Ghostfather
Éric Calatraba
première édition :
The Melmac Cat - Février 2026
un avis personnel...
publié le 20 mars 2026
Isabelle Ortega fête ses vingt-sept printemps. Pour une femme comme elle, musicienne et chanteuse, c’est un cap qui résonne et qui fait peur. Ce ne sont pas les Jimy Hendrix, Curt Cobbain, Amy Whinehouse ou Jim Morrisson qui vous diront le contraire. Mais pour l’instant, Isabelle ne risque pas grand-chose ; elle est en prison.
Clément, lui, est guitariste. Avec son pote bassiste Thomas, ce sont deux étudiants sans le sou qui donnent des concerts dans les bars, pour quelques billets ou quelques bières. Récemment, Clément a dégoté dans un dépôt une Fender Stratocaster au son incroyable, la reine des grattes, et s’est saigné pour en faire sa compagne. Sa vie va bientôt changer…
L’entame du roman est un peu nébuleuse. Deux personnages au moins s’expriment sans que l’auteur précise qui intervient : Clément, le guitariste, et Isabelle, la chanteuse. C’est un peu déroutant et il faut au lecteur rester attentif. Et puis il semble bien qu’il y ait un troisième personnage qu’on a un peu du mal à cerner, jusqu’au moment où on comprend enfin qu’il s’agit de la voix de cette fameuse Stratocaster. Une guitare qui parle… A-t-on déjà vu ça ? En tout cas, une particularité qui amène incontestablement une singularité intéressante au roman.
Le temps s’écoule, pas toujours de façon linéaire, mais sous l’égide d’un producteur anglais et le regard d’un mentor, Derek Knight, la chanteuse auteur-interprète et le guitariste compositeur vont s’associer. Le mariage des deux sera consommé dans le succès, rapide et exponentiel.
Direction Londres, là où les choses se passent en Europe pour ce qui concerne la musique.
Mais Derek Knight n’est pas n’importe qui pour Clément. Ces deux-là ne partagent pas que des liens musicaux.
Éric Calatraba nous entraîne dans une balade musicale bien sombre à la construction sophistiquée. Ghostfather est dans un premier temps une immersion dans le quotidien d’un musicien, explorant les sentiments et les joies que procurent la pratique d’un instrument en live, recourant même parfois à quelques précisions techniques qu’on pourrait considérer superflues, mais qui viennent renforcer la sincérité du propos. Clément est un guitariste qui est à la fois en plein doute, mais sûr du chemin à suivre, sa rencontre avec Isabelle, plus ancrée dans la réalité, l’aidera un temps à se tenir debout.
Reste que lorsque le succès est au rendez-vous, il arrive avec son cortège d’expédients. Dans la trilogie mythique sex, drugs and rock’n roll, le guitariste succombera aux charmes dangereux des produits illicites, suivant l’exemple de celui qu’il prend désespérément comme modèle, Derek Knight.
Le récit prend alors une tournure beaucoup plus personnelle et présente un évident conflit de générations, tant moral que musical, entre Derek et Clément qui se rapprochent dangereusement en confrontant leur histoire commune.
¬— No future, man. On va tous crever, qu’est-ce que tu crois ? Que la vie, c’est l’amour, l’amitié et toutes ces conneries ? Dis-toi qu’on est tout seul.
Il devait être bien seul, en effet. Bien fait pour sa gueule. Il a ajouté :
— Dans cette vie de merde, la seule chose qui nous reste, c’est la fête. Sex, drugs and rock’n roll !
Mais toutes les « bonnes » choses ont une fin. Celle-là sera tragique.
Après avoir été diffus, Éric Calatraba recolle avec précision tous les morceaux éparpillés tout au long de son récit. Le constat final sera amer. Resteront la musique, et une idée d’avenir.
Ghostfather est une lecture exigeante qui demande attention, mais la récompense est au bout du chemin. Évidente. Si la pratique de la musique est un accomplissement, elle expose à haute dose les fractures intérieures à une lumière trop crue, parfois jusqu’à la chute. La boucle est bouclée.
vous avez aimé...
quelques pistes à explorer, ou pas...
Ghostfather a paru une première fois en 2015, uniquement en numérique, aux éditions de Londres, mais était devenu introuvable et non référencé. Merci à Melmac pour cette réédition.
Il doit bien y avoir quelques polars et/ou romans noirs qui abordent de front ce sujet du rapport à la musique, mais ma mémoire flanche. Si vous avec des idées, n’hésitez pas. Vous pouvez toujours commenter.
le début...
les dix premières lignes
Le bluesman Robert Johnson serait mort d’avoir bu du whisky à la strychnine, offert par un mari jaloux ; ou de la syphilis ; ou d’une pneumonie. On ne sait pas. Ce dont on est sûr, c’est qu’il a rejoint l’autre monde à vingt-sept ans.
Brian Jones, vingt-sept ans, cofondateur des Stones, a succombé dans sa piscine à un cocktail composé de somnifères, d’alcool et de mauvaises fréquentations.
Alan Wilson, le guitariste et chanteur du groupe Canned Heat a été retrouvé dans son sac de couchage, victime d’une overdose. Son âge ? Vingt-sept ans.
Jimi Hendrix et Janis Joplin également décédés à vingt-sept ans d’une overdose.
Jim Morisson serait mort d’une crise cardiaque. Malgré son CV et ses vingt-sept ans, la police n’a pas ordonné d’autopsie.
la fin...
quatrième de couverture
Tout roule pour Clément depuis que sa rencontre avec une Fender au son phénoménal lui a ouvert les portes du succès… En allant enregistrer à Londres, il fait la connaissance de celui qui l’a abandonné à sa naissance.
Dès lors, tout s’emballe, sex, drugs, rock’n roll et grosses cylindrées. Sous le charme de ce père qui lui a tant manqué, Clément baisse la garde, mais quand la fête s’achève, on éteint les projecteurs et on coupe le son.
Dans la nuit, les visages se dévoilent derrière le maquillage et un événement routier dramatique impliquant une Jaguar type E va faire monter la pression.
bio express...
biographie sommaire de l'auteur
Éric CalatrabaOn ne sait pas grand-chose à propos d’Éric Calatraba, sinon qu’il est issu d’une famille passée par l’exil (Algérie). Il grandit du côté d’Annecy avant de s’installer plus tard dans le sud de la France.
Avant de se consacrer à l’écriture, il a longtemps exercé le métier d’enseignant spécialité, notamment en lien avec le milieu médico-social.
Il publie dans la confidentialité son premier roman en 2015, Haïku qui sera réédité en 2018 par les éditions du Caïman et montre déjà un côté atypique en mélangeant l’opéra, le théâtre traditionnel japonais et les arts martiaux dans un contexte très artistique.
Également musicien, il écrit la même année Ghostfather (paru en numérique uniquement), histoire mouvementée d’un guitariste et de sa chute (réédité en 2026 par The Melmac Cat).
Suivront Murena en 2019, puis Los Muertos en 2024.
L’art le voyage sont des composantes majeures de son écriture.


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