Epluchures à la Lilloise

Sandrine Rousseau

Ravet-Anceau - Septembre 2007

Tags :  Roman d'enquête Comédie Flic France Années 2000 Humoristique Entre 250 et 400 pages


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Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 15 octobre 2007

Recommandé Sébastien Fromentin était sûrement un tombeur pour qu'autant de blondes trentenaires assistent à son enterrement. Soixante-sept !.. L'inspecteur Penan les a comptées, lui qui, fraîchement promu, a été chargé de cette enquête. Il faut préciser que Sébastien a été retrouvé avec deux couteaux plantés dans le buffet — un devant, un derrière — et légèrement "écorché". Il faut préciser aussi que Jean Penan n'est pas un inspecteur ordinaire...

Penan est fonctionnaire, et comme dans toute administration qui se respecte, il a progressé dans la hiérarchie, échelon par échelon, jusqu'à atteindre son seuil d'incompétence, respectant ainsi le fameux principe de Peter. Pour lui, ce sera inspecteur, et là, il va faire merveille...

(...) la théorie du millefeuille. Une couche de crème, une couche de friable. Toutes les lignes hiérarchiques se décomposent en couches successives : un incompétent, au-dessus un compétent, au-dessus un incompétent, et ainsi de suite. Ainsi, tous les services fonctionnent grâce à la compétence d'un chef sur deux.
Et là, Penan se sent le compétent dans le millefeuille de la police judiciaire.

Là est tout le problème. Sa promotion au grade d'inspecteur, Penan la prend comme une reconnaissance quand elle n'est qu'un automatisme. Dès lors, quand son chef, qui n'est pas aveugle, décide de le mettre sous contrôle en lui adjoignant une jeune stagiaire, il prend le geste comme une responsabilité supplémentaire qui vient lui confirmer qu'il est l'élément indispensable du service. Penan est ainsi fait.
Il est d'une bêtise à faire peur. C'est un bloc, un concentré, il cumule toutes les tares, les idées toutes faites. Dans son enquête, ça donne : "la victime était un tombeur, donc l'assassin est une femme" ; "les femmes meurtrières ont des gros seins" ; "les meurtres se commettent toujours dans le cercle familial" ; etc...
Penan est une caricature, une caricature du pire : fonctionnaire à l'esprit étriqué. C'est aussi un monsieur Toutlemonde, petit bourgeois, un membre éminent de la France profonde qui fait froid dans le dos, et tellement sourire sous la plume de Sandrine Rousseau.

Le portrait est acide, mais Sandrine Rousseau a choisi de nous faire rire aussi, par un décalage constant, tout en subtilité. Penan, c'est un peu chacun d'entre nous, "bons" français, ou français moyen — un peu prétentieux, un peu raciste, un peu tout ça —, mais en jouant sur l'absurde, en frisant avec le loufoque, le déjanté, la pilule passe mieux, son goût est moins amer.

Dans ce portrait (ces portraits croisés), pas vraiment de narrateur. La construction nous fait tourbillonner au milieu des personnages, passant adroitement de l'un à l'autre. Penan est au centre bien sûr, mais aussi Schwarz, son collègue ; Jeanteau, le commissaire ; Marie, l'épouse de l'inspecteur — ah, cette histoire de shampoing et d'After Height... à ne pas manquer — ; ou encore Julie, Nadia, Olivier, Armelle, les suspects.
Car il y a intrigue, ne l'oublions pas. Penan a des comptes à rendre, il enquête. À sa manière, mais il enquête...

Épluchures à la Lilloise est de ces romans qui se savourent, par leur intelligence, leur drôlerie, leur fantaisie. On peut poser un regard acéré sur le monde qui nous entoure, et pour autant ne pas s'en exclure, sachant bien au bout du compte, que s'il marche sur la tête, nous en sommes partie prenante et donc, acteurs.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Pour le regard, la fantaisie, le côté loufoque mais aussi la tendresse envers les personnages mis en scène, Jean-Jacques Reboux, et notamment son De Gaulle, Van Gogh, ma Femme et Moi.

Le début...

Les dix premières lignes...

Jean Penan est inspecteur de police criminelle, marié, un enfant. Bouche bée. Il penche la tête sur le côté, esquisse une moue. Léger sifflement entre les dents, à peine perceptible. Jamais vu ça. Jamais même entendu parlé d'un truc pareil. L'homme qui gît devant lui à deux couteaux plantés dans la poitrine : un derrière, entre les omoplates, l'autre devant, en plein cœur. La peau est enlevée sur une partie du thorax et du bras.
« Bien, se dit Penan, allons prendre un café (...) »


La fin...

Quatrième de couverture...

Jean Penan est un mystère. Promu inspecteur de police à la surprise générale, il mène ses enquêtes d'une manière étonnante. Il confond les victimes et les suspects, pose des questions saugrenues, s'attarde sur des détails et en oublie l'essentiel. Devant tant d'amateurisme, son chef et sa stagiaire sont perplexes. Ses collègues du commissariat de Lille sont plus catégoriques : l'inspecteur Penan est tout bonnement incompétent ! Il ne risque pas de mettre la main sur la jeune femme qui a épluché le corps de son amant après l'avoir poignardé.


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Sandrine Rousseau










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