Nager sans se Mouiller

Carlos Salem

Actes Sud - Octobre 2010 - Traduction (espagnol) : Danielle Schramm

Tags :  Comédie Polamour Psychologie Quidam Espagne Années 2010 Littéraire Entre 250 et 400 pages

Edition originale

Un avis personnel...

Publié le : 11 novembre 2010

Recommandé Juanito Pérez est une sorte d'employé modèle à qui son patron demande des heures supplémentaires alors qu'il est sur le point de récupérer ses enfants chez son ex-femme pour les emmener en vacances. Une ex-femme pressée de retrouver sa liberté et son nouvel amant ; pas question, donc, de retarder le transfert des petits.
Ah… accessoirement, Juanito se fait aussi appeler Numéro Trois. Il est tueur à gages…

Juanito récupère ses enfants, à l'heure, mais ses vacances sont bouleversées. On l'envoie surveiller son prochain client. Son point de repère : un camp de nudistes, et le numéro d'immatriculation d'une voiture. Un numéro qu'il connaît puisque c'est celui de sa propre voiture. Enfin, celle qu'a gardée son ex-femme…

Juanito pourrait être un héros — après tout, c'est un tueur à gages — mais sous la plume de Carlos Salem, il se "transforme" rapidement en homme ordinaire, "redevient" profondément humain (même s'il n'a jamais été autre chose), et se trouve confrontés à des événements extraordinaires.
D'ailleurs, tout se complique pour lui dans ce camping où tout le monde se ballade à poil. Dans la tente voisine de la sienne, il découvre son ex-femme, apprend qu'elle a vendu sa voiture dont le nouveau propriétaire se révèle être un vieil ami d'enfance, Tony, qui partageait avec lui ses rêves d'enfant, comme devenir capitaine de pirate…
Mais alors, des deux, de son ex ou de son ami, lequel est la cible désignée par ses patrons ? À moins qu'il ne s'agisse du nouvel amant de sa femme, le juge Beltràn, reconnu pour son intégrité, et que Juanito a toujours admiré…

Après la fable magnifique que constituait Aller Simple, son premier roman, on était sans doute nombreux à se demander ce qu'allait nous réserver Carlos Salem pour son "retour". Comment il allait pouvoir rebondir après un tel déploiement d'imagination, de subtilité. Maintenant, on sait…
Juanito, sous son costume de Numéro Trois — le tueur à gages — est un homme comme les autres. À l'approche de la quarantaine, il s'offre une sorte de bilan de parcours, commençant à pouvoir regarder derrière lui tout en sachant qu'il lu reste, devant, du chemin à parcourir. Il se souvient de ses rêves de pirates avec Tony, rêves abandonnés sur le bord de son chemin de vie. Il pense à ce qu'il est devenu, aux femmes qu'il a croisées, comme Leticia, son ex, qui après l'avoir aimé l'a beaucoup dévalorisé ; à Sophia, la beauté froide qui accompagne son ami Tony ; ou encore à Yolanda, la jolie serveuse naturelle et accessible. Il pense à ses enfants, à Leti, sa fille, qui ressemble tant à sa mère, à Antonito, son fils, déjà brimé par sa sœur :

Il crie et saute parmi les enfants nus, riant comme un petit pirate. Peut-être aura-t-il la chance de vivre la vie que j'ai laissée derrière moi ou, mieux, la vie qu'il aura choisie. Je ferai tout ce que je pourrai pour l'aider.

La mise à nu imposé à Juanito par son créateur et tout aussi physique que psychologique, et si la première est gênante pour un temps, c'est la seconde qui, après adaptation, est la plus dure à envisager.
Carlos Salem ne se dépare pas de son humanité, de sa subtilité, ni de la sagacité dont il avait déjà fait preuve. Cependant, puisqu'il est aussi un fantaisiste, la leçon de vie qu'il réserve à son personnage s'accompagne d'un environnement tout bonnement extraordinaire. Et le mélange fonctionne ! Cet homme-là est doué d'un réel talent d'alchimiste pour allier une véritable réflexion sur le sens de la vie et une succession de rebondissements tous plus improbables et farfelus les uns que les autres. D'ailleurs, il sait très bien où il va ; ne conclut-il pas ses remerciements par cette phrase :

Tous ceux-là et beaucoup d'autres que j'oublie (pardon) m'aident à poursuivre l'écriture de ces histoires tristes qui font rire les lecteurs.

Enfin, Carlos Salem n'oublie pas son amour de la littérature et son goût pour le polar. Si Aller Simple était traversé par un fantomatique Nobel de littérature, Nager sans se Mouiller donne la part belle au personnage de Camilleri, vieux sage rassurant :

Depuis dix ans j'écris des romans policiers, avec plus de succès que je n'en mérite et plus d'habileté à imiter les maîtres que d'humilité à admettre que je ne les égalerai jamais.

Camilleri aidera Juanito à voir clair dans sa vie, et à comprendre ce que lui répétait sans cesse son mentor, l'ex-Numéro Trois : dans la vie, il n'est pas bon de vouloir nager sans se mouiller.

Quand on passe sa vie à lire, on finit par croire que la vie est un livre, qu'on peut revenir en arrière si l'on perd le fil de l'histoire. Mais ce n'est pas comme ça. La vie, notre propre vie, on ne peut la lire qu'une fois tout en avançant. Et connaissez-vous quelque chose de plus difficile que de lire en marchant ?

Pour ne rien oublier et vous convaincre enfin, j'ajouterai que Nager sans se Mouiller recèle quelques perles littéraires, que Carlos Salem écrit tout en finesse, relayé par l'excellente traduction de Danielle Schramm, que sa plume se fait parfois extrêmement sensuelle, et qu'il nous livre là un roman à savourer tout en douceur.
J'avoue avoir parfois ralenti ma lecture pour prolonger le plaisir, appréciant chaque chapitre, lui laissant le temps de délivrer toutes ses saveurs, toute sa délicatesse. Et vous savez quoi ? C'était une excellente idée.


Vous avez aimé...

Quelques pistes à explorer, ou pas...

Si ce n'est pas le cas, "précipitez"-vous (pour vous le procurer) sur Aller Simple, le premier roman de Carlos Salem. C'est une perle du même acabit.
Et puis, bien sûr, il n'est jamais trop tard pour se pencher sur le cas Andrea Camilleri à qui il est rendu ici un hommage appuyé.

Le début...

Les dix premières lignes...

Les miroirs de l'ascenseur nous répètent à l'infini et créent une multitude de clones à partir des quatre personnes qui l'occupent. C'est un ascenseur moderne, comme l'immeuble, et il y a un instant, quand nous sommes montés, l'homme au complet bleu et moi, au quatorzième étage, ces images m'ont rappelé un truc de fête foraine, un truc cruel, car, au lieu de nous déformer, l'excellente qualité optique des miroirs nous renvoie une parfaite image de nous-mêmes. Et ça fait mal (…)


La fin...

Quatrième de couverture...

Juanito Pérez Pérez, bientôt quadragénaire, timide et divorcé, est cadre supérieur dans une multinationale. Mais il est aussi Numéro Trois, un redoutable tueur à gages qui ne s'est jamais posé de questions sur son métier. Jusqu'à ce jour. Au cours des premières vacances qu'il passe seul avec ses enfants, il devra remplir un contrat de dernière minute : surveiller une future victime dans un camping de nudistes sur la côte sud de l'Espagne.
Là, Juanito/Numéro Trois va découvrir que rien n'est ce que l'on croit. Nu face à la vie et nu face à la mort, il rencontrera son ex-femme et son nouvel amoureux, un ami d'enfance à qui il a volé un œil et une jambe, un policier atypique qui a plusieurs fois croisé sa route, un rival au sein de sa propre Entreprise qui est peut-être là pour l'exécuter ainsi que sa famille, et une mystérieuse jeune fille qui va le pousser à affronter les dangers de l'amour.
Entre l'urgence de sauver les siens et le besoin de comprendre, le protagoniste sent que l'heure est arrivée de choisir qui il veut être, s'il survit. Et que, comme disait toujours son vieux maître, "il est impossible de nager sans se mouiller".


L'auteur(e)...

Sa trombine... et sa bio en lien...

Carlos Salem










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