La Politique du Tumulte

François Medeline

La Manufacture de Livres - Septembre 2012

Tags :  Polar politique Flic Quidam Lyon Années 1990 Entre 250 et 400 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 10 mai 2013

J'ai longtemps entendu parler de ce roman avant d'en tourner les pages — plutôt en bien — mais sans jamais vraiment approfondir ma recherche puisqu'il me semblait qu'il me tomberait un jour sous le coude (je n'ai pas pour habitude de me renseigner beaucoup sur les ouvrages que je souhaite lire un jour). Et puis il y a eu le festival Mauves en Noir, version 2013, durant lequel j'ai pu croiser rapidement son auteur et l'écouter, un peu plus longuement, évoquer son livre alors qu'il était mis en garde à vue par Jeanne Guyon (des éditions Rivages). Résultat : je suis rentré au bercail avec un exemplaire de La Politique du Tumulte. Mission accomplie.

Depuis, j'ai croisé la route de Manu Morbac — Emmanuel Breton —, petit mac lyonnais, du côté de Perrache, violent, qui drive quelques filles en les approvisionnant en substances illicites, parfois à trop fortes doses. J'ai fait la connaissance de Patrick Secondi, un ex-parachutiste ayant servi en Algérie à l'heure de la torture, recruté par la suite par les RG, et gravitant depuis dans les coulisses du pouvoir jusqu'à en devenir un rouage incontournable. J'ai rencontré Léa Bruni, jeune journaliste stagiaire venant de se faire virer par son rédac' chef du Progès pour n'avoir pas voulu satisfaire ses exigences sexuelles, qui est à la recherche de l'histoire de sa mère, tragiquement fauchée par une voiture en 1973 alors qu'elle-même n'était qu'une fillette de six ans.
Ceux-là sont les trois axes autour desquels s'articule l'intrigue complexe imaginée par François Médéline, auxquels viendront bientôt s'ajouter, en quantité, d'autres personnages, plus ou moins secondaires, qu'il faudra apprendre à connaître, à reconnaître, et à resituer dans une construction aux larges méandres.

Nous sommes fin 1993, à Lyon, et tandis qu'au niveau national les élections présidentielles se profilent à l'horizon et que les stratégies s'affinent, un scandale sexuel mettant en cause le député Xavier Maisonneuve — le fils du président du Sénat, rien de moins — est sur le point d'exploser et donc, d'être exploité par certains.
Ainsi retrouve-t-on sur place Secondi la barbouze, l'homme de l'ombre, en train de tenter de manipuler — son activité favorite — un juge d'instruction, entre autres. Ainsi retrouve-t-on Manu, dont les filles sont plus ou moins mêlées au scandale, tenter de faire disparaître certains témoins gênants pour son patron, Vincente Di Canio, parrain de la pègre locale qui organisait les parties fines du député. Ce même Di Canio, que Léa va bientôt identifier comme l'homme qui a recueilli sa mère lorsqu'elle a quitté son Italie natale et l'a hébergée quelques temps…

L'affaire se met en place lentement, sur une centaine de pages, pour que les connexions se fassent, chacun portant tour à tour la charge du récit. Et si les personnages croisés sont nombreux, les digressions sont multiples, ne laissant aucun répit au lecteur, le contraignant même à une attention de tous les instants. Cependant, si la mise en place est longue, c'est que l'intrigue est complexe — parfois peut-être un peu trop — ce qui n'empêche pas le récit de garder son rythme soutenu. François Médéline a un style d'écriture qui sait garder le lecteur en éveil ; un style un peu brutal, frontal, direct, qui se frotte aux réalités décrites.
Sans révéler la suite de l'intrigue, sachez que Léa et Manu vont se retrouver dans la seconde partie sur le même bateau, et ces deux-là, que tout oppose mais réunis dans la fuite, construire quelque chose qui ressemble à une histoire d'amour.

François Médéline jongle adroitement avec les lieux et les époques. Il imagine des développements inattendus à des faits divers bien réels, ancrés dans la mémoire collective — l'affaire du pull-over rouge de Christian Ranucci, notamment — ou plus fictifs comme cette histoire de notables lyonnais accro à la partouze qui tourne mal.
Là où le bât blesse et qu'il y a tromperie sur la marchandise, c'est lorsque La Politique du Tumulte est présenté comme un roman noir et politique. Balladur et Chirac se font la guerre, Mitterrand pousse encore ses derniers pions à l'époque et si Secondi est bien au cœur de ce pouvoir de l'ombre, il n'en demeure pas moins qu'il ne s'agit-là que d'un décor qui n'apportent rien aux aventures de Léa ou de Manu, de même qu'il ne nous apprend rien qu'on ne sache déjà sur les dessous, guère affriolants, de la cuisine politique.

En interview, François Médéline (qui lui-même navigue aujourd'hui en politique) se dit fasciné par cette période pré-électorale et la lutte fratricide qu'allaient engager deux amis de trente ans. Il n'a, à mon sens, pas su faire passer cette fascination dans son récit, rendant ce qui semblait être son principal sujet trop lointain, trop flou.
Restent un trio de personnages bien campés auxquels on finit par s'attacher, une intrigue complexe et une construction sophistiquée, un style aussi.
Une lecture agréable et exigeante à la fois. Et aussi une petite déception…


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Dans le genre politique et élection présidentielle, lisez ou relisez le French Tabloïds de Jean-Hugues Oppel.

Le début...

Les dix premières lignes...

4 novembre 1978 – L'Île Rousse
Pat buvait un Casa, perché en haut d'un tabouret en bois, dans le bar de son cousin Francky Savelli, les Savelli de Corbara. À l'autre bout du comptoir, Serge Luciole Fazzini et Antoine le Braise Leschi relataient à Francky leur virée de la veille chez Fanfan, à Bastia.
Pat ne leva pas le nez de Corse-Matin. Il retrancha le pourcentage adéquat d'affabulations présumées et conclut que ses amis d'enfance s'étaient au mieux levés une grosse à deux, ce qui n'avait rien de surprenant pour deux larbins à Pandolfi, l'homme qui contrôlait une bonne partie de l'île depuis qu'il avait fait descendre ses plus sérieux rivaux et jusqu'à ce qu'un autre petit caporal ait la même idée que lui (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

1993. Édouard Balladur est à Matignon et s'apprête à voler le Présidence de la République à son ami de trente ans. À l'Élysée, François Mitterrand peaufine sa légende. Xavier Maisonneuve, député-maire d'Oullins et fils du président du Sénat, souffre de son comportement sexuel compulsif. Manu le Morbac injecte une dose mortelle d'héroïne à une de ses putes de Perrache. Secondi et ses hommes de la DST surveillent un juge d'instruction. Vincent Di Canio, le voyou lyonnais, gère ses machines à sous. Léa est en train de tomber amoureuse d'un sale mec. Et ce n'est pas le moment.

La Politique du Tumulte est un roman noir épique, une extrapolation mensongère basée sur la paranoïa du pouvoir nous entraînant à la croisée des destins d'un homme de main de la pègre, d'un bookmaker de la république et d'une journaliste. Les innocents sont broyés par un océan de rage. Dans les reflux du tumulte flotte comme un songe, notre horizon rédempteur. En mêlant fiction et faits divers ancrés dans la mémoire collective, ce roman noir historique et politique, nous parle de la France des quarante dernières années.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

François Medeline










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Réédition

Du même auteur...

Bibliographie non exhaustive... Seuls sont indiqués ici les ouvrages chroniqués sur le site.

La Résistance des Marériaux