a 17 ans, il vit seul avec sa mère, gravement malade, dans une banlieue abandonnée aux hommes de main du gitan El Ghaïb. Le jeune garçon n’est pas seulement pauvre et régulièrement humilié, il est aussi bègue.
Un jour Demba, le gardien malien de son immeuble, va lui offrir la clef de sa liberté en lui confiant celles du toit de son immeuble. Afin de faire soigner décemment sa mère, Tistou se lance dans un trafic de fleurs qu’il cultive sur le toit-terrasse de sa tour. De là, il surplombe sa cité et peut même apercevoir la mer…
Les fleurs ne serviront d’abord qu’à cacher l’odeur du haschich qu’il va régulièrement vendre au port, au nez et à la barbe du gitan, mais Tistou est de plus en plus fasciné par les crocus d’automne, la bruyère et les roses chantilly.
La rencontre avec Moustache, un jardinier au grand cœur, ancien de la Légion étrangère et Sophie, une libraire iconoclaste, va lui permettre de dépasser peu à peu son handicap et peut-être même le déterminisme social. De boutures en lectures, l’horizon de Tistou s’élargit, mais El Ghaïb entend bien garder la main. S’engage alors une course contre la montre dont le prix pourrait bien être la vie du garçon… ou sa liberté.

bio express...

Romain Potocki Romain PotockiRomain Potocki est un homme relativement discret sur sa biographie.
Ne cherchez pas son âge, sa date de naissance ou l’endroit où il est né, ce serait peine perdue. À peine sait-on qu’il partage sa vie entre Montreuil et l’Afrique, se définissant lui-même comme un homme itinérant.
C’est d’ailleurs le titre de son premier ouvrage, publié en 2013, qui confie à la page blanche les confidences et réflexions d’un homme en voyage à travers le monde à la rencontre de l’autre.

Romain Potocki exerce en tant que photographe, documentariste et reporter, notamment pour France Télévisions. Il a par exemple collaboré avec Mélissa Theuriau pour l’écriture et la réalisation du documentaire Un Pas après l’Autre en 2016.
En 2025, il publie son premier roman, Le Jardin dans le Ciel, longuement mûri lors de ses pérégrinations.

édition(s)...

Albin Michel - Mars 2025 Albin Michel
Mars 2025